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Emmanuel Lincot

[Emmanuel Lincot] L’année du coq et ses incertitudes

Emmanuel Lincot 2017-02-22 07:13:51

Deux défis essentiels se présentent à la Chine : l’approche du XIXème Congrès qui aura lieu à Pékin à l’automne et l’extraordinaire versatilité de Donald Trump dans ses choix en matière de politique étrangère. L’un dépend partiellement des décisions prises par les Chinois eux-mêmes, l’autre pas. Restructuration de l’économie chinoise sur fond de lutte contre la corruption, craintes que suscitent les évasions de capitaux vers l’étranger - évalués à 500 milliards par an - mais aussi mesures drastiques et réelles contre la pollution, seront les principaux défis de ce rendez-vous historique pour le Parti. Les questions de politique étrangère s’inviteront aussi dans les débats au sein de la Direction chinoise pour savoir comment réagir sur le long terme aux tensions provoquées notamment par les Etats-Unis, son principal rival stratégique. Sur ce point, après les incartades de Donald Trump vis-à-vis de Taïwan, le Président américain a assuré auprès de son homologue Xi Jinping qu’il ne remettrait pas en cause les fondements de la relation sino-américaine et la reconnaissance d’« une seule Chine ». Preuve s’il en est de l’existence d’une volonté mutuelle de coopérer sur l’une des crises majeures encourues en Asie de l’Est, Washington et Pékin ont condamné le tir de missile nord-coréen du 12 février dernier. Pour autant, on aurait tort de croire que les deux Etats ont des intérêts convergents sur ce dossier.

Rappelons que Pyongyang est en passe d’acquérir un arsenal nucléaire suffisant et des vecteurs désormais capables de frapper le Japon et la Corée du Sud. Cette menace pousse Séoul et Tokyo à coopérer davantage dans le domaine militaire, sous l’égide des Etats-Unis qui, malgré les protestations récurrentes de Pékin, n’ont pas renoncé à installer sur le territoire de leur allié sud-coréen un système de missiles antibalistiques, autrement appelé Terminal High Attitude Area Defense (THAAD). Directement exposée à ces missiles, la Chine ne peut en rien renoncer à son alliance avec la Corée du Nord. Un véritable équilibre par la terreur s’installe dans la région et loin de se sentir abaissé, le régime nord-coréen s’en trouve au contraire renforcé. Par ailleurs, tout porte à croire que l’abandon annoncé par Donald Trump du Traité Transpacifique (TPP) n’aura aucune conséquence quant à un très hypothétique retrait stratégique des Etats-Unis dans la région. Le nouveau Secrétaire d’Etat à la Défense, James Mattis, a en effet assuré la Corée du sud et le Japon de la protection américaine. En revanche, cette protection semble rejetée plus au sud par les Philippines de Duterte, offrant ainsi une ouverture non négligeable pour les intérêts chinois et les routes maritimes de la soie.

Les variantes terrestres de ces routes transitant via l’Asie centrale en vue de relier la Chine à l’Union Européenne – son premier partenaire commercial – deviennent l’alternative privilégiée aux mesures protectionnistes américaines. S’adressant à la Maison Blanche, un des faucons de l’Armée Populaire de Libération, le général en retraite Luo Yan, écrivait il y a quelques semaines sur son blog : « Votre slogan est ‘America first’, le nôtre renvoie au destin commun des hommes ; vous fermez votre pays, nos projets des nouvelles routes de la soie sont ouverts à tous ». Si l’on est en droit de douter des seules intentions humanistes de la Chine, il paraît clair que Pékin cherche par ce biais à affirmer une influence plus grande de par le monde. Elle finance, on le sait, au Pakistan comme en Egypte ou en Afrique subsaharienne nombre de projets d’infrastructures très ambitieux. Toutefois, loin d’amener ses partenaires dans un état de dépendance, la Chine prend le risque majeur de ne pas se voir remboursée. Dans une interview récente accordée au Monde, le politologue Pei Minxin affirmait : « Si vous prêtez à des pays pauvres qui ne peuvent rembourser, vous serez perdant. Vous connaissez le proverbe du banquier : ‘Si je vous prête un dollar, vous me le devez. Si je vous dois un million de dollars, c’est moi qui vous possède’. Il n’y a pas d’exemples dans l’histoire de pays créanciers prenant le contrôle militaire ou politique de pays débiteurs ».

De toute évidence, le bien-fondé de cette politique entreprise par la Chine depuis plusieurs années fait aujourd’hui débat et sera aussi l’un des sujets incontournables abordés lors du futur Congrès.

chine-info.com

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