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C'est la Chine

[Technologie] En Chine, la reconnaissance faciale, c’est du pain quotidien

Je veux commenter  Kavian Royai 2017-09-18 17:56:15    Source:Chine-info.com

Premier exemple : C’est la rentrée et vous avez pris la bonne résolution de vous remettre au sport. Comme vous n’êtes pas loin, vous vous rendez donc avenue Suning chez Suning Sports Biu, à Nankin. Curiosité, le magasin fonctionne sans l’intermédiaire d’aucun employé. Vous entrez, choisissez vos baskets, et ressortez en effectuant votre paiement face à une caméra, le tout en marchant, sans avoir changé la vitesse de vos pas, ni tiré votre porte monnaie de la poche.

Autre exemple, plus insolite : une envie pressante. Alors que vous admirez la salle des prières du Temple du Ciel à Pékin, vous vous précipitez vers les toilettes flambant neuves du site. Petite contrariété, il faut scanner son visage pour pouvoir obtenir une dose de papier toilette... Vous empochez le papier avec une moue suspicieuse face à l’appareil. Un appareil qui permet désormais au Temple d’économiser jusqu’à 20% de papier toilette en évitant les abus de certains petits pilleurs.

Gare de Lanzhou, le 2 mai 2017. Un voyageur utilise le système de reconnaissance faciale pour entrer en gare. Un employé de la gare ce réjouit : ce système est beaucoup plus rapide qu’un contrôle classique, il ne prend que 3 à 6 secondes. Pour les voyageurs, c’est un gain de temps non négligeable.

Et la liste est longue. Aujourd’hui, le paiement par QRcode est déjà largement répandu dans les villes chinoises et commence à conquérir les campagnes. Fonctionnant grâce à Alipay, l’application développée par Alibaba, il s’effectue en scannant le code du vendeur avec son propre smartphone. Mais depuis le Salon 2015 des Nouvelles Technologies de Hanovre, où pour la première fois, Ma Yun, le riche fondateur d’Alibaba, a épaté son assemblée avec son système de reconnaissance faciale en achetant un timbre sur internet, les chinois ont commencé à s’emparer de cette nouvelle technologie pour toutes sortes de boutiques et de services. Du KFC de Hangzhou en passant par les gares, les dortoirs universitaires, ou les cantines du personnel de Baidu... En Chine, les magnats de la technologie se lancent corps et âmes dans la commercialisation de la reconnaissance faciale. Le Financial Times, journal économique anglais, écrit : « Si la Chine en est à peu près au même stade que l’Europe ou les États-Unis dans la recherche sur l’intelligence artificielle, en terme de commercialisation, elle a pris les devants ». L’innovation dans ce domaine a atteint un cercle vertueux : plus son utilisation se fait à grande échelle, plus les données recueillies sont vastes, et plus ces technologies se perfectionnent. La population immense et la relative tolérance vis-à-vis du droit de la vie privée, font que les entreprises chinoises deviennent plus audacieuses que leurs soeurs occidentales. Pour comparer, aujourd’hui aux États-Unis, les utilisations commerciales de la reconnaissance faciale se limitent à l’identification des personnes sur des photos dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Résultat : en Chine la collecte de données faciales, nécessaires aux bases de données utilisées pour le développement de l’intelligence artificielle, se fait plus facilement qu’aux États Unis.

