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Dorian Malovic

[Dorian Malovic] La Chine prône le dialogue avec la Corée du Nord

Dorian Malovic 2017-09-13 09:21:21

Le cercle vicieux des sanctions à l’égard de la Corée du Nord se poursuit depuis maintenant dix ans (2006, date du premier essai nucléaire nord-coréen d’une puissance d’un Kilotonne). Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité de ses 15 membres mardi 12 septembre une nouvelle résolution de sanctions contre la Corée du Nord, interdisant notamment ses exportations de textile et réduisant ses approvisionnements de pétrole. Grâce à la Chine et la Russie, le texte initial de cette résolution présentée la semaine dernière par Washington aux membres du Conseil et qui était « maximale » et « extrême », proche d’étouffer la Corée du Nord économiquement, a été profondément édulcoré.

La communauté internationale peut se targuer une nouvelle fois d’être resté « unie » face aux menaces nucléaires nord-coréennes. Pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France ou l’Italie, la résolution adoptée le 12 septembre est « solide », « équilibrée » et permet à l’ONU d’affirmer sa « détermination » à mettre un terme aux programmes nucléaire et balistique nord-coréens. La rapidité avec laquelle cette résolution a été votée, une semaine après le sixième test nucléaire nord-coréen le 3 septembre dernier, renforce en apparence l’idée d’unanimité internationale.

Pour autant, derrière cette façade d’entente diplomatique internationale, les objectifs et les moyens de les atteindre divergent énormément. Si les grandes puissances occidentales menées par la volonté déterminée du président Donald Trump d’en finir avec le nucléaire nord-coréen visent à « dénucléariser » la Corée du Nord, il semble que la méthode des sanctions soient bien la seule qui soit appliquée. Risquant de faire toujours plus monter les tensions régionales sans proposer de diplomatie pure visant à apaiser les esprits.

Même si la Chine est de plus en plus agacée par les tests de missiles et les essais nucléaires de son turbulent voisin nord-coréen, elle mène une politique cohérente depuis le début. Selon les termes du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, le Conseil « devait réagir » en « adoptant les mesures nécessaires » face à Pyongyang. Pékin veut elle aussi envoyer un message au jeune leader Kim Jong-un qui a succédé à son père à la fin de 2011. Toutefois, a rappelé encore Wang Yi, « les sanctions et pressions » ne constituent que « la moitié » de la solution. En ce sens, la Chine et la Russie ont déjà proposé une solution concrète afin de renouer le dialogue alors que les puissances occidentales ne proposent pas grand-chose sauf à appeler à un dialogue mais sans précision.

Ainsi la Chine a proposé depuis des mois à la Corée du Nord de geler ses essais de missiles et nucléaires dans un premier temps alors que les Etats-Unis devraient s’engager à interrompre ses manœuvres militaires conjointes avec la Corée du Sud, manœuvres perçues par Pyongyang comme des répétitions d’invasion de la Corée du Nord. Ces propositions somme toute pleine de sagesse ont été accueillies par un refus catégorique des deux côtés. Depuis l’arrivée du nouveau président américain en janvier 2017, ce délicat sujet de politique étrangère a été géré de façon incohérente de la part de la Maison Blanche. Entre les provocations verbales de Donald Trump, ces tweets contradictoires et émotionnels, sans compter ses accusations contre la Chine qui ne ferait rien, selon lui, pour régler le problème, il y a peu de place pour envisager ne serait-ce que le moindre début de commencement d’un dialogue. Ne serait-ce que pour se mettre d’accord sur une possibilité de renouer un dialogue.

L’approche américaine de Donald Trump qui consiste à se défausser et faire porter l’entière responsabilité de la crise nucléaire nord-coréenne sur les épaules chinoises n’a pas de sens. Depuis plusieurs décennies et trois présidents américains, Washington n’a pas réussi à empêcher le développement du nucléaire nord-coréen. Mais de dire que la Chine est « la » solution au dossier nord-coréen est une manière de se déresponsabiliser face à une nouvelle réalité que Washington ne peut plus arrêter. Alliée historique de la Corée du Nord depuis la guerre de Corée (1950-1953) qui a pris le relais de l’Union soviétique après la chute de l’empire en 1991, la Chine est le partenaire incontournable de la Corée du Nord. Pyongyang dépend ainsi de la Chine pour 90% de son énergie (la Russie pour le reste), 80% des produits de consommation et 45% au moins de son alimentation, même si les chiffres précis sont difficiles à obtenir.

Croire également que la Chine peut dicter à Pyongyang son comportement relève du fantasme. Pékin, même si elle a la plus longue frontière commune avec la Corée du Nord, ne sait pas tout de ce qui se passe à Pyongyang. Depuis qu’il est au pouvoir le leader Kim Jong-un n’est jamais allé à Pékin en voyage officiel et finalement très peu d’officiels chinois de très haut niveau se rendent à Pyongyang. Pyongyang est jalouse de son autonomie et joue sa propre partition. Stratégiquement, demander à la Chine, comme le fait Washington, de couper totalement les vivres à la Corée du Nord, relève de l’utopie. Pékin ne tient pas à voir s’effondrer le régime de Pyongyang au risque de vivre une crise humanitaire de grande envergure (des centaines de milliers de Nord-Coréens fuyant leur pays en cas de guerre) et surtout de voir une réunification de la péninsule sous la direction gouvernementale de Séoul et en conséquence avoir à ses frontières près de 30 000 soldats américains. Un non-sens total. Un cauchemar pour Pékin.

En l’état, après 10 ans de sanctions, la Corée du Nord n’a cessé d’accélérer et même d’améliorer ses programmes et de nombreux experts doutent de l’efficacité des sanctions comme de l’objectif de ces sanctions. Tout le monde le sait très bien mais la communauté internationale reste sourde face à cette réalité. La Chine ne cessera jamais de faire entendre sa voix à l’ONU, d’éviter une approche militaire et guerrière mais la démarche américaine semble de plus en plus incontrôlable.

chine-info.com

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