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Emmanuel Lincot

[Emmanuel Lincot ] Etablissement des relations diplomatiques entre Panama et la République populaire de Chine : conséquences et enjeux

Emmanuel Lincot 2017-06-29 04:55:36

Le 13 juin 2017, Wang Yi et son homologue panaméen aux Affaires étrangères Isabel de Saint Malo ont déclaré officiellement l’établissement des relations diplomatiques entre le Panama et la République populaire de Chine. Dure camouflet pour Taïwan dont la "Présidente" Tsai Ing-wen, il y a près d’un an, s’était rendue dans ce pays de l’Amérique centrale pour y célébrer une relation historique, quelques jours seulement après son élection.

Taïwan a réagi avec colère à ce développement qui pourrait accroître la tension entre Taipei et Pékin, pour qui l'île est une province rebelle devant être réunifiée au continent.

Le Panama est devenu le dernier en date des pays à abandonner ses relations avec Taïwan pour se rapprocher de la deuxième économie mondiale. Dans le document qui officialise l’établissement de leurs relations diplomatiques, le gouvernement de Panama « reconnaît qu'il n'existe qu'une seule Chine » et que « Taïwan forme une partie inaliénable du territoire chinois ». Les tensions diplomatiques entre Taipei et Pékin s'étaient atténuées sous le précédent gouvernement taïwanais. Mais les relations se sont détériorées depuis la large victoire électorale qui a porté l'année dernière au pouvoir le parti de la "Présidente" Tsai Ing-wen. Mme Tsai a refusé de reconnaître le principe d’« une seule Chine », contrairement à son prédécesseur Ma Ying-jeou (2008-2016). En Amérique centrale, tous les pays reconnaissaient Taïwan jusqu'à ce que le Costa Rica rompe en 2010 ses relations diplomatiques avec l'île, comme le Panama vient de le faire. Qu’est-ce à dire ? C’est là le signe que la Chine ne faiblit pas dans son offensive contre Taïwan. Non seulement, la petite nation africaine de Sao Tome Principe avait abandonné, en décembre 2016, la "République de Chine" (nom officiel de Taïwan) au profit de sa rivale mais Pékin s’est employé à bloquer, cette année, la participation de Taipei à l’assemblée de l’Organisation mondiale de la santé comme observateur.

L’isolement diplomatique de Taïwan et la trêve entre les deux rives du détroit semble donc bel et bien avoir été rompue. Par ailleurs, dans le projet OBOR (« One Road One Belt ») initié par le Président chinois Xi Jinping, la sécurisation des voies navigables s’avère une priorité stratégique. Précisément, la Chine est le second plus important utilisateur du canal de Panama après les Etats-Unis. L'an passé, la Chine a fait, en effet, transiter par ce passage interocéanique quelques 38 millions de tonnes de marchandises, soit 18,9% du trafic.

L'annonce de cet établissement de relations diplomatiques entre les deux Etats survient une semaine après le début de la construction par Pékin d'un port de conteneurs, avec des installations de gaz naturel, dans la province de Colon, dans le nord du Panama. Rappelons que la Chine est le premier fournisseur de marchandises de la zone franche de Colon, et en partie financée par COSCO, l'une des plus grandes d'Amérique latine. Des multinationales et des entreprises chinoises actives dans de nombreux domaines, banque, énergie, logistique, télécommunications et technologies se sont établies ces dernières années au Panama. En somme, ce revirement de la diplomatie panaméenne entérine un processus qui apparaissait inéluctable a posteriori. Toutefois, une chose est certaine : à Taipei on s’inquiète d’une possible contagion provoquant de nouvelles défections en Amérique Latine et dans les Caraïbes des quelques pays encore fidèles à leurs relations avec l’Île (Belize, Salvador, Haïti, le Nicaragua, St Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la République Dominicaine, le Guatemala, le Paraguay, Honduras et Sainte-Lucie.) Pour éloigner le spectre de l’hémorragie, Mme Tsai était retournée dans la région en janvier 2017, visitant le Honduras et le Nicaragua où elle avait assisté à la 4ème investiture de Daniel Ortega.

Plus largement, les élites taïwanaises constatent avec amertume que le réseau diplomatique de l’Île qui comptait 30 pays au milieu des années 90 et est aujourd’hui réduit à 20, dont 19 ont des ambassades à Taipei. Dans l’Île on se console en songeant qu’à ces pays s’ajoutent les bureaux des représentations de l’UE, des États-Unis et de plus de 45 pays de tous les continents ayant avec Taïwan des relations non diplomatiques, mais où l’Île entretient des missions culturelles et commerciales et des capacités consulaires. Il reste que, tirant profit d’une conjoncture favorable marquée par le retrait de l’Amérique et la volte-face de Donald Trump, Pékin a depuis quelque temps décidé de mettre également sous pression les bureaux de représentation de Taïwan. Ainsi, dans un mouvement qui pourrait ne pas avoir de fin, le gouvernement chinois a entrepris d’intimider le Nigeria, Dubaï, la Jordanie, l’Equateur et Bahrain. Le 4 juin, Dubai a, sous la pression de Pékin, modifié le nom de la représentation taïwanaise. De « Bureau commercial de la République de Chine », elle est devenue « Bureau commercial de Taipei ». L’opinion taïwanaise semble, pour le moment, solidaire de sa "Présidente". Faute de pouvoir rivaliser avec le géant chinois, Mme Tsai pourrait être tentée de réévaluer sa stratégie dans le Détroit, en recherchant davantage l’appui du Japon. Une option périlleuse qui pourrait, en définitive, mettre à mal la sécurité de toute l’Asie orientale….

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