Les fonds coulent à flots

De nombreuses sociétés spécialisées dans la reconnaissance faciale ont déjà reçus des financements à hauteur de plusieurs centaines de millions de yuans. Le fondateur et vice-président de Sensetime, une des plus importantes start-up pékinoises travaillant sur l’intelligence artificielle, est ravi : « Ces dernières années, la reconnaissance faciale est passée du virtuel à la vie réelle : à Pékin, des magasins l’utilisent pour les transactions, dans le Henan, des aéroports s’en servent pour l’embarquement, et à Xiamen, elle permet d’ouvrir sa chambre d’hôtel... ». L’agence Xinhua montre, d’après les chiffres données par le China Industry Forecast Institute, que la taille du marché de la reconnaissance faciale en 2016 atteignait déjà 1 milliard de yuans. Les prévisions projettent un marché à 5,1 milliards de yuan d’ici 2021. Certains parlent même de centaines de millions... C’est que le capital a répondu présent. Ainsi Sensetime, citée plus haut, a pu déjà effectuer une levée de fonds en série B à hauteur de 410 millions de dollars en juillet dernier. À Shanghai, Yitu technnology, et à Pékin, Megvii Technology, ont pu lever en série C, pour respectivement 380 millions de yuans et 100 millions de dollars.(NDLR : dans le financement d’une start-up, les lettres A, B, C, correspondent au stade de développement de l’activité. Les actions séries B aident à financer une start-up qui possède déjà une bonne rentabilité. Les séries C correspondent à une étape supérieure de forte expansion de l’entreprise, voire d’internationalisation).

Pour Xie Yinan, vice-président de Megvii, la reconnaissance faciale présente trois grandes utilisations : la première est liée au contrôle de l’identité des personnes, elle permet d’authentifier que telle personne est bien la détentrice de tel document civil. La seconde sert à déterminer si telle personne appartient bien à un groupe de gens déterminé. Cette fonction sert à gérer les entrées et sorties d’un lieu, et à sécuriser des villes. Ainsi un poste de police à Chongqing s’est procuré un système de comparaison de portraits élaboré par Sensetime. Ce dernier a permis d’identifier 69 suspects en 40 jours, soit une performance 200 fois plus efficace qu’un contrôle effectué avec des moyens humains. La troisième voie est celle de la détection du vivant. Elle permet de déterminer si une action, un déplacement, un paiement, etc., a été effectué par une personne en chair et en os. Des systèmes de reconnaissance faciale sont déjà utilisés par plus de 50 établissements bancaires. Ainsi chez China Citic bank ou chez Haitong Securities, les clients peuvent à distance, s’identifier via un terminal mobile utilisateur, et même ouvrir un compte. Chez Didi Chuxing, le « Uber » chinois, l’identification des conducteurs se fait déjà de cette manière.

Théorie vs pratique

Est-ce aussi pratique et rapide qu’on le prétend ? Des journalistes se sont rendus début septembre à Pékin dans l’un des magasins physiques de JD.com, le site de vente en ligne. De l'extérieur, rien ne différencie ce magasin des autres. Ce n’est qu’au moment du passage en caisse que l'on remarque quelques iPad disposés ici et là, suggérant la possibilité d’un paiement par reconnaissance faciale. Madame Li, une cliente juste devant eux, leur donne un avant-goût : « Avec toutes ces vérifications, je préfère encore payer par QRcode, c’est plus simple ». Quand leur tour arrive, l’employée leur explique : il faut d’abord envoyer une image assez claire de soi via l’application JD.com ou par Wechat. Après authentification, la fonction est activée au bout d’une courte minute. Ils suivent donc les instructions sur l’application JD.com, mais au moment du paiement, ça se complique : il faut d’abord entrer les 4 derniers chiffres de son numéro de téléphone, pour que l’appareil opère la reconnaissance faciale. Pour finir la transaction, il faut encore que l’utilisateur confirme à la main sur l’écran. Le tout aura pris pas moins de 10 secondes. Avec la même procédure via l’application Alipay, il faut encore entrer l’intégralité de son numéro de téléphone.

