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Dorian Malovic

[Dorian Malovic] La Chine est la grande gagnante du Sommet Trump-Kim

Dorian Malovic 2018-06-15 18:10:03

La Chine peut être très satisfaite de l’issue du sommet historique du 12 juin dernier entre le leader américain en exercice Donald Trump et le leader nord-coréen héritier de la dynastie des Kim, Kim Jong-un. Bien au-delà des polémiques sur la substance très générale du communiqué de Singapour signé par les deux leaders, les conséquences concrètes de cette rencontre se font déjà sentir tout autour de la péninsule coréenne : début de dialogue, baisse des tensions, gèle des essais nucléaires et de missiles nord-coréens, suspension des manœuvres militaires conjointes américano-sud-coréennes et surtout promesses de prochains sommets entre Trump et Kim à Washington et Pyongyang.

Qui aurait pu imaginer il y a encore six mois, lorsque toute l’Asie du Nord était au bord d’une guerre nucléaire ou conventionnelle, un apaisement aussi rapide et un début de processus pouvant mener à la fin de la guerre et en conséquence à la fin du dernier vestige de la guerre froide de la planète ? Personne. Et pourtant, la réalité est là et la Chine a été la première grande puissance à s’en féliciter au soir du 12 juin. « Aujourd’hui, le fait que les plus hauts dirigeants des deux pays soient assis côte à côte pour des pourparlers d’égal à égal a un sens important et constitue le début d’une nouvelle histoire » a déclaré ce 12 juin au soir le ministre chinois des affaires étrangères Wang Yi. « La Chine s’en félicite et apporte son soutien » à ce processus de pacification, a ajouté Wang Yi, « il s’agit d’un objectif que nous avons espéré et pour lequel nous avons travaillé ».

De fait, cela faisait des mois et des mois que Pékin appelait à une démarche commune des Etats-Unis et de la Corée du Nord, « le double gel » afin d’entamer un dialogue tant attendu depuis près de sept décennies : gel des essais nucléaires et de missiles du côté nord-coréen et gel des manœuvres militaires autour de la péninsule du côté des Américains. Pyongyang a fait les premiers pas, il n’y a plus d’essais nucléaires depuis septembre 2017 et plus d’essais de missiles depuis novembre 2017. Ces gestes de bonne volonté ont été perçu par Donald Trump comme une bonne raison de parier sur un dialogue lorsque le 8 mars à Washington il accepte la proposition nord-coréenne de le rencontrer. La Chine a toujours défendu une « dénucléarisation » de la péninsule mais en même temps « il faut qu’il y ait un processus de paix afin de résoudre les préoccupations raisonnables de la Corée du Nord en matière de sécurité » a dit Wang Yi, ajoutant que « nul ne peut douter du rôle important et tout à fait unique que la Chine a joué et ce rôle va se poursuivre ».

Pour les esprits chagrins qui pensaient que la Chine avait été marginalisée durant ce processus, par aveuglement ou dogmatisme, il faut rappeler que Pékin n’a jamais, jamais été mise de côté, bien au contraire. Elle a joué, joue et jouera encore un rôle central dans ce processus de paix d’abord puis dans le processus, plus lent, de la dénucléarisation. Si la Chine a bien voté toutes les sanctions de l’ONU contre la Corée du Nord pour convaincre son allié nord-coréen d’abandonner son programme nucléaire, les deux pays se sont rapprochés à une vitesse étonnante à partir du moment où Donald Trump a accepté de rencontre Kim Jong-un.

Le leader nord-coréen s’est rendu deux fois en Chine, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir fin 2011 à la suite du décès de son père Kim Jong-il. Une fois à Pékin puis une seconde fois à Dalian dans la province du Liaoning, Kim Jong-un a longuement rencontré Xi Jinping afin de s’assurer de son soutien, lui expliquer sa stratégie et renforcer une alliance historique qui s’était quelque peu refroidie ces dernières années ; Donald Trump était prévenu : Kim Jong-un ne serait pas seul face à Donald Trump, sans soutien ni allié, la Chine se porterait garante de tout accord ou Traité de paix envisagé durant le sommet de Singapour.

Ainsi dès le lendemain du sommet, Pékin a immédiatement suggéré que l’ONU pourrait envisager de lever les sanctions sévères infligées à Pyongyang, et qui d’après Trump ont poussé Kim à négocier. Le porte-parole de la diplomatie chinoise Geng Shuang a d’ailleurs fait remarquer que les résolutions prises par l’ONU prévoyaient déjà une telle évolution si le régime de Kim Jong-un se conformait à ses obligations. Ce qu’elle a déjà commencé à faire. « La Chine a toujours pensé que les sanctions n’étaient pas une fin en soi » et que l’ONU devait soutenir les initiatives de dialogue. Ce qui fut d’ailleurs la réaction du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres au lendemain du sommet.

D’ores et déjà à la frontière sino-nord-coréenne l’optimisme est revenu. L’immobilier dans la ville chinoise frontalière de Dandong flambe dans l’espoir de voir le business revenir à grande vitesse avec une résolution de la crise nord-coréenne. Les restaurants nord-coréens ouvrent à nouveau leurs portes et les ouvriers nord-coréens commencent déjà à revenir. Autant de signes concrets qui montrent que la diplomatie chinoise a fonctionné à plein dans le processus de réchauffement dès le mois de janvier dernier.

Enfin, pour ceux qui l’aurait oublié, dans la perspective très probable qu’un Traité de paix soit enfin signé après 70 ans de guerre technique entre les deux Corées, la Chine sera incontournable légalement. Le 27 juillet 1953, l’armistice a été signé à Panmunjom entre les deux Corées, par la Corée du Nord, les Etats-Unis et …la République populaire de Chine. Il faudra les trois signatures pour conclure un solide Traité de paix. Pékin, qui cherche avant tout la stabilité sur la péninsule, le sait parfaitement.

Dorian Malovic

Crédit photos : Xinhua

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