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Emmanuel Lincot

JEAN-PIERRE RAFFARIN ET LA CHINE : UNE PASSION FRANCAISE

Emmanuel Lincot 2014-02-04 11:41:13

 A la veille des célébrations du cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France du Général De Gaulle et la République populaire de Chine,  Monsieur Jean-Pierre Raffarin nous recevait au Sénat. C’est dans cette vénérable institution que ce vieil ami de la Chine assume la très lourde charge de Vice-Président. Nous recevant dans l’un des salons décoré d’une toile peinte par le grand sinophile Richard Texier, Jean-Pierre Raffarin qualifie les relations franco-chinoises d’ « excellentes ». La visite programmée du Président Xi Jinping en France a été, selon lui, précédée avec  « succès » des voyages effectués en Chine par le premier Ministre Ayrault et le Président Hollande. Cette visite prochaine du Chef de l’Etat chinois permettra de mettre à la hauteur des relations politiques les échanges économiques entre les deux pays. Au niveau des dirigeants, les contacts sont établis. Il salue tout particulièrement l’attitude de Xi Jinping ; attitude dit-il « tournée vers l’autre ». Le Président Xi Jinping voudra « poursuivre la politique d’ouverture tout en maintenant une proximité avec la société civile » de son pays. Entre la France et la Chine, il s’agit avant tout d’honorer un « partenariat global et stratégique » auquel Jean-Pierre Raffarin a lui-même, au cours de ces dernières années, largement contribué. Giscardien de la première heure, il nous confie son intérêt ancien pour une Chine dont il se dit avoir été attiré pour son « mystère ». A l’issue d’un premier voyage dans l’Empire du Milieu, ce militant centriste, gagné par l’enthousiasme né de la lecture du best-seller écrit, quatre ans plus tôt  par Alain Peyrefitte 1 ,  aura - il est vrai - tôt cosigné un livre : La Vie en jaune, 7 jeunes giscardiens en Chine Populaire 2 . Depuis, son intérêt pour la Chine n’a jamais faibli. Car ce pays, observe-t-il, possède deux qualités essentielles : ses « relations humaines » et sa « pensée ». La pensée chinoise est basée sur l’ « équilibre des contraires ». Elle est, au fond, une pensée de la « sensibilité » et profondément « moderne ». C’est une pensée « dialectique, complexe, comme le disait Edgar Morin », et en définitive, adaptée à la « complexité des temps ». Il juge que la confrontation de cette pensée à celle de l’Europe est des plus « fertiles ». De ce point de vue, l’œuvre du philosophe et sinologue François Jullien est, à ses yeux, exemplaire. Même si la Chine peut s’avérer déroutante, elle est dans sa nature, en recherche constante d’un équilibre. Et Jean-Pierre Raffarin de mentionner les investissements considérables de l’Etat chinois en matière de lutte contre la pollution. Contradictoire ce pays, assure-t-il, revendique une tradition centralisatrice mais reconnaît, dans le même temps, aux régions une autonomie décisionnelle très forte. Grand communiquant, Jean-Pierre Raffarin a créé un blog en Chine. Plus de 30 millions de visiteurs l’ont consulté mais il nous dit être passé, à présent, sur Weibo car il croit davantage à des échanges plus interactifs. Pour ce missi dominici des relations bilatérales qui, non sans un certain courage, maintint en 2003 son déplacement officiel en Chine alors que la crise du SRAS isolait, chaque jour davantage, le pays et ses habitants, la France et la Chine sont « deux vieilles civilisations » mais « elles ne se connaissent pas bien encore ». Le pragmatisme chinois notamment aura séduit cet ancien homme d’affaires qui, en février 2010, déclina la proposition de Nicolas Sarkozy que de devenir ambassadeur de France en Chine. Pour cet homme d’action, les priorités sont désormais ailleurs. L’un des grands enjeux qui l’anime est le rapprochement entre la France et la Chine dans tout ce qui a trait au partage d’un avenir commun. Airbus est un exemple à suivre dans le domaine industriel. Par ailleurs, les deux pays partagent une vision multipolaire. Le « trilogue » Chine / Afrique / France est aussi très important. C’est à ce défi lancé aux « nations sœurs » du continent Noir qu’il faut à présent, selon lui, s’atteler dans le respect de la souveraineté, et de la singularité culturelle de chacun.

1.Alain Peyrefitte Quand la Chine s’éveillera…, Paris, Fayard, 1973
2.Avec Dominique Bussereau, Jean-Pierre Raffarin, Henri Giscard d'Estaing et Nicolas Giscard d'Estaing, Marc-Philippe Daubresse, Pierre Simonet, Benoit Roger-Vasselin, Paris, Stock, 1977

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