Malgré son côté ludique ou frimeur, beaucoup préfèrent encore le QRcode. Directeur de l’Institut de Recherche n°3 du Ministère de la Sécurité publique (l’équivalent chinois du Ministère de l’intérieur), le docteur Liu Yunhuai concède : « Avec un réseau lent, la reconnaissance faciale permet de conclure une transaction en 10 secondes, contre 30 secondes par QRcode. Pour l’utilisateur lambda, ce n’est pas un gain de temps substantiel... ». Li Junhui, chercheuse au centre de recherche en propriété intellectuelle de l’Université de Droit et Science politique de Chine, est rassurante : « Bien qu’on en soit qu’au stade expérimental, il y aura un effet de réaction en chaîne : il s’agit de la 3ème révolution des moyens de paiement, et les entreprises ne voudront pas rester sur la touche. De plus, à la base, le paiement par reconnaissance faciale permet l’accumulation des données sur les visages et les expressions. Cela est nécessaire au développement de l’intelligence artificielle. Il y aura donc forcément des opportunités à saisir pour les entreprises. »

La reconnaissance faciale n’est pas infaillible

Comment le système réagira si l’utilisateur a subi une chirurgie esthétique ? Ou s’il a un jumeau ? Les premières recherches de reconnaissance faciale ont commencé dans les années 60, mais les résultats étaient peu probants. Il a fallu attendre 2014 pour qu’une équipe de recherche d’une université hong-kongaise mette au point une technique de calcul permettant à un ordinateur de dépasser les performances de l’oeil humain. Vice-président de Qihoo 360, le célèbre éditeur d’antivirus chinois, Yan Shicheng n'est pas inquiet : « Les résultats obtenus aujourd’hui sont sans commune mesure par rapport aux 5 années précédentes. » Avant d’ajouter : « Bien sûr, la lumière, la position du corps, le taux de différenciation des individus, etc... Tout cela a une influence sur le système de reconnaissance. Les problèmes de chirurgie esthétique ou de vrais jumeaux, il faut les considérer au cas par cas. Si les changements opérés sur le visage sont trop gros, il se peut que l’appareil ne soit pas en mesure de reconnaître la personne. Sans compter que le visage change avec le temps. Si l’appareil ne vous reconnaît pas, dans ce cas il n’y a qu’à mettre à jour les informations de votre visage dans le système. »

Plus tôt cette année en mars, sur la chaîne CCTV, le présentateur d’un programme mit à l’épreuve un système de reconnaissance faciale. À l’aide d’un simple cliché de lui-même, il put passer sans encombres la procédure d’authentification. « On peut en effet se trouver dans ce genre de situation » affirme Liu Yunhuai, pour qui cela constitue une grave faille de sécurité. « Trop de paramètres peuvent influer sur le succès de l’opération. À cause de cela, la reconnaissance faciale ne peut constituer la seule mesure de vérification lors d’un paiement. Enfin, un visage peut-il être ‘piraté’ ? Il faut savoir que le visage comporte un très grand nombre d’informations qui ont toutes un caractère unique. Si l’être qui le possède se le fait ‘pirater’ alors, on peut plus rien y faire. » Avant d’ajouter : « On n’a qu’un visage. S’il est usurpé, on ne peut pas le changer comme un mot de passe. »

La reconnaissance faciale supprimera-t-elle la carte d’identité ? À cette question que beaucoup de chinois se posent, la réponse est non. Certes, cette technologie est rapide, hygiénique, permet la collecte d’une grande quantité de données, mais c’est bien l’association du visage et de la pièce d’identité qui est importante dans le processus d’identification. Les documents d’état civil ont donc encore un bel avenir devant eux. Ce qui est moins sûr pour la technologie de reconnaissance faciale en elle-même. Pour Li Junhui, le futur de cette technologie dépend encore des avis des structures publiques de surveillance et de régulation. « En l’état actuel du droit, les transactions ne peuvent se faire que par un système d’authentification multiple (par exemple visage et numéro de téléphone), ce qui limite bien sûr sa réelle praticité. De plus, les coûts liés à l’installation de tels appareils restent relativement élevés. C’est là une autre limite à l’expansion de son marché. » Au Ministère de la Sécurité publique, Liu Yunhuai reste confiant, malgré tous ces paradoxes : « Pour l’instant, il s’agit d’un travail pionnier, mais le paiement par reconnaissance faciale reste une tendance certaine pour l’avenir. »

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