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C'est la Chine

André Tchang : de la Chine à la Mine

Je veux commenter  Alexis LE ROGNON 2019-01-02 12:51:23    Source:Le 9

Itinéraire d’un travailleur chinois qui fit preuve, pendant la Première Guerre mondiale, d’une abnégation et d’un courage exemplaires pour son pays d’adoption, la France.

En 1916, Zhang Changsong est un jeune homme de 19 ans. Originaire du Jiangsu (région de Nankin, au nord de Shanghai), il a perdu son père très jeune et vit dans la misère avec sa mère et son beau père. Comme tout le monde, il apprend que des Occidentaux recrutent des travailleurs. En effet, après deux années de massacre, les pertes humaines au front sont considérables, et le cruel manque de main d’œuvre pour le soutien logistique (usines, ravitaillement, routes, chemins de fer, …) pousse les Alliés à se tourner vers la Chine. Séduit par le salaire relativement attractif et désireux de découvrir le monde, Zhang Changsong rejoint les 40 000 autres volontaires pour travailler en France, qui s’ajoutent aux 100 000 recrutés plus tôt par la Grande Bretagne.

Le 19 juin 1917, il embarque à Shanghai, direction Marseille, où son bateau accoste 52 jours plus tard. Après une courte escale, il est envoyé dans les Yvelines, à quelque 25 kilomètres de Paris, afin de travailler en tant que transporteur dans un centre de transit et de distribution. Il y restera jusqu’à la fin de la guerre. Loin du front, sa vie n’est pas en danger, mais le labeur n’en est pas moins éreintant. Malgré cela, comme l’ensemble de ses compatriotes, il fait preuve d’un dévouement et d’une efficacité qui lui valent le respect et les éloges de sa hiérarchie. « Les Chinois sont des travailleurs de première classe qui pourraient devenir d’excellents soldats, capables d’une tenue exemplaire sous le feu de l’ennemi » écrira le Maréchal Foch.

Le 11 novembre 1918, l’Allemagne capitule. Une victoire à la Pyrrhus. Meurtrie par quatre années d’horreurs, la France est exsangue : 1,7 millions de morts et plus de 4 millions de blessés, de gueules cassées, d’estropiés. La liesse populaire est en demi-teinte et de courte durée. Leurs contrats n’étant pas arrivés à terme, les travailleurs chinois ne peuvent repartir, et la France a encore besoin d’eux pour effacer les stigmates laissés par la guerre. Zhang Changsong est alors envoyé nettoyer les champs de bataille, reboucher les tranchées, démonter les armements, désamorcer les obus, vider les canons, enterrer les corps... Puis en 1920, il part travailler à l’arsenal de Fourchambault, dans la Nièvre.

Au fil du temps, Zhang Changsong s’attache à son pays d’accueil. Il en adopte les coutumes et la langue, s’y fait des amis et s’éprend d’une jeune fille, Louise. Il a 23 ans, elle en a 16. Alors que la plupart font le choix de rentrer chez eux, Zhang Changsong fait partie de ces deux à trois mille Chinois qui décident d’établir leur chez eux en France. Il se fait baptiser et épouse Louise à l’église. Une loi de 1801 interdisant le mariage avec un étranger, sous peine de perdre la nationalité française, c’est à l’ambassade de Chine qu’ils officialisent leur union. Lorsque quatre ans plus tard la législation évolue, ils organisent une troisième cérémonie à la mairie de La Machine, où Zhang Changsong – qui devient entre temps André Tchang – travaille en tant que boutefeux dans les mines de charbon. Il y restera jusqu’à sa retraite et sera père de onze enfants.

Toute sa vie, André Tchang aura fait preuve de loyauté et de courage. Travailleur de la Première Guerre, qu’il croyait comme beaucoup être la der des ders, il s’engage en 1944 pour libérer la France du joug allemand, en compagnie de son fils Roger, qui deviendra vice-président de l’association des anciens combattants de la Nièvre à l’âge de 90 ans. En 2008, Gérard Tchang, dernier de la fratrie et ancien combattant de la guerre d’Algérie, se rendra dans la ville de Weihai, dans la province du Shandong, à l’occasion d’un comité sur les travailleurs chinois de la Première Guerre mondiale, afin de rendre un dernier hommage à son père, qui rêvait de retourner une dernière foissur sa terre natale.

Source : Ye Xingqiu, Les travailleurs chinois pendant la Première Guerre mondiale en France, éditions Pacifia, Paris, traduit du chinois

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