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[Emmanuel Lincot] Deux nouveaux états intègrent l’Organisation de Coopération de Shanghai : le Pakistan et l’Inde

Emmanuel Lincot 2017-06-22 09:09:17

Depuis le 9 juin, au sommet d’Astana, au Kazakhstan, le Pakistan et l’Inde sont devenus membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), portant à huit le nombre de pays adhérents à cette structure. Créée par la Chine en 1996 sous le nom de « Club de Shanghai », l’Organisation de Coopération de Shanghai a été rebaptisée comme telle en 2001 en ayant pour vocation essentielle de lutter contre le terrorisme. Les autres Etats membres sont l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et la Russie. Avec l’intégration des deux grands Etats, pourtant rivaux, du subcontinent indien, le centre de gravité de l’OCS bascule vers l’Asie du Sud. Désormais l’OCS accueille « 40 % de l’humanité » s’est félicité Narendra Modi, le premier ministre indien, rencontrant pour la première fois depuis plus d’un an, et dans la capitale kazakhe, son homologue pakistanais Nawaz Sharif. Ce dernier a salué cette accession à l’OCS en déclarant : « Nous avons le devoir de laisser aux générations futures un héritage de paix, et non une récolte faite de conflits et d’animosité ». L’événement est d’autant plus historique que l’Inde avait brillé par son absence lors du Forum sur les nouvelles routes de la soie, présidé par Xi Jinping, qui se tenait le 15 mai dernier à Pékin.

Qu’est-ce à dire ? Islamabad, New Dehli comme Pékin sont soucieux de développer les synergies régionales et de diversifier leurs appuis. La considération stratégique première est de forcer l’Inde et le Pakistan à collaborer sur la sécurité et l’économie. Or, comme le souligne un spécialiste de la région, Alain Lamballe, « le Pakistan constitue pour l’Inde une gêne permanente qui l’empêche de réaliser pleinement ses projets régionaux et dans une moindre mesure mondiaux. À défaut de pouvoir la menacer, il maintient son pouvoir de nuisance au Cachemire en aidant les mouvements séparatistes et même dans le reste de l’Inde (…) notamment dans le Nord-Est, par l’intermédiaire du Bangladesh où l’extrémisme islamiste progresse ». Outre le volet sécuritaire, les deux Etats pourraient être ainsi amenés à développer davantage leurs échanges commerciaux, encore très limités. L’Asie centrale pourrait en être la principale région impactée car s’il existe des relations cordiales entre l’Afghanistan et l’Inde, entre autre exemple, le Pakistan a jusqu’alors fait obstruction à une intensification des échanges économiques entre New Dehli et Kaboul. Par ailleurs, la double adhésion pakistanaise et indienne au sein de l’OCS pourrait, par ricochet, dynamiser la South Asian Association for Regional Cooperation (SAARC) dont les accords de libre-échange, pourtant entrés en vigueur depuis 2006, sont - dans les faits - restés lettre-morte.

Quoiqu’il en soit, cette intégration de l’Inde et du Pakistan constitue une victoire diplomatique certaine pour la Chine et la Russie qui avaient, en juillet 2015 déjà, lors du sommet des BRICS et de l’OCS d’Oufa, annoncé cette perspective. Elle permet pour Pékin et Moscou de ralentir le rapprochement qu’ils redoutent entre New Dehli et Washington. Elle rend également plus probable que jamais, et dans un deuxième temps, l’adhésion prochaine de l’Iran à l’OCS que Pékin et New Dehli convoitent tout autant. Si la Chine et l’Inde dépendent pour partie des hydrocarbures iraniens, ces deux pays considèrent, par ailleurs, que l’Iran est le seul pays en mesure d’exercer un rôle de stabilité interrégionale, tant au Moyen-Orient qu’en Asie centrale. Les difficultés rencontrées par la Chine à sécuriser ses intérêts chez son allié pakistanais, et notamment dans la province du Balouchistan - connue pour son stratégique port de Gwadar - où deux de ses ressortissants ont été récemment tués, ne peuvent a priori que la conforter dans ce choix. L’Inde semble en tout cas l’avoir bien compris en participant à la modernisation et à l’aménagement respectifs des ports iraniens de Bander Abbas et de Chabahar, opportunément situés à proximité du golfe d’Oman et de la mer d’Arabie. L’Iran permet enfin à l’Inde de s’affranchir du Pakistan pour accéder aux ressources pétrolières et gazières de l’Asie centrale tout en établissant une alliance de revers contre son encombrant et instable voisin qui restera, pour des décennies encore, gangrené par l’islamisme radical.

Si l’Iran n’a pour le moment qu’un statut d’observateur au sein de l’OCS, il pourrait donc devenir à court terme membre à part entière, et confirmer ainsi son inclination à privilégier le développement de ses relations avec l’Asie. Une chose est certaine : malgré la compétition à laquelle se livrent New Dehli et Pékin ainsi que l’existence de litiges frontaliers dans les régions de l’Himalaya, l’adhésion de l’Inde au sein de l’OCS souligne un certain nombre de convergences avec la Chine. Ainsi, les échanges commerciaux sino-indiens ont atteint 75 milliards de dollars en 2015, ce qui constitue une progression considérable, et pourraient atteindre 100 milliards de dollars en 2020. Ces échanges ne se limitent pas aux régions frontalières. Que ce soit dans le domaine de la prospection pétrolière et gazière, au Soudan ou en Iran et bientôt en Amérique latine, les deux pays collaborent. Ils affirment aussi des positions communes dans les grandes instances internationales ; positions qui souvent revêtent une nette connotation antioccidentale. Le rapprochement demeure toutefois fragile. L’Histoire l’a plus d’une fois démontrée…

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