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C'est la Chine

[Société] En Chine, le calvaire des «jeunes vieilles filles»

Je veux commenter   2018-03-28 05:38:36    Source:Le 9

Littéralement « femmes-restes », l’expression shengnü a vu le jour en Chine en 2006 et est entrée dans le langage courant. Elle est souvent utilisée pour parler de « jeunes vieilles filles », ces femmes, encore jeunes mais déjà considérées comme trop âgées pour le mariage et qui subissent une certaine marginalisation.

Xinxin est diplômée de licence et travaille depuis quatre ans en tant que chargée de communication dans une entreprise privée à Jinan dans le Shandong, où elle est née. Célibataire à 33 ans, elle est considérée comme une shengnü par son entourage. Depuis ses 24 ans, Xinxin prend part à des rencontres arrangées généralement par ses parents, un membre de la famille ou des amis, mais aucune relation dans laquelle elle s’est engagée n’a pu conduire la jeune femme « à l’autel ».

Dans la société chinoise, régie par de nombreuses conventions sociales, la vie d’une personne doit traverser des phases ou des moments clés tels que le gaokao (équivalent du baccalauréat), le travail, le mariage, la parentalité, etc... Ces phases doivent avoir lieu à des moments plus ou moins précis. Passé un certain délai, on est souvent considéré comme marginal. Ainsi, shengnü désigne les femmes qui, ayant dépassé l’âge approprié pour se marier, sont encore célibataires. La convention fixe cet âge limite aux alentours de 27 ans. Bien que le terme date de dix ans, le phénomène social reste encore très actuel et sensible aux changements.

Sur internet, des surnoms ont été donnés aux shengnü suivant quatre catégories d’âge :

- Entre 25 et 28 ans : shengnü débutantes qui ont encore le courage de rechercher l’âme soeur, surnommées les « combattantes » ;

- Entre 28 et 32 ans : à ce stade, elles n’ont plus beaucoup de chance de trouver un bon parti, considérées comme des shengnü « irrémédiables » ;

- Entre 32 et 35 ans : ayant survécu sur le marché cruel de l’emploi, toujours célibataires, ce sont les shengnü « reines » ;

- 35 ans et plus : shengnü « divines ».

Alors que les chiffres officiels* indiquent qu’il y a plus d’hommes que de femmes en Chine, la proportion de shengnü est pourtant supérieure à celle des shengnan (« hommes-restes », dont l’âge limite conventionnel est situé autour de 35 ans). Pourquoi les femmes seraient-elles mises sur la touche plus tôt que les hommes ?

Mariage : mieux vaut être mal accompagnée que seule

D’après une étude menée par le Dr. Sin Chi To (professeure de sociologie à l’Université de Hong Kong) à Pékin, Shanghai, Canton, Anhui, Liaoning, Hong Kong et Taïwan, les shengnü peuvent être classées en quatre grands types.

Ambitieuses

Les ambitieuses viennent d’un milieu familial plutôt aisé et ont eu une bonne éducation. Ayant réussi professionnellement, elles ont des revenus élevés, ce qui a tendance à faire fuir les hommes chinois : leur éducation ne les prépare pas à accepter que leur conjointe puisse avoir une meilleure situation qu’eux....

Conciliatrices

Les conciliatrices ne recherchent pas nécessairement un homme qui a une meilleure situation économique qu’elles. En revanche, elles revendiquent l’égalité des sexes. Les hommes qu’elles fréquentent ne leur imposent pas de modèle familial basé sur le genre et n’interfèrent pas dans leur choix de vie. Mais ces hommes peuvent être difficiles à trouver.

Traditionnelles

Les traditionnelles considèrent le mariage comme leur objectif ultime et ont tendance à choisir des hommes qui ont une bonne situation économique. Elles soutiennent l’idée que les hommes doivent être plus forts, plus riches et incarner l’autorité familiale. Et que la place de la femme doit être à la maison auprès des parents et des enfants. Mais aujourd’hui, surtout dans les villes, les critères de sélection pour trouver un mari ont considérablement augmenté. Les traditionnelles ne se marient que si elles ont trouvé leur « gao fu shuai » (grand, riche et beau).

