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Emmanuel Lincot

G20 : apparent cessez-le feu sur la guerre commerciale entre Washington et Pékin

Emmanuel LINCOT 2019-01-16 17:02:16

Dix ans après l’Institutionnalisation du G20, le sommet de Buenos Aires réunissait le 30 novembre dernier les grands de la planète. Dans un climat alourdi par l’escalade entre l’Ukraine et la Russie, il devait se résumer en bonne partie à l’entretien prévu entre Donald Trump et Xi Jinping. À cette issue, Américains et Chinois se donnaient un délai de 90 jours pour parvenir à un accord définitif y compris sur une série de points de friction.

© Xinhua

Tous les indices laissaient à penser que ce G20 serait électrique. Ainsi, deux jours avant la rencontre internationale dans la capitale argentine, le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer avait dénoncé « la politique industrielle agressive menée par la Chine ». Le même jour, Donald Trump s’était dit même prêt à relever les droits de douane sur 200 milliards de dollars (177 milliards d’euros) de produits importés de Chine à 25 % contre 10 % aujourd’hui, et à taxer 267 milliards de dollars de produits importés supplémentaires. Depuis l’Espagne où Xi Jinping achevait une visite diplomatique, le Chef d’État chinois temporisait en déclarant : « La Chine fera des efforts pour faciliter l’accès au marché (chinois), améliorer les conditions d’investissement et renforcer la protection de la propriété intellectuelle ». Bref, il s’agissait d’une entrevue cruciale qui déboucherait sur à peu près tout et rien compte tenu du caractère hautement volatil de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Il faut dire que de part et d’autre, les enjeux restent, à ce jour, considérables. Côté chinois, la croissance se tasse, les investissements ralentissent, les ménages consomment moins, le Renminbi faiblit. Toutefois, ces signes ne doivent pas masquer le fait que la Chine a réussi à s’imposer comme la nouvelle puissance économique du siècle. Les États-Unis ont d’ailleurs joué leur part dans cette émergence phénoménale. Notamment en apposant leur sceau à l’adhésion du géant asiatique à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) : intronisé membre officiel du club en 2001, l’empire du Milieu a tiré profit de la mondialisation comme aucun autre pays. Devenu le champion mondial des exportations dès 2010, il a vu son PIB, mesuré en parité de pouvoir d’achat, dépasser celui des États-Unis en 2014. Last but not least, la Chine vise désormais la première place dans les technologies. Elle dispose déjà de l’équivalent des GAFA avec ses Alibaba, Tencent, ByteDance et Baidu, investit sans compter dans l’Intelligence Artificielle et s’est fixé un premier point d’étape sur la route de ses ambitions : le plan « Made in China 2025 », qui cible une dizaine de secteurs prioritaires.

Washington y voit une menace. Les mesures protectionnistes prises par Donald Trump sont un avertissement et semblent avoir déjà porté leurs fruits. Croissance des ventes, compression permanente des coûts, taxes réduites : les champions US se retrouvent, à présent, avec des marges stratosphériques, bien supérieures à celles de leurs rivaux américains ou asiatiques. Pourtant, les effets de la guerre commerciale se font sentir aussi aux États-Unis. De grosses entreprises redoutent un impact sur leurs résultats. Ford affirme ainsi que les taxes imposées sur les importations d’acier et d’aluminium lui ont déjà coûté 1 milliard de dollars. Autre exemple, d’après la Federal Reserve Bank de Minneapolis, qui supervise les États du Nord-Midwest (Wisconsin, Minnesota, Dakota du Sud et Montana), les faillites agricoles ont fortement crû par rapport aux années précédentes. Une conséquence, cette fois, des mesures de rétorsion de la Chine, ciblant des produits tels que le soja, qui ont provoqué une chute des cours. Les dommages causés à l’économie américaine et l’obsession de Donald Trump pour le déficit commercial de son pays enregistré avec Pékin l’auront conduit à exiger de son interlocuteur chinois des achats « très substantiels » de produits américains, notamment agricoles, mais aussi industriels et énergétiques. Signe des temps qui évoque une sorte de guerre de l’Opium à rebours, Xi Jinping se serait engagé auprès de Donald Trump à un « un geste humanitaire merveilleux » en acceptant de mieux contrôler un opioïde produit notamment sur son territoire, le fentanyl, qui fait actuellement des ravages aux États-Unis.

Dans l’immédiat, cette trêve apaise des tensions commerciales qui alimentent les dissensions géopolitiques. L’Union Européenne sait gré aux États-Unis d’avoir mis certains sujets sur la table, comme les transferts de technologie forcés, les difficultés d’accès au marché chinois ou les distorsions provoquées par une industrie ultra-subventionnée. Il n’en reste pas moins vrai que le risque d’escalade commerciale est toujours présent y compris pour l’Europe, toujours menacée de taxes sur ses exportations de voitures vers les États-Unis. Une escalade non contrôlée pourrait bien finir par paniquer les marchés et soustraire de la croissance l’économie américaine. Plus grave, l’affrontement sino-américain menace de fissurer, si ce n’est démanteler, l’ordre multilatéral construit par les nations occidentales après 1945. « Un monde a existé où ces sommets n’existaient pas, il était fait de beaucoup plus de conflictualité et de guerres », remarquait, philosophe, et en marge de ces rencontres, le Président français Emmanuel Macron. En réalité, il y a fort à parier que le dirigeant chinois est venu acheter un peu de temps à Buenos Aires. Un court répit pour fourbir ses armes. Car la Chine et les États-Unis sont devenus des concurrents stratégiques et vont continuer à l’être dans un avenir prévisible. À l’heure où sont écrites ces lignes, la rivalité entre les deux puissances a repris de plus belle. Ainsi, Meng Wenzhou, directrice financière du groupe Huawei, fille du fondateur du groupe, Ren Zhengfei, a été arrêtée à Vancouver. Elle est accusée d’avoir enfreint l’embargo américain contre l’Iran. La rencontre de Buenos Aires aura peut-être été la dernière d’un monde encore en paix. Voyant leur hégémonie remise en cause, les États-Unis, ou leurs alliés, pourraient être tentés de se lancer dans une guerre d’une nature beaucoup plus conventionnelle. Au reste, chancelleries et cénacles intellectuels ont donné un nom conceptuel à ce risque et l’appellent depuis peu le « piège de Thucydide ». (Ndlr : Thycydide, historien et homme politique grec du Ve siècle av. J.-C., analyste du conflit entre Athènes et Sparte. Le piège de Thucydide renvoie à une situation où une puissance voit sa domination remise en cause par l’émergence d’une nouvelle puissance, la forçant à entrer en guerre).

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