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Emmanuel Lincot

[Emmanuel Lincot] Emmanuel Macron est arrivé en Chine par les Nouvelles Routes de la Soie

Emmanuel Lincot 2018-01-17 04:48:25

Photo: ZHANG Xin

Dans un discours fondateur prononcé dès son arrivée à Xi’an le 8 janvier, le Président français a rappelé la nécessité pour la France et la Chine de coopérer dans un esprit de « réciprocité ». Un discours séminal ayant « les nouvelles routes de la soie », cette « mémoire du monde », comme fil conducteur.

Nulle part ailleurs qu’en Chine, les symboles parlent davantage que les mots. Le Président français l’a bien compris. C’est un cheval de la Garde Républicaine qu’il a offert à la Chine. Réponse à la diplomatie du panda qui prêterait à bien des sourires si l’on ne rappelait que la traduction chinoise de Macron signifie « le cheval domptant le dragon ». On pourrait gloser à l’infini en précisant aussi que le cheval de Troie fut une ruse plus ancienne encore que Sun Zi et l’art de la guerre cité par le Président français. Subtilité donc pour une parole présidentielle qui ne manquait ni de souffle géopolitique ni d’un certain lyrisme lorsque furent convoqués Victor Segalen, Paul Claudel, Saint John Perse ou encore le sacrifice des Chinois tombés dans le nord de la France à Nolette durant la première guerre mondiale. Pour son premier voyage en Chine, le Chef de l’Etat français se hissait au rang d’un De Gaulle et a su séduire au-delà de ses dirigeants, le peuple chinois. Il n’est que de voir l’accueil qui lui a été fait ainsi qu’à son épouse à la pagode de l’Oie sauvage, lieu de mémoire essentiel dans l’histoire du bouddhisme, ou encore à la grande mosquée de Xi’an pour comprendre que le Président français souhaitait rencontrer la Chine dans toute sa diversité, y compris religieuse. Poursuivant sa visite d’Etat à Pékin où le recevait son homologue Xi Jinping, Emmanuel Macron ne cessait d’invoquer la nouvelle ère qu’il avait l’intention d’ouvrir dans les relations franco-chinoises. « Nous avons entre nous une concordance des temps : la France a voté en mai pour cinq ans, comme le 19ème congrès du parti communiste chinois en octobre » résumait-il pour s’imposer comme un interlocuteur-clé pour Pékin. Emmanuel Macron a montré qu’avec lui, la « France était de retour » comme une « puissance du futur » dans la transition écologique et le numérique, et « une grande place financière ».

Le contexte semble d’autant plus favorable pour la France que la Grande-Bretagne est sortie du rang européen et que l’Allemagne est affaiblie par une crise politique sans précédent. La France est donc de toutes les puissances européennes la seule crédible pour Pékin d’autant que sa rivalité avec Washington ne cesse par ailleurs de croître. Sur le plan économique, Emmanuel Macron a mis à profit sa visite d’Etat pour signer ou annoncer de nombreux accords dans le domaine de l’aérospatial et de l’intelligence artificielle. A ce volet déjà prometteur s’ajoute la vente de près de deux cent avions Airbus, la construction d’une usine Areva pour le retraitement des déchets. A la tête d’une délégation d’une cinquantaine de patrons, du grand groupe à la start-up, Emmanuel Macron s’est rendu avec Xi Jinping à Soho3Q, l’un des incubateurs de Pékin accueillant des start-ups centrées sur la très haute technologie. Un fonds d’investissement d’un milliard d’euros ainsi qu’un programme d’échanges concernant vingt talents français et vingt talents chinois a été créé pour développer des programmes plus spécifiquement réservés à l’intelligence artificielle sur laquelle des entreprises chinoises travaillent pour la réalisation d’outils de reconnaissance faciale ainsi que sur la conduite autonome. On aura remarqué au sein de la délégation présidentielle française la présence d’Eric Léandri, PDG de Qwant, l’un des rares moteurs de recherche dont l’accès est possible en Chine. Qwant travaille à des projets de « smart cities » ; villes structurées par la gestion instantanée des Big Data issues de la technologisation des espaces urbains et des réseaux. Ces villes deviennent smart lorsqu’elles permettent le recours au traitement informatique simultané de l’information afin de gérer et d’anticiper la dynamique des espaces, des réseaux et des populations. La « smart city » repose ainsi sur l’usage massif de l’informatique, de capteurs, de super-calculateurs et de l’Internet, qui permettent de connaître et de gérer la ville sur le très court terme. Ces villes du futur sont généralement liées aux principes d’éco-durabilité dont les Français sont passés maîtres, et tout particulièrement à Caidian, quartier de la ville de Wuhan (province du Hubei) qui comprend 11 millions d’habitants, l’équivalent de la région Île-de-France.

Il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron s’y rendra un jour. Lui qui disait vouloir « revenir en Chine au moins une fois par an »… Le voyage qui vient de s’accomplir aura en tous cas été suivi de près par la presse européenne. « Le slogan ‘ni de gauche ni de droite’ de la campagne de Macron a des accents gaullistes, tout comme la formule ‘ni les États-Unis ni la Chine’, la rhétorique et le cérémonial qui caractérisent cette visite chez le géant asiatique », tranche le quotidien espagnol El País. Echos favorables également côté médias et réseaux sociaux chinois. Le couple présidentiel français n'en a pas fini de les fasciner. Lors de cette visite très diplomatique, un geste a attiré l'œil des médias chinois. Emmanuel Macron et son épouse se tenaient la main. Un geste d'affection peu commun en Chine où toute marque publique d'intimité reste taboue surtout dans le cadre politique. Depuis la campagne d'Emmanuel Macron, la relation qu'entretient le chef de l'État avec son épouse de 24 ans son aînée fait couler beaucoup d'encre dans les médias chinois. Une différence d'âge qui a intrigué l'opinion chinoise dans un pays où les hommes se marient avec des femmes jeunes voire très jeunes. « Cet homme a épousé une enseignante de 24 ans son aînée, est devenu grand-père (par alliance) à 30 ans et rend maintenant l'Europe folle de lui », avait été écrit sur Weibo, l'équivalent chinois de Twitter.

En somme, une nouvelle lune de miel semble avoir bel et bien commencé entre la France et la Chine. Reste à faire le pari de sa durée…

Emmanuel Lincot

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