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Emmanuel Lincot

[Emmanuel Lincot] Le voyage de Tillerson en Asie Orientale : analyse et décryptage

Emmanuel Lincot 2017-03-28 09:05:43

Arrivé le 15 mars dernier dans la capitale japonaise, le chef de la diplomatie américaine a rassuré son homologue Fumio Kishida puis le premier ministre Shinzo Abe du soutien de Washington face à la menace des programmes balistique et nucléaire de la Corée du Nord. L’ex-patron du groupe ExxonMobil entamait ainsi une tournée cruciale en Asie orientale qui allait le conduire ensuite à Séoul puis à Pékin. Moins de 15 jours après que le Secrétaire d’Etat des affaires étrangères ait effectué son premier baptême du feu dans la région, plusieurs indices nous montrent quelles seront les tendances de fond qui dicteront l’état des relations internationales entre Washington, Tokyo et Séoul d’une part, dans leurs différends respectifs avec Pyongyang et Pékin de l’autre. Premier fait observable : les Etats-Unis comptent beaucoup sur le Japon pour veiller à l’effectivité d’un statu quo favorable aux seuls intérêts américains. L’ascension de l’archipel au rang de puissance active garantit, à leurs yeux, l’équilibre des forces en Asie (vis-à-vis de la Chine), seul gage de survie de leur propre diplomatie.

Tout comme Pékin continuera à souffrir de l’inconfort de la puissance américaine à ses portes – une occurrence qui, au passage, a rapproché Pékin de Moscou – marquée par ce qu’elle considère comme une intrusion visant à imposer le modèle politique et culturel américain et à encadrer la montée en puissance de la Chine, Washington ne cessera pas de dénoncer le dumping commercial chinois. Cette configuration stratégique nous renvoie aussi à des différends de nature mémorielle et culturelle. Alors que Washington et ses alliés asiatiques s’appuient sur la prévalence du droit international comme moyen d’apurer les contentieux insulaires qui les opposent à la puissance chinoise en mer de Chine, Pékin fait valoir les droits historiques de la Chine auxquels elle n’a jamais fondamentalement renoncé depuis l’ère impériale. Ce défi posé par le magistère chinois inquiète à la fois Tokyo et Washington. L’administration américaine tentera de toute évidence d’y pallier par la livraison d’armes à Taïwan, toujours placée sous la protection du Taïwan Relations Act. Le risque étant que Pékin y réponde par le choix de donner une priorité absolue à la survie du régime de Pyongyang en favorisant, par consentement tacite, la nucléarisation militaire définitive de la Corée du Nord.

Ce scénario devient, semaines après semaines, des plus probables. Le déploiement du système THAAD - que devrait avaliser le nouveau pouvoir en place à Séoul - pourrait, en effet, conforter Pékin dans cette optique. La Chine entrerait dès lors en contradiction avec le principe de non-prolifération entré en vigueur en 1970. Pour l’heure, la terreur nucléaire et le poids des interdépendances économiques poussent Washington et Pékin au dialogue. Et Rex Tillerson - lors de sa rencontre, le 18 mars, avec le Président chinois Xi Jinping - a délibérément joué la carte de l’apaisement. Son assaut d’amabilités présentait un surprenant contraste avec l’agressivité antichinoise affichée par Donald Trump et son équipe durant la campagne présidentielle. Jamais la Maison Blanche n’a manifesté un tel empressement dans son souhait d’inviter au plus tôt le chef de l’Etat chinois. Cette brusque embellie dans la relation bilatérale ne doit pas faire oublier toutefois qu’il serait illusoire de croire à un réchauffement des relations entre Washington et Pékin.

Ces relations ne sont pas à l’abri d’un dérapage militaire sur fond de nationalisme exacerbé. Jamais l’histoire de cette partie du monde ne s’est apparentée d’une manière aussi troublante à celle de l’Europe en …1913.

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