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C'est la Chine

Généralisation programmée du bioéthanol : la vraie mort du fossile ?

Je veux commenter  Alexis LE ROGNON 2018-10-12 08:18:31    Source:Chine-info

La ville de Tianjin se met au vert ! Depuis le 1er octobre, les stations-service de la mégalopole proposent exclusivement du bioéthanol. Après des essais concluants dans plusieurs provinces, c’est la première fois qu’une ville aussi importante (15 millions d’habitants) adopte ce succédané du sans-plomb. Un tournant qui annonce une conversion généralisée, car d’après le Conseil des Affaires de l’État, c’est l’ensemble du territoire chinois qui sera concerné d’ici 2020.

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Source : CNS

Une campagne bien huilée

« Économisons le carburant ! Soutenons l’agriculture ! Améliorons l’environnement ! Créons ensemble un ciel bleu ! » Depuis une dizaine de jours, une ribambelle de slogans prêchant les bienfaits du bioéthanol ornent les porches des stations-service de la ville de Tianjin, à environ 130km de Pékin. Car à la pompe, plus d’essence ! Du moins, pas à 100 % : le nouveau combustible est en effet un mélange d’origines fossile (essence) et végétale (éthanol). Et afin de permettre aux automobilistes de s’instruire davantage sur ce biocarburant, les pompistes prosélytes n’hésitent pas à distribuer brochures éducatives et cadeaux en tous genres. Demandez le programme ! Y’en aura pour tout le monde !

Les usagers à la foi écologique la plus développée semblent séduits par ce que les Brésiliens surnomment le « pétrole vert ». Interrogée par le Quotidien du Peuple, Mme Li Bingnan, employée dans une société à Tianjin et consommatrice convertie, égrène pieusement derrière son volant un chapelet de bienfaits associés au bioéthanol : moins forte dépendance aux énergies fossiles, stimulation de la production agricole, et protection de l’environnement. « Lorsqu’il se combure, l’éthanol produit principalement de l’eau et du dioxyde de carbone. Il n’y a quasiment pas de pollution. Utiliser de l’éthanol peut réduire efficacement le monoxyde de carbone, le dioxyde de carbone, les hydrocarbures et les particules émises par les pots d’échappement, et cela est bénéfique pour l’environnement. »

Encore profane, Mademoiselle Dong Shuting, infirmière à l’hôpital numéro 2 de l’université de médecine de Tianjin, n’en cache pas moins sa curiosité et son appétence : « Si la différence de prix entre le bioéthanol et les carburants traditionnels est faible, bien sûr que je l’utiliserai. D’autant que pour ce qui est de la protection de l’environnement, il faut commencer par soi-même donner l’exemple. Mais je me pose tout de même quelques questions, notamment sur la compatibilité de ma voiture. J’espère que les autorités sauront nous guider. »

Des propriétés de combustion similaires

Mais les aficionados du cheval-vapeur ne sont pas tous dévots. Certains automobilistes craignent en effet que le bioéthanol ne diminue la puissance du moteur, se combure plus rapidement, corrode le caoutchouc, ou se stocke moins bien…

Source : CNS

Qu’ils se rassurent : le carburant vert n’est pas une piètre curée pour la soupape. Tout est question de dosage. Selon une expérience du China Automotive Technology & Research Center, le rendement énergétique de l’éthanol pur est certes plus faible que le sans-plomb, et même pour un carburant E10 (mélange à un taux de 10 % d’éthanol), la valeur calorique est encore de 3,8 % inférieure à celle de l’essence pure. Cela dit, sa forte teneur en oxygène permet une combustion plus complète, entraînant une hausse de 2,3 % de la quantité de chaleur émise. Ainsi, l’utilisation du bioéthanol ne suscite qu’une très faible perte de la force motrice, imperceptible.

Par ailleurs, une expérience américaine effectuée sur 160 000 km montre que la consommation de bioéthanol est comparable à un combustible traditionnel, et que même dans les conditions les moins favorables, l’écart ne dépasse guère 3 à 4 %. Bien entendu, dans la pratique, cela dépend également d’une multitude d’autres facteurs, tels que le type de véhicule, l’essence elle-même, la route, la conduite, …

Quant aux éventuels risques de corrosion ou problèmes de stockage, les spécialistes tiennent à rassurer et annoncent urbi et orbi que les propriétés du bioéthanol sont, là encore, similaires à celles de l’essence.

Risques de pénurie ou de flambée des prix ?

D’autres automobilistes se demandent si la vente exclusive du bioéthanol ne risque pas, au fil du temps, de le rendre plus onéreux. Pour l’heure, aussi bien à Tianjin que dans les autres régions, le prix du bioéthanol serait équivalent à celui des carburants traditionnels, pour une qualité identique. Et le gouvernement chinois se penche de très près sur les précédents étrangers, afin de tâcher d’en tirer des leçons qui lui permettront de garantir un prix stable.

