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Emmanuel Lincot

Une institution méconnue du grand public: le Poly Museum de Pékin

Emmanuel Lincot 2014-08-07 15:28:07

Probablement le seul musée de la capitale chinoise où vous ne trouverez foule. C’est au neuvième étage du New Poly Plaza que se trouve ce havre de paix dédié au meilleur de la culture chinoise.

Fondé en décembre 1998, il est le premier musée de Chine à avoir été créé par une entreprise d’Etat. Cette institution a pour vocation d’exposer des œuvres d’art chinoises achetées sur les marchés étrangers. On y découvre notamment les fameux bronzes animaliers pillés au Palais d’Eté (Yuanmingyuan) par le corps expéditionnaire franco-britannique, en 1860. Tout un symbole. Outre ces pièces les plus récentes de la longue histoire impériale chinoise, on peut y admirer une centaine de vases antiques. Les plus anciens datent de la période des Shang et des Zhou (IIème et Ier millénaires avant notre ère). Masques visages ou Taotie en ornent les galbes polis et parfois ciselés. Leur fabrication requit la maîtrise de techniques de fonte encore inconnues de la Mésopotamie ou de la Grèce à la même époque. Certains de ces objets funéraires, véritables monuments, exhumés dans le bassin du Fleuve Jaune sont accompagnés d’écritures pictographiques ; les premières de la tradition scripturaire chinoise. Textes hagiographiques, ils nous renseignent sur les pratiques rituelles à une époque antérieure à la naissance des sagesses taoïste ou confucéenne. Dès le Moyen Age, sous la dynastie des Song, nombre de lettrés ont établi pour ces objets rares une typologie en vue de leur classification, encore aujourd’hui partiellement en vigueur. Vases liturgiques tripodes ou zun, aux formes crantées et longilignes, nous conduisent vers des mondes au passé prestigieux que la muséographie a su, en la circonstance, remarquablement mettre en valeur.

La présentation de ces différents objets suit un ordre chronologique, et permet d’avoir une vision complète, sur la longue durée, des mutations que connut la civilisation chinoise, dans ses aspects matériels. La période charnière est sans conteste celle des Han de l’Ouest, ouverte aux influences étrangères des steppes, comme l’attestent certains motifs zoomorphes qui ne sont pas sans rappeler l’art sibérien des Scythes. Ces contagions de formes se poursuivent à travers l’éclosion de la statuaire bouddhiste. Le Poly Museum peut s’enorgueillir d’avoir les plus belles sculptures de la dynastie Wei (VIème siècle de notre ère). C’est à ces envahisseurs d’origine probablement tabgatch ou turco-mongole - dont la capitale fut longtemps située à Datong - que l’on doit la plus belle interprétation stylistique de l’art bouddhiste. Dais de pierre et auréoles parsemées de feuilles d’or, caractérisent ces figures aux visages souriants que des pétales de lotus relient les unes aux autres en un rhizome de pierre. Au dos de l’une d’elles, un artiste anonyme a tracé à la pointe d’un ciseau les contours d’une montagne, l’un des premiers paysages de l’art chinois. Par les Routes de la soie, ces créateurs ont emprunté à des univers persans et indiens gestes et symboles. Tels ces pendeloques que l’on retrouve depuis les sites de Bilingsi ou de Dunhuang, dans la province septentrionale et désertique du Gansu, jusqu’à ces bas-reliefs du Fars datant des Sassanides, en Iran.

L’ambition du Poly Museum est de montrer ses collections « en dehors du monde chinois », nous assure l’une de ses représentantes, Li Haying. Car si des expositions de ces œuvres ont déjà eu lieu à Taïwan et Hong Kong, la direction vise à mieux faire connaître cet ensemble à présent en Occident et tout particulièrement en France. Car Poly Museum est emblématique de ces institutions culturelles qui, en Chine, sont investies de missions aux compétences très larges. Si la principale vise à promouvoir la culture chinoise classique, elle se traduit aussi par sa participation croissante à des ventes aux enchères, celles de Hong Kong notamment, dans le domaine des arts moderne et contemporain. Le 6 avril dernier, des œuvres d’artistes célèbres tels que Lin Fengmian, Sanyu, Zeng Fanzhi ou Ye Yongqing dont la vente était proposée par le groupe Poly ont trouvé acquéreurs pour des montants parfois supérieurs à plusieurs millions de dollars. Poly entend ainsi rappeler qu’entre affaires de l’art et art des affaires, la différence est bien mince. N’en déplaise aux plus puristes des esthètes.




Adresse du Poly Museum de Pékin: 9th floor New Poly Plaza, 1 Chaoyangmen Bei Dajie Dongcheng district (东城区朝阳门北大街1号新保利大厦)

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