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C'est la Chine

[Société] Prêts pour la maison de retraite ?

Je veux commenter   2018-06-26 04:40:18    Source:Chine-info

En Chine, l’éclatement des familles, l’exode rural et la mobilité des jeunes actifs en quête d’opportunités laissent de nombreux seniors seuls, les obligeant à se prendre en charge eux-mêmes. Les nouvelles politiques chinoises prévoient la mise en place de structures d’accueil et appellent les acteurs étrangers du secteur à apporter leur savoir-faire.

Source : CNS

Le concept de maison de retraite, souvent vu comme le symbole – négatif – de l’individualisme occidental, irait à l’encontre des conceptions familiales traditionnelles chinoises. Pourtant, sans pouvoir finir leurs jours dans la maison familiale au milieu de leurs enfants et petits-enfants, de nombreuses personnes âgées sont contraintes de trouver une solution. Les besoins sont criants : aujourd’hui, on considère que 50 % des plus de 60 ans, villes et campagnes confondues, sont des « empty nesters » ( 空巢老人 kong chao laoren « vieillard au nid vide »), contre 32 % en 2012 et 23 % en 2000. Une hausse rapide témoignant des changements en cours dans la structure de la famille chinoise. À cela, il faut ajouter le manque criant de structures pour la vieillesse : en 2016, on comptait seulement 27,5 lits pour 1 000 personnes âgées.

Une nécessité créée par le monde moderne ?

« Il faut bien savoir une chose : si la piété filiale est une conception confucéenne, ça n’a jamais été une spécificité chinoise. Ainsi l’un des commandements de la Bible est ‘honore ton père et ta mère’. Toutes les sociétés humaines ont pris et prennent soin de leurs personnes âgées. Simplement, à un certain degré de développement, il devient difficile de s’occuper de ses vieux parents parce que la société s’individualise inéluctablement. » Nathaniel Farouz, PDG de la filiale Chine d’Orpea, l’un des fleurons français dans le domaine de la santé et de la vieillesse, remet les points sur les i. « Les hospices pour personnes âgées existent en Chine depuis la dynastie des Zhou. Certes, à l’époque y finir ses jours était dégradant, car cela voulait dire que vous n’aviez plus de descendance en mesure de s’occuper de vous, mais l’idée n’a rien de nouveau », explique le jeune dirigeant.

Première entreprise étrangère à avoir ouvert un établissement de santé pour personnes âgées à Nankin il y a trois ans déjà, le groupe, coté en bourse, possède peut-être l’un des établissements les plus haut de gamme de Chine, et ce n’est pas anodin. « Les études montrent qu’à partir du moment où il y a une offre haut de gamme, les conceptions commencent à changer. Envoyer ses parents en maison de retraite n’est alors plus déshonorant. Au contraire, c’est même faire preuve de piété filiale. La Chine est actuellement en plein dans ce processus. » Pionnier en terra incognita, M. Farouz admet que l’implantation de son groupe sur le territoire chinois ne fut pas aisée, malgré le soutien actif des autorités publiques, pour qui cela était nouveau aussi. Mais l’essentiel du challenge aujourd’hui n’est pas l’installation en Chine, mais la formation du personnel et du management : « Il faut beaucoup insister sur le respect de la dignité, mais aussi sur la culture du service qui en est encore à ses débuts en Chine. » Pour M. Farouz, si depuis l’ouverture du secteur, beaucoup d’entrepreneurs ont foncé dans la brèche, encore trop peu d’établissements peuvent se targuer de vraiment savoir s’y prendre avec les personnes âgées dépendantes et d’avoir des équipes médicales compétentes. Or c’est précisément sur ces points que le savoir-faire étranger est attendu.

Qu’en pensent les Chinois ? « Aujourd’hui les jeunes courent après la réussite, ils n’ont plus le temps de s’occuper des vieux ! Tout ce qu’ils espèrent, c’est qu’ils aillent en maison de retraite ! » s’exclame Mme Y., 74 ans, une ancienne journaliste qui a déjà préparé son entrée prochaine dans une maison de retraite à Shanghai et qui demeure une fervente défenseuse de ce « nouveau » système. « Et puis maintenant les mentalités ont vraiment changé, élever des enfants dans l’espoir qu’ils vous soutiennent dans les vieux jours, c’est du passé. La Chine s’est vraiment ouverte dans ce domaine, c’est très visible surtout depuis quelques mois. Désormais que ce soient les politiques, les hôpitaux, les banques, et même votre police d’assurance, tout est fait pour vous encourager à aller en maison de retraite ! Avant de reconnaître : Bien sûr, rester au foyer familial s’occuper des petits-enfants reste encore le lot des gens ordinaires. »

En effet, avec des charges mensuelles de 150 à 300 euros par mois, et une caution à avancer oscillant entre 100 000 et 200 000 euros, les meilleures résidences en maison de retraite en Chine sont de véritables appartements tout confort. N’ayant rien à envier aux maisons françaises, elles ne sont pas à la portée de tous. Pour les moins nantis, le gouvernement souhaite également développer les services à domicile. Mais d’autres pratiques émergent. Fin 2017, le Hangzhou Daily était parti faire un reportage sur cette curieuse maisonnée : 13 retraités, 6 couples et un veuf qui ont décidé de vivre en communauté dans un pavillon de plus de 200 m2 en payant un loyer aux propriétaires, retraités également. Le journal a dépeint ainsi une vie idyllique rythmée par les parties d’échec des hommes au rez-de-chaussée et le son des femmes jouant au mahjong à l’étage. Quand des incidents de santé surviennent, toute la maisonnée y met du sien pour emmener l’un à l’hôpital ou apporter le repas de l’autre à sa chambre. Au crépuscule de la vie, « plus on est de fous, plus on rit » deviendrait ainsi le leitmotiv de certains retraités livrés à eux-mêmes. Signe du goût des Chinois pour l’effervescence d’une vie en collectivité, cette pratique se développerait surtout en campagne, rassemblant proches, anciens camarades, voire parfaits inconnus. Mais quelle est la réelle capacité de ce système en cas d’accident grave ? Le journal est resté sceptique.

L’avènement de la famille nucléaire ?

La famille nucléaire, c’est la famille moderne basée sur le couple, généralement opposée au modèle traditionnel de la famille élargie, multi-générationnelle. Pourtant la famille élargie chinoise n’a pas dit son dernier mot. Récemment, Yan Yunxiang, l’un des plus brillants anthropologues chinois, professeur à l’Université de Californie à Los Angeles, dévoilait dans une interview à yicai.com ses dernières recherches sur les mouvements complexes qui secouent actuellement la société chinoise. Si les « vieux » acceptent mieux l’idée de vivre de leur côté, a surgi depuis peu le personnage du « jeune empty nester » ( 空巢青年 kong chao qingnian, « jeune au nid vide ») : un jeune actif parti du giron parental, encore célibataire, parfois sans emploi, en tout cas sans capital ni base économique solide, qui choisit alors de bon gré, de retourner vivre avec ses parents. D’après l’anthropologue, la jeunesse chinoise deviendrait de plus en plus conservatrice et plus dépendante des parents, mais ce phénomène ne se limiterait pas à la Chine.

Kavian Royai

Cet article est un complément du dossier « Un pays qui vieillit (trop) vite » paru dans Le 9 magazine n°6 / Mai, disponible en version numérique ici.

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