Révolutionnaires

Les révolutionnaires sont généralement extraverties et considèrent le mariage comme une contrainte pour elles-mêmes et leur moitié, qu’elles ne veulent pas subir. Elles ont tendance à préférer le concubinage libre plutôt que le mariage. Mais ce type de relation reste difficilement accepté dans la société chinoise actuelle et par les parents.

Selon M. Zhai Zhenwu, directeur de l’Institut de sociologie et démographie de l’Université Renmin de Pékin, la proportion d’hommes et de femmes âgés de 20 à 30 ans en Chine est sensiblement la même, mais la société fait tout de même face à un déséquilibre matrimonial. Et le phénomène de femmes célibataires est plus accentué dans les villes où elles font généralement des études supérieures longues, si bien que lorsqu’elles commencent à travailler, elles ont déjà 24 ans ou plus. De plus, en Chine, traditionnellement, on pense que la compatibilité dans un couple est meilleure lorsque l’homme est plus âgé que la femme et lorsqu’il est plus fort (plus puissant, socialement et matériellement parlant). Mais dans les villes, il n’y a pas vraiment de métier réservé exclusivement aux hommes et on y trouve autant de femmes que d’hommes brillants. La tradition dans les moeurs et les idées, qui veut qu’une femme trouve un homme plus riche, plus grand, plus fort, se heurte à la réalité de la vie actuelle des jeunes chinois qui aspirent à l’autonomie, l’indépendance et l’égalité. Difficile donc de concilier tradition et modernité.

En outre, les femmes homosexuelles sont de fait des shengnü car le mariage homosexuel n’est pas reconnu en Chine. Certaines femmes homosexuelles trouvent un arrangement avec un homme homosexuel et ils se marient « pour la forme ». C’est ce que l’on appelle le « mariage coopératif ».

Un célibat choisi

Quand apparaît la prise de conscience de ce phénomène, les médias ont souvent défini ces femmes célibataires de manière réductrice en suggérant qu’elles souffraient de solitude sans la compagnie d’un homme, qu’elles avaient des problèmes gynécologiques ou de fécondité ou encore qu’elles étaient atteintes de dépression ou de troubles psychologiques. Malgré les efforts entrepris par les féministes depuis plusieurs années pour lutter contre les stigmates causés par le terme shengnü, le conformisme a la vie dure : les femmes sans mari sont toujours considérées comme des curiosités, comme si être célibataire faisait d’elles des personnes déséquilibrées.

Ce terme péjoratif jette le discrédit sur toutes les femmes de plus de 30 qui ne sont pas mariées. Cependant, ce phénomène est en train d’évoluer progressivement car parmi ces femmes, beaucoup revendiquent activement un célibat choisi, ne veulent pas se marier dans le but de vivre aux crochets d’un homme, et montrent que l’on peut défendre ses propres valeurs en étant fières d’être des femmes modernes.

Les termes shengnan et shengnü rejetés par le Dictionnaire du chinois moderne

En 2012, les termes shengnan et shengnü ont été rejetés par l’Académie de lexicographie chinoise et n’ont pas été inscrits dans le Dictionnaire du chinois moderne. La raison donnée a été que ces expressions ne correspondent pas aux valeurs de respect à la personne. Car il est irrespectueux d’employer le terme de « restes » pour toute personne qui n’est pas mariée à tel ou tel âge, défini subjectivement et sans fondement.

*Le Bureau national des statistiques a publié qu’en 2015, le sex-ratio à la naissance était de 114, c’est-à-dire que la Chine compte 30 millions d’hommes de plus que de femmes (China Women’s News janvier 2016).

Cet article est un complément du dossier « Être femme en Chine » paru dans Le 9 magazine n°4 / Mars, disponible en version numérique ici.

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