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C'est la Chine

La pensée chinoise : « une rationalité plus souple » au service de la technologie ?

Je veux commenter  Kavian ROYAI 2018-11-06 15:00:14    Source:Le 9

Frédéric Wang est professeur des universités, directeur du Centre d’études chinoises à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), où il enseigne la philosophie chinoise et l’histoire intellectuelle de la Chine.

Sophia, le robot humanoïde mis au point par Hanson Robotics, une entreprise basée à Hong Kong, s'est vu octroyer la nationalité saoudienne en octobre 2017. Elle est la première machine au monde à recevoir la citoyenneté d'un pays._© Li Muzi/Xinhua

Le 9 : Il existe un certain nombre de questions assez populaires au sujet de l’IA que l’on se pose depuis longtemps en Occident. Ces questions font-elles aussi l’objet de débats en Chine? La Chine y a-t-elle apporté ses propres réponses?

Frédéric Wang : À ma connaissance, il n’y a eu que peu de débats en Chine sur ce domaine. Les références sont souvent occidentales. Mais les choses commencent. Personnellement, je ne sais pas si la philosophie chinoise peut y apporter quelque chose d’intéressant. Mais ce serait important qu’elle soit impliquée. Sans doute, L’Art de la guerre de Sunzi ou ce type de philosophie peuvent apporter quelque chose de nouveau: anticiper ou défaire les choses inévitables.

Le 9 : L’interdisciplinarité est un des gros défis du développement de l’intelligence artificielle. La pensée chinoise serait-elle une clé pour la surmonter ?

F.W. : Il y a presque 30 ans, quand j’ai commencé à étudier la linguistique et la sémiotique, la question essentielle était «comment travailler la sémantique en intelligence artificielle». Depuis, un nombre de progrès ont été réalisés. Les sciences cognitives, la philosophie de l’esprit se mettent à travailler sur l’intelligence artificielle. Personnellement, je ne suis pas sûr que la pensée chinoise puisse être une clef plus puissante que d’autres types de pensées pour contribuer à ce développement. Elle peut sans doute servir à quelque chose dans le sens où elle pourrait apporter un nouveau type de raisonnement ou de rationalité qui est plus souple.

Le 9 : Vous parliez d’anticiper: certaines prospections voient dans le futur l’avènement d’une «singularité» de l’histoire dès lors que l’intelligence de la machine dépassera celle de l’homme, amenant les machines à se retourner contre leur créateur. Comment ce débat a lieu en Chine?

F.W. : Je ne suis pas au fait de ce type de débats en Chine. Mais les choses ne sont pas très loin de la réalité et impliquent effectivement plusieurs questionnements, à la fois éthiques et juridiques. On peut en théorie pousser à l’extrême une technologie. Mais la question qui se pose, c’est aussi la légitimité. Quand on parle des droits d’une machine, doit-on parler en même temps de ses devoirs? Quand une personne devient trop dépendante d’une machine, de l’IA, quelles pourraient être les conséquences de l’avenir humain. Je pense qu’on doit s’en inquiéter aussi.

Le 9 : En Occident, certains voient en les robots une sorte de prolongement de l’humanité, titulaires de droits.

F.W. :La question peut se poser, mais cela ne peut être considéré comme un prolongement de l’humanité qui ne peut être réduite à une machine. L’objectif de la machine est de servir l’homme et de faciliter ses tâches.

Exposition internationale des produits en intelligence artificielle à Suzhou (Jiangsu), mai 2018._©Li Xiang/Xinhua

Le 9 : Un des problèmes classiques, irrésolu aujourd’hui, c’est la théorie de la «chambre chinoise » (chinese room en anglais), pour les tenants de laquelle, une intelligence aussi développée soit-elle, c’est-à-dire à même de passer le test de Turing, ne saurait être douée de conscience, car elle ne ferait dans tout les cas qu’appliquer bêtement un programme mathématique. Si elle peut donner l’impression d’avoir une conscience, ce ne serait qu’une simulation. La majorité des chercheurs en Occident semblent s’opposer à cette théorie et tiennent qu’avec la bonne programmation, la machine devrait pouvoir être «consciente». Comment la Chine voit ce problème? D’ailleurs, quelle sensation ça ferait d’être un robot?

F.W. : Je ne sais vraiment pas comment la Chine voit ce problème. Personnellement, je ne crois pas que la machine puisse être dotée d’une «conscience», sinon une « conscience artificielle ». C’est là la limite de l’IA.

Le 9 : Qu’est-ce que ça implique sur le type d’intelligence que l’homme cherche à créer?

F.W. : Quel que soit le contexte, l’important de ce qui est «intelligent», c’est de pourvoir rendre le sens. L’intelligence est ce qui est sensé, ce qui donne ou facilite les solutions des problèmes qu’on rencontre. Dès lors qu’un homme ou une machine participent apportent une réponse ou une solution utile et efficace à une question, à un événement, à un geste.

Le 9 : Une intelligence capable de philosopher pourrait-elle voir le jour? Qu’en feriez-vous si vous l’avez à votre disposition?

F.W. : Je ne crois pas personnellement. L’intelligence n’est pas la sagesse, qui n’est pas programmable.

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