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Emmanuel Lincot

[Emmanuel Lincot] Le XIXème Congrès du PCC et après ?

Emmanuel Lincot 2017-11-01 08:36:28

Les principaux décideurs politiques chinois se sont réunis à Pékin pour le XIXème Congrès national du Parti communiste. Il aura été suivi de près par les marchés et constitue d’ores et déjà un événement politique. Reconduit dans ses fonctions, le Sécrétaire général du parti Xi Jinping s’entoure d’une nouvelle équipe. Il y a, en premier lieu, Li Keqiang, qui reste dans le Comité permanent du Bureau Politique du PCC. Le réformateur Wang Yang - qui s’était illustré comme Chef du Parti dans la province méridionale du Guangdong - rejoint également le Comité permanent du Bureau Politique. Vient, par ailleurs, Zhao Leji. Ancien responsable du Parti au Qinghai et au Shaanxi, il est chargé du redoutable dossier de la lutte anti-corruption. Li Zhanshu garde, quant à lui, son statut de proche Conseiller de Xi Jinping. Han Zheng, responsable du Parti à Shanghai intègre cette « Dream Team » auquel participe, enfin, Wang Huning. En charge de l’idéologie du Parti, ce dernier est un parfait francophone. Universitaire issu de la faculté de Droit de la prestigieuse université Fudan de Shanghai, il a accompagné Xi Jinping dans ses fonctions de Président dans tous ses déplacements. Ces sept membres désignés par le bureau politique pour cinq ans sont tous nés dans les années 50. Resserrant ainsi la direction du pays autour de lui, Xi Jinping semble incarner les idées populaires de renaissance nationale et le « rêve chinois » (Zhongguo meng) consistant à faire de la deuxième puissance économique du monde un laboratoire avancé des nouvelles technologies dans le monde. Sa politique des Nouvelles Routes de la Soie en est aussi la plus parfaite illustration. Elle relève d’une pensée originale désormais inscrite dans la charte du Parti Communiste. Pour en résumer la teneur, cette pensée s’est construite tel un antidote au modèle incarné par Gorbatchev ; le dernier responsable soviétique représentant tout ce que la Chine ne doit surtout pas devenir. Plus fondamentalement, la pensée de Xi Jinping est axée sur une rhétorique nourrie de l’histoire prestigieuse de la Chine impériale, avec des éléments de langage empruntés au marxisme-léninisme. C’est donc une pensée synthétique pour le XXIème siècle chinois.

Cette politique conduite par Xi Jinping est aussi un contre modèle opposé par la Chine à l’Occident. Ce modèle fait l’apologie d’un pouvoir fort et d’autant plus assumé comme tel qu’il a réussi ses réformes économiques. Depuis la fin de la Guerre Froide, les idéologues américains affirmaient que le préalable nécessaire au développement d’une société, quelle qu’elle soit, c’était sa démocratisation. Or, Pékin démontre depuis cinquante ans que l’inverse est possible. Toutefois, il ne s’agit pas non plus d’une redite de la période de Mao. La Chine d’aujourd’hui n’est pas dans une configuration totalitaire. Il s’agit plutôt d’une forme de« démocrature », une dictature sans complexe mais avec des formes de démocratisation. Plus que tout, Xi Jinping confirme son intention de poursuivre un certain nombre d’objectifs tant sur le plan économique qu’en matière de politique étrangère. Ainsi, sous sa conduite, la Chine envisage de réformer ses entreprises d'État, de réduire l'offre excédentaire dans un certain nombre de secteurs de l'industrie lourde et de désendetter le secteur des entreprises financières. Il entend également mener des réformes pour soutenir les secteurs de la technologie, et tout particulièrement ceux dans le domaine des énergies alternatives. Ces choix de restructuration de l’économie chinois font écho aux besoins qu’affirme par ailleurs la Chine de déployer sa diplomatie dans le cadre du projet « One Belt One Road » (OBOR) qui est non seulement la signature du Président Xi Jinping en matière de politique étrangère mais encore la plus ambitieuse stratégie globale jamais menée par la Chine dans son histoire.

D’aucuns y voient déjà l’affirmation nationaliste de la puissance chinoise. Elle l’est assurément si l’on considère que la Chine évolue dans un monde qui lui est profondément hostile. La réélection de Shinzo Abe au Japon - qui ne cache nullement ses intentions de se doter d’une véritable armée de projection - a tout lieu d’inquiéter les autorités chinoises. Le rapprochement de New Dehli avec Washington et les incidents qui se sont répétés, l’été dernier, à la frontière sino-indienne sont aussi la manifestation d’une tentative d’encerclement contre la Chine dont la puissance en pleine expansion se trouve garrottée et confrontée à une logique d’endiguement. Seule l’échappatoire vers l’Asie centrale - région gangrenée par le terrorisme international - semble offrir une alternative à la diplomatie chinoise que l’on voit entravée par les intérêts américains et leurs alliés en Asie du Sud-Est.

En d’autres mots, les défis posés à la Chine sont énormes. De son avenir et de la sécurité du monde dépendront la capacité du Parti Communiste et de Xi Jinping à accompagner cette transition gigantesque qui consiste à déployer au niveau international une puissance qui a toujours été tentée de se recroqueviller sur elle-même.

Emmanuel Lincot

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