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Emmanuel Lincot

[Emmanuel Lincot] Xi Jinping à Davos: un tournant

Emmanuel Lincot 2017-01-24 03:05:01

Le 17 janvier dernier, le Président chinois se rendait au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Premier Chef d’Etat de ce pays à s’y rendre, jamais il n’avait fait preuve d’autant de détermination pour faire avancer d’une manière significative la mondialisation économique. Devant 3 000 spectateurs, Xi Jinping a prononcé un discours historique en se présentant comme le champion toutes catégories du libre-échange. Alors que 55 % des Européens pensent que l’investiture imminente de Donald Trump va mettre en péril leur relation avec les Etats-Unis, les déclarations de Xi Jinping ont été accueillies comme « un vibrant plaidoyer pour une politique de portes ouvertes, pour le dialogue direct, et contre le protectionnisme », commentait, admirative, la ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyden. Visionnaire, Xi Jinping se faisait aussi historien en rappelant que l’isolationnisme était synonyme de chaos. « Personne ne sortira vainqueur d’une guerre commerciale » ajoutait le dirigeant chinois dans une critique à peine voilée de Donald Trump. Impression en réalité très étrange que de voir l’un des successeurs de Mao Zedong défendre devant l’élite du monde des affaires les concepts qui ont révolutionné l’économie internationale de ce dernier quart de siècle, tout en citant Charles Dickens mais aussi - en hommage sans doute à ses hôtes d’Helvétie - le fondateur de la Croix rouge, Henri Dunant… Une chose est certaine, Davos a été le théâtre d’une spectaculaire redistribution des cartes et des rôles. Plus un seul problème ne peut être désormais résolu sans la Chine.

La performance du Président chinois s’inscrit dans un contexte de profonde mutation des forces qui ont conduit à la globalisation. Le premier paradigme dont nous avons été les témoins (désindustrialisations, délocalisation…) depuis la fin de la guerre froide et l’effondrement de l’URSS est en train de disparaître au profit d’un accroissement des échanges dans le domaine des données numérisées. Le flot de ces données a été multiplié par 20 entre 2008 et 2016. La plupart de nos échanges se feront désormais par le truchement des nouvelles technologies. Elles permettront de transmettre instantanément, d’un point à l’autre du globe, une masse de données toujours plus lourde que l’on sera en mesure de reproduire par des impressions 3D et ce, sur une vaste échelle. En d’autres mots, le temps et l’usage de porte-conteneurs pour des biens fabriqués dans des pays émergents est d’ores et déjà révolu. Si Xi Jinping est en faveur d’une ouverture des frontières, il n’est pas pour autant le libéral que l’on croit. Les débouchés qu’offrent encore les pays émergents, en termes d’infrastructures mais aussi l’achat des très hautes technologies digitales auprès de l’Occident sont des priorités vitales pour une économie chinoise en pleine restructuration. Socialement, les conséquences de ces transformations donnent lieu non pas au renforcement du clivage - né de la première révolution industrielle - entre patronat et prolétariat mais bien à l’émergence d’un « précariat » universel dont l’« ubérisation » est l’une des expressions les plus visibles.

« Les techniques mobiles rendent les gens de plus en plus puissants, leur accès à l’information est illimité, ils peuvent critiquer et diffuser leurs récriminations bien plus vite que les gouvernements ne peuvent y répondre » constate l’agence de marketing et de communication WWP dans une étude présentée à Davos même. Xi Jinping est conscient que la révolution numérique peut aussi faire le lit du populisme et de la colère populaire. Le Brexit en est une illustration. L’élection de Donald Trump en est la confirmation. « La démocratie, sans le savoir, travaille contre elle-même »… Prononçant son discours, Xi Jinping avait-il en tête cette assertion fameuse d’Alexis de Tocqueville ? Nul ne saurait le dire. Toutefois, il semble évident que le Président chinois s’est dit prêt, pour qui voulait bien l’entendre, à croiser le fer avec les Américains, et à dénoncer un modèle de gouvernance qui non seulement lui paraît obsolète mais est devenu profondément dangereux. Assumer une telle posture en Europe même a également valeur de symbole. La dégradation des relations entre Washington et Pékin pourrait favoriser les intérêts européens si Bruxelles saisit à temps les opportunités que lui ouvriront les nouveaux marchés chinois créés par l’économie digitale.

A Davos, Xi Jinping donnait aussi le ton en vue de préparer une échéance d’une très grande importance pour la Chine, dans ses choix de politique économique notamment. Il s’agit du XIXème Congrès du Parti communiste. Il se réunira à l’automne de cette année à Pékin et se donnera pour mission d’établir les orientations principales du pays dans le contexte d’une économie globale à laquelle, comme le rappelait le Président chinois en guise d’avertissement, « qu’on l’aime ou non, celle-ci est devenue un vaste océan auquel aucun pays ne peut se soustraire ».

Emmanuel Lincot

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