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Emmanuel Lincot

La Polynésie française, une étape de plus sur les Nouvelles routes de la soie

Emmanuel LINCOT 2019-01-10 11:34:59

À l’heure où la tenue d’un sommet France-Océanie présidé par Emmanuel Macron se précise pour le début de l’année prochaine, il n’est pas inutile de se pencher sur les enjeux stratégiques en cours dans cette partie du monde.

Une bande de terre corallienne entourant un lagon bleu : un atoll. Le Pacifique sud de la Polynésie en sont parsemés. Ici, l'île de Bora Bora. CC BY 2.0

Considéré comme un lac américain au lendemain de la Seconde guerre mondiale, le Pacifique devient un terrain d’action de la Chine qui y a activé des leviers d’influence depuis les années 90. Elle y est devenue un acteur incontournable. Mais sa proximité géographique, le rôle exercé par sa diaspora, sa volonté de participer aux dialogues multilatéraux n’expliquent pas tout. La « Belt Road Initiative », également appelée « les Nouvelles Routes de la Soie » ou « One Belt One Road » (OBOR) est le fer de lance de sa diplomatie. Elle vise pour l’essentiel à réinvestir ses surcapacités productives à l’étranger dans des projets d’infrastructures. Dans ce contexte, le Pacifique Sud - autrement dit la Polynésie, française notamment - est l’un de ses centres d’intérêt. Pourquoi ? Rappelons que la Chine est à la fois le premier producteur mondial dans le domaine de la pêche, de l’aquaculture et le premier consommateur mondial de ressources halieutiques. La surexploitation des ressources des océans et la pollution côtière et fluviale ont entraîné la raréfaction de ces ressources.

La ZEE (Zone Économique Exclusive) chinoise ne suffit plus à la forte demande intérieure et la sécurité alimentaire est donc un enjeu majeur pour Pékin. Dans ce contexte, la Polynésie française pourrait offrir d’intéressantes opportunités. Le nouveau projet de l’entreprise chinoise Tian Rui sur l’atoll de Hao s’inscrit pleinement dans cette logique. Cette ferme aquacole interroge par sa démesure : 350 millions d’euros investis (capitaux exclusivement chinois), 28 000 m² d’usine, 50000 tonnes de production par an et la promesse de création de 500 emplois. Et les risques pour l’environnement sont déjà bien identifiés : eutrophisation du lagon, résidus de plutonium et autres métaux lourds dans les poissons dans cet atoll qui a antérieurement servi de base-arrière aux essais nucléaires français dans la région pendant 30 ans. Ce projet annoncé il y a près de trois ans par le gouvernement polynésien suscite des inquiétudes. Nuira-t-il à l’environnement et partant, au tourisme, lequel constitue l’un des revenus essentiels pour la région ? Pékin cherche à rassurer mais il lui reste à convaincre de ses capacités en matière d’économie bleue. D’ailleurs, les spéculations vont bon train pour savoir si cette ferme aquacole représente un modèle expérimental destiné à être reproduit vers d’autres aires géographiques.

D’autre part, l’atoll de Hao possède un intérêt logistique de premier ordre avec une piste d'aviation de plus de 3 km protégée par une digue, une route de 15 km, des logements, des laboratoires. Dans un tout autre registre, il y a là un potentiel qui faciliterait grandement l’exploitation des fonds marins et leurs minerais. Déjà la Chine participe à leur exploration via son agence, la COMRA. Comme le souligne Paco Milhiet, l’un des meilleurs spécialistes de la région, dans une analyse à paraître prochainement dans la revue Asia Focus diffusée par l’IRIS, « les risques de confrontation avec l’Institut français de recherche pour l’exploration de la mer (IFREMER), établissement public à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle de l’État, sont réels ». D’autant qu’il existe, ajoute-t-il et au-delà de l’atoll de Hao, « une abondance de minerais dans les fonds marins de la ZEE français du Pacifique, sous différentes formes de minéralisation : sulfures polymétalliques hydrothermaux à Wallis, encroûtement de manganèse cobaltifère dans l’archipel des Tuamotu, nodules polymétalliques à Clipperton… Comment, poursuit-il, la France garantira-t-elle la préservation de l’environnement et de la biodiversité, inscrite depuis juillet 2018 dans l’article Ier de la Constitution, si les entreprises chinoises viennent exploiter les fonds marins polynésiens ? ».

Ce que nombre d’élus locaux craignent à Papeete, c’est que ces intérêts de la partie chinoise pour la Polynésie deviennent des instruments stratégiques et que Pékin y étende son influence géopolitique. Une part croissante des populations du Tonga, du Vanuatu, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée partagent un ressenti identique. Il semble qu’elles soient très vite acculées à choisir entre la stratégie initiée par Pékin dans le cadre de la « Belt Road Initiative » ou celle, concurrente, que souhaitent promouvoir - avec le soutien des Américains - les Japonais et leurs alliés Indiens. Connue sous le nom de projet « Indo-Pacifique », cette stratégie alternative semble avoir les faveurs de Paris. Toutefois, rien n’est encore joué. À charge pour la Chine d’expliquer ses intentions réelles avant la visite très attendue d’Emmanuel Macron dans une région où s’exercent déjà les principales rivalités internationales du siècle.

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