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Emmanuel Lincot

[Emmanuel Lincot] Les ONG chinoises en Afrique

Emmanuel Lincot 2017-01-10 09:49:24

Plus de 60 ans après le premier voyage de Zhou Enlai en Afrique, la coopération n’a cessé de s’intensifier avec la Chine. Près de 546 000 organisations chinoises de toute nature (entreprises, associations…) recensées en Afrique participent à une réelle stratégie de développement humanitaire mise en œuvre par le gouvernement chinois sur le continent africain. Ces relais s’inscrivent dans le choix d’une politique globale initiée par le Président Hu Jintao, et que poursuit à l’heure actuelle son successeur Xi Jinping. Cette politique globale vise à internationaliser la présence chinoise et à utiliser tout particulièrement ses ONG (Organisations non gouvernementales) comme de puissants leviers. Selon Liu Hongwu, directeur de l’Institut des études africaines de l’Université normale du Zhejiang, il existe une centaine d’ONG chinoises travaillant en Afrique. Parmi elles, la Fondation chinoise pour la réduction de la pauvreté (APFC) et la Croix-Rouge nationale chinoise. Elles accompagnent les nombreuses activités financées dans le cadre du programme d’aide à l’Afrique. Ce programme s’élève pour ces seules trois dernières années à 60 milliards de dollars. La grande majorité des ONG chinoises opérant sur le continent africain sont en réalité des « GONGO » (littéralement : « Government-organized non-governmental organization ») c’est-à-dire des ONG organisée par le gouvernement. A la différence de la plupart des ONG occidentales, les GONGO sont financées à la fois par des entreprises d’Etat chinoises et l’Etat chinois. Il est donc difficile pour ne pas dire impossible de distinguer les acteurs étatiques et non-étatiques concernant la présence chinoise en Afrique.

Une chose est certaine en revanche : sous couvert de ces ONG, la Chine souhaite promouvoir une voie chinoise pour le développement, à savoir une véritable alternative à la présence et au « soft power » occidental. Le dernier FOCAC (Forum sur la coopération sino-africaine) tenu à Johannesburg en décembre 2015 est très clair dans ses propositions : « l’assistance de la Chine sera principalement utilisée dans le champ du développement des infrastructures, des soins médicaux, de l’agriculture, du changement climatique et dans des objectifs humanitaires, dans le but d’aider les pays africains à lutter contre la pauvreté, améliorer les conditions de vie et construire un développement indépendant ». En cela, la Chine peut s’appuyer sur une solidarité tiers-mondiste qu’elle n’a jamais cessé de cultiver depuis plus de soixante ans lors de sa participation active à la première conférence afro-asiatique réunie à Bandung (1955). Même si des voix, comme celle de l’ancien Président sud-africain Thabo Mbeki, s’élèvent contre les formes de « néo-colonialisme » que revêt selon lui l’aide chinoise, un fait n’en demeure pas moins réel, celle-ci contribue largement au décollage économique de bien des pays dans cette région du monde. Ainsi, l’Ethiopie et sa capitale Addis-Abeba où siège la Commission économique pour l’Afrique (CEA) de l’Union Africaine (UA) ont bénéficié depuis l’an 2000 de la réalisation de 111 projets, dans le domaine agricole notamment, financées par Pékin, pour un montant de 8, 73 milliards de dollars. La nature de ces projets participe d’une stratégie d’endiguement humanitaire visant à prévenir toute forme d’instabilité qui s’avérait à terme dommageable non seulement pour la préservation de la paix sociale mais aussi des intérêts chinois. En toile de fond persiste aussi, sur le théâtre africain même, la rivalité entre Taïwan et Pékin, ravivée par les tensions que provoque l’ambiguïté des déclarations de Donal Trump concernant la politique d’une « seule Chine » d’une part et comme l’illustre d’autre part le spectaculaire et non moins récent volte-face de Sao Tomé et Principe en faveur de Pékin. Toujours est-il que la présence accrue de la Chine et de ses ONG en Afrique rencontre un écho largement favorable auprès des opinions locales.

L’impact de cette stratégie est d’autant plus profond qu’il couvre un spectre très large où les intrications économiques, diplomatiques et culturelles sont étroitement liées. Cette stratégie subordonne les conditions de la paix à la politique d’un développement qui ne peut être que favorable aux intérêts commerciaux chinois. Dont acte : la Chine est aussi le plus important contributeur dans les opérations de maintien de la paix en Afrique organisées sous le mandat de l’ONU.

Emmanuel Lincot

chine-info.com

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