Le Brésil, par exemple, maîtrisant sa filière de production « canne à sucre – sucre – éthanol », est parvenu à démocratiser l’utilisation du biocarburant en ajustant la dose d’éthanol en fonction du prix du sucre de canne sur le marché international, permettant ainsi une stabilité des prix et une protection des intérêts des paysans. Les États-Unis ont, pour leur part, choisi de stimuler en continu la production nationale du maïs, afin d’augmenter les revenus des paysans et d’encourager les progrès technologiques dans l’agriculture, formant ainsi un cercle vertueux entre la production et la consommation.

Mais l’éthanol chinois étant pour le moment principalement fabriqué à base de denrées comme le maïs, l’expansion de la vente exclusive du biocarburant et l’augmentation constante du nombre de véhicules sur les routes ne risquent-elles pas d’entraîner un déséquilibre entre l’offre et la demande ? Et n’existe-t-il pas un danger de concurrence entre les denrées à buts énergétiques et alimentaires ?

Selon les spécialistes chinois, le Conseil des Affaires de l’État, au fur qu’il promeut l’utilisation du biocarburant, délimite progressivement les zones dédiées à la production de l’éthanol. Le credo : exploiter au maximum des rebuts des fabriques d’alcool, répartir de manière adéquate les plantations de céréales, développer et stimuler l’exploitation du manioc, de la paille et des gaz émis par les usines sidérurgiques. Ainsi, les ressources de l’éthanol se diversifient, et les risques de concurrence entre les céréales ou les terres s’évanouissent.

Là encore, des expériences internationales tendent à démontrer que le développement du biocarburant est un moyen efficace de recycler de manière stable et contrôlable l’ensemble des produits agricoles sur le long terme.

Un ersatz pas si vert ?

D’après Jing Xiaomin, vice-président de la filiale Tianjin Petroleum de la société Sinopec Sales, les émissions des pots d’échappement constituent la principale source de pollution de l’air. Or, lorsque l’éthanol se consume, le dioxyde de carbone et l’eau émis sont à nouveau fixés par les plantes qui à leur tour servent à la production d’éthanol. Le cycle du carbone est alors bouclé. Il précise : « Entre 2001 et aujourd’hui, les autorités ont organisé cinq expérimentations globales à grande échelle. Résultat : la promotion de l’utilisation du bioéthanol peut non seulement diminuer l’émission de dioxyde de carbone dans l’air, mais également les matières toxiques comme le monoxyde de carbone, les hydrocarbures, et moult autres particules. Bien que ces tests aient été effectués sous des conditions différentes et par différents organismes, les conclusions sont absolument identiques. » Par ailleurs, d’après le résultat d’un test effectué par un centre rattaché au Ministère des Transports, le E10 rejetterait 19,7 % de moins de monoxyde de carbone, 16,4 % de moins d’hydrocarbures, et 25 fois moins de benzène que l’essence traditionnelle.

Cependant, d’autres expériences, plus anciennes, sèment le doute et considèrent l’inoffensivité prétendue de l’éthanol sur l’environnement comme un mythe, une hérésie. En effet, en 2007 déjà, une étude de Standford University avait montré que si la combustion de l’éthanol rejetait moins de gaz à effets de serre, elle diffusait néanmoins de l’acétaldéhyde : un composé organique volatil extrêmement dangereux pour les poumons ! Par ailleurs, le Brésil, pionnier en la matière depuis le choc pétrolier de 1973, connaît une déforestation galopante de l’Amazonie, due entre autres à l’expansion des cultures dédiées à la production de l’éthanol. De quoi rendre perplexe…

Moins de gaspi, plus d’écologie

Quoi qu’il en soit, si le bioéthanol n’est pas la panacée, il demeure néanmoins un élément important dans le chemin de croix vers une Chine plus écolo : « Nous devons faire des économies d’énergie, développer les énergies renouvelables, et utiliser judicieusement nos ressources fossiles. » indique M. Liu Zhongmin, membre de l’Académie chinoise d’Ingénierie.

Au sein de la population également, les consciences s’éveillent par rapport à la nocivité des énergies les plus polluantes. M. Zhang, chauffeur d’un véhicule Didi (équivalent chinois d’Uber) à Tianjin, a pour sa part fait son choix : « Avant, j’avais une Honda Accord à motricité traditionnelle, mais depuis que j’ai changé pour une voiture électrique, je n’aime plus vraiment conduire ma voiture d’avant. D’une part, parce que les voitures aux énergies nouvelles sont plus propres et à la mode, d’autre part, parce qu’elle dépense moins aux 100, et que cela me fait économiser entre 20 et 30 yuans. » Une conduite exemplaire !

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