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Dorian Malovic

La Chine au coeur du dossier nord-coréen

Dorian Malovic 2018-05-04 16:39:06

Le leader nord-coréen, Kim Jong-un, et son homologue sud-coréen, Moon Jae-in à Panmunjom le 27 avril 2018 / Photo : Xinhua

C’est une évidence. A tous les observateurs qui s’inquiètent de voir la Chine « marginalisée » dans le processus de paix lancé sur la péninsule coréenne, il faut rappeler que rien ne pourra se régler sans le rôle majeur que jouera la Chine. Discrète depuis le réchauffement des relations entre les deux Corées depuis janvier dernier, la Chine reste un acteur de premier plan dans la possible résolution du dossier nucléaire nord-coréen. Pour le leader nord-coréen Kim Jong-un, l’allié historique qui est venu au secours de son pays durant la guerre de Corée (1950-1953) en sacrifiant des milliers d’hommes dont le fils aîné de Mao Tse Toung, demeure un partenaire majeur dans le processus diplomatique lancé depuis maintenant plusieurs mois et qui devrait déboucher fin mai ou début juin sur un sommet historique entre Kim Jong-un et Donald Trump.

Certes depuis l’année 2017, lorsque Pékin a voté de nouvelles sanctions économiques au Conseil de sécurité de l’ONU contre la Corée du Nord, les relations s’étaient refroidies. Depuis son arrivée au pouvoir fin 2011 à la mort de son père, Kim Jong-un ne s’est pas rendu une seule fois en Chine. Ailleurs non plus d’ailleurs. Mais la stratégie nord-coréenne de relancer le processus de paix sur la péninsule coréenne depuis le 1er janvier, en tendant la main à son voisin du Sud, a toujours intégré la présence et le rôle primordial de la Chine. Même une fois que le sommet intercoréen du 27 avril a été fixé, s’annonçant comme une rencontre historique avec la venue pour la première fois du leader nord-coréen au Sud de la Zone démilitarisée à Panmunjom, la première visite officielle de Kim Jong-un a été : Pékin, durant le week-end de Pâques au mois de mars.

Non annoncé dans les médias, ce mystérieux voyage en train depuis Pyongyang jusqu’à Pékin en passant par la ville frontière chinoise de Dandong, n’a fait que confirmer l’importance majeure du voisin chinois aux yeux de Pyongyang. De fait, à l’issue du sommet du 27 avril entre les deux leaders coréens, la perspective d’un Traité de paix avant la fin de l’année 2018 a été inscrite dans la Déclaration de Panmunjom. En effet depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, les deux pays restent techniquement en guerre car seul un Armistice a été signé le 27 juillet de la même année. Ce que les opinions publiques savent moins sur cet armistice, c’est qu’il a été signé par la Chine et la Corée du Nord d’un côté et les Nations unies et les Etats-Unis d’un autre. La Corée du Sud n’est absolument pas signataire de cet armistice. De facto, si la rédaction d’un Traité de paix se fait, probablement après le sommet Kim-Trump fin mai ou début juin, il ne pourra être signé qu’avec la Chine.

Le leader nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in échangent une poignée de main sur la Ligne de démarcation, le 27 avril 2018 / Photo : Xinhua

Habile, Kim Jong-un connaît parfaitement son histoire et sait qui sont les alliés et acteurs incontournables du dossier nord-coréen. A Pékin, il est venu chercher le soutien du président Xi Jinping qui avait déjà proposé un plan de paix et de dialogue il y a quelques mois. Nul doute que Kim Jong-un a partagé avec son homologue chinois sa stratégie et ses intentions pour le futur afin de s’assurer du « parrainage » et du soutien plein et entier de Pékin dans le processus impliquant également les Etats-Unis. Si rien ne pourra se faire sur la péninsule sans Washington, acteur majeur dans la région, rien ne pourra se concrétiser sans le soutien de Pékin, acteur historique dans la région.

C’est certainement ce que les responsables nord-coréens ont dû exprimer au ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi lors de sa visite de deux jours à Pyongyang les 2 et 3 mai. En tout cas, la Corée du Nord avait également un message à faire passer sur ses intentions de réellement dénucléariser la péninsule, le contentieux majeur au cœur du dossier nord-coréen, à quelques semaines du sommet avec Donald Trump. Il l’a d’ailleurs confirmé dans un communiqué diffusé par la presse : « Kim Jong-un a dit que la dénucléarisation de la péninsule est la position claire de la Corée du Nord ». Cet engagement une nouvelle fois confirmé auprès des autorités chinoises devrait renforcer la détermination de Kim Jong-un, dont beaucoup doute de la sincérité de vraiment dénucléariser.

Au-delà de cette déclaration, Wang Yi a confirmé que « la Chine est prête à travailler avec la Corée du Nord afin d’appliquer les engagements pris entre les deux leaders de nos pays » en mars dernier lors de la visite de Kim en Chine. Il s’agit clairement de « renforcer la communication et la coordination entre les départements politique et diplomatique des deux pays, promouvoir les échanges économique et la coopération commercial (…) afin que les relations Sino-coréennes dans cette nouvelle ère se poursuivent avec une nouvelle vitalité ». Le message est clair de la part de Pékin : Pyongyang peut compter sur la Chine pour relancer son économie. Déjà, depuis le voyage de Kim en Chine, les échanges à la frontière chinoise et nord-coréenne près de Dandong dans la province du Liaoning se sont assouplis. Les restaurants nord-coréens rouvrent leurs portes et les ouvriers nord-coréens ont repris le travail sur différents chantiers. Tout le monde s’attend à ce que le pont devant relier la Chine à la Zone économique nord-coréenne de Sinuiju en Corée du Nord puisse être bientôt terminé.

Avant de quitter Pyongyang, Wang Yi a tenu à exprimer son « espoir que le dialogue entre la Corée du Nord et les Etats-Unis soit plein de succès et que de nombreux progrès puissent se faire ». La Chine est bien là.

Dorian Malovic

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