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Dorian Malovic

[Dorian Malovic] La Chine lance son premier porte-avions « 100% designed and made in China »

Dorian Malovic 2018-05-21 04:16:03

Crédit photo: Xinhua

Le deuxième porte-avions chinois, mais le premier construit de façon indépendante par Pékin a entamé ces derniers jours ses tout premiers essais en mer en partant du port de Dalian dans la province du Liaoning. Connu sous le nom « Type-001A » et mis à flot l'an passé, le navire a entamé ses premières manœuvres en mer et vient de rentrer à son port d’attache. Des clichés diffusés par la chaîne chinoise CCTV montraient l'imposant porte-avions s'éloigner d'un quai, puis en mer, escorté par plusieurs bateaux militaires de taille réduite, sous un ciel gris et dans un environnement brumeux.

C'est la première fois que le système de propulsion, la motorisation et le système de navigation du navire seront testés en mer, selon le média d'Etat. La Chine dispose pour l'instant d'un seul porte-avions opérationnel : le Liaoning. Construit par l'ex-URSS et racheté à l'Ukraine, il a été admis au service actif en 2012. Le second porte-avions chinois doit, lui, rejoindre officiellement les forces navales en 2018.

Ces deux navires sont similaires : ils sont à propulsion classique (et non nucléaire), peuvent embarquer environ une quarantaine d'avions, et sont équipés d'une rampe de lancement en tremplin. Ce système ancien impose de sacrifier des munitions au profit du carburant pour pouvoir décoller. Mais les spéculations sont vives sur la possible construction d'un troisième porte-avions, qui pourrait bénéficier d'un système de propulsion par catapulte, selon des experts militaires cités par la presse d'Etat. L'armée chinoise poursuit ostensiblement sa montée en puissance face aux Etats-Unis, même si ceux-ci disposent encore d'un budget militaire près de trois fois supérieur.

Considéré comme la deuxième force mondiale, Pékin entend, notamment, rivaliser à terme avec la puissante marine américaine (US Navy) dans le Pacifique, via un ambitieux programme aéronaval de centaines de milliards d'euros. Et ce à l'heure où le régime communiste affirme avec davantage de fermeté ses prétentions territoriales en mer de Chine méridionale. La Chine, arguant d'une présence plus ancienne dans la zone, dispute à d'autres pays (Vietnam, Philippines, Malaisie, Bruneï) des îles et îlots, chaque nation en contrôlant plusieurs. En mer de Chine orientale, Pékin dispute par ailleurs au Japon les îles Diaoyu, administrées par Tokyo sous le nom de Senkaku.

Avec un seul porte-avions pleinement opérationnel pour l'instant, la Chine reste très loin derrière les Etats-Unis (11), mais se situe au niveau de la Russie, de la France, de l'Inde et du Royaume-Uni, a expliqué à l’Agence France-Presse Nick Childs, spécialiste des forces navales au centre de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies (IISS). « Par ailleurs, les porte-avions chinois sont nettement inférieurs en capacité par rapport aux américains », estime Steve Tsang, spécialiste de la défense chinoise à l'Ecole des études orientales et africaines (SOAS) à Londres. D'après lui, même avec l'ajout d'un troisième porte-avions, l'équilibre des forces entre les deux marines chinoise et américaine n'évoluerait « que dans une proportion marginale ». Pour autant il ne s’agit plus que d’une question de temps pour que les forces navales chinoises puissent rivaliser avec la puissance américaine.

Mais le débat sur l’utilité ou non aujourd’hui d’avoir des porte-avions continue de susciter de nombreuses interrogations. « Coûteux », « vulnérable », « obsolète » face aux nouvelles menaces… le porte-avions continue de séduire, si l’on en croit le nombre d'Etats soucieux d'investir dans cet outil de puissance militaire et diplomatique.

« L'avis de décès du porte-avions ne cesse d'être écrit et réécrit, mais il refuse obstinément de mourir », bien que « certains le jugent obsolète ou le qualifient d'aimant à missiles de croisière », souligne Richard Bitzinger, expert à la Rajaratnam School of international studies (RSIS) de Singapour. « Au cours des prochaines décennies, il faut s'attendre à ce que leur nombre augmente, tout comme le nombre de pays en possédant dans la zone Asie-Pacifique », alors que les espaces maritimes suscitent des convoitises grandissantes et deviennent le lieu privilégié des postures de force, fait-il valoir dans une récente note.

« Aujourd'hui, toutes les puissances qui comptent ou qui veulent compter sont équipées de porte-avions ou aspirent à s'en équiper », souligne l'amiral français en retraite Alain Coldefy, directeur de la Revue de défense nationale, « d'autant plus que les Etats cherchent à s'approprier de plus en plus d'espaces jusqu'ici libres ». Sur le plan opérationnel, un porte-avions et le groupe aéronaval qui l'entoure offrent une projection de puissance en toute liberté, permettant d'asséner « le premier coup de poing », selon l'amiral.

Il est également un outil politique de poids, qui permet d'envoyer des signaux diplomatiques forts et d'agir sans dépendre du bon vouloir d'un Etat. « Il n'existe pas de signe plus visible de la puissance stratégique d'une nation », estime le « pacha » du porte-avions USS Bush, le capitaine de vaisseau américain Sean Bailey. Les Etats-Unis possèdent onze porte-avions, leur permettant d'assurer une permanence en mer d'un groupe aéronaval dans n'importe quel coin du globe. Pour conserver sa suprématie, la Marine américaine a investi dans une nouvelle catégorie de « super-porte-avions » de 100 000 tonnes capable d'embarquer 90 chasseurs et drones. Le premier d'entre eux, le USS Ford, a coûté 14 milliards de dollars.

La France, seul pays avec les Etats-Unis à être équipé d'un porte-avions à propulsion nucléaire et à catapulte, doit prochainement lancer des études pour préparer son remplacement d'ici 2040. La Russie, déjà équipée d'un bâtiment qu'elle n'a pas manqué de déployer au large de la Syrie l'an dernier, prévoit d'ores et déjà d'en fabriquer un autre. La Grande-Bretagne, elle, a choisi de construire deux porte-avions pour appareils à décollage vertical, dont le premier est déjà opérationnel. Deux autres pays européens, l'Italie et l'Espagne, possèdent chacun un petit porte-aéronefs.

L'Asie n'est pas en reste. L'Inde devrait compter trois porte-avions d'ici dix ans. Pékin, qui affiche des ambitions expansionnistes en Mer de Chine méridionale et veut accroître son assise dans le Pacifique, ne dispose pour l'heure que d'un seul porte-avions opérationnel, fabriqué par l'ex-URSS. Mais le géant asiatique s'est pour la première fois lancé dans la construction d'un autre bâtiment équipé d'une rampe de lancement en tremplin. Et les spéculations vont bon train sur la possible construction par la Chine d'un troisième porte-avions à catapulte, qui permettrait à ses chasseurs d'embarquer davantage de missiles et d'effectuer des missions plus longues. Ce n’est plus qu’une question de temps…

Dorian Malovic

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