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C'est la Chine

Étudier en Chine (4/5) : Que valent vos études sur le marché du travail ?

Je veux commenter   Kavian ROYAI 2019-01-07 13:02:27    Source: Le 9

Savoir manier la langue chinoise reste un atout, à condition de pleinement maîtriser le mandarin à un niveau professionnel, ce qui ne s’acquiert pas sans un séjour dans l’Empire du Milieu. Mais la nécessité d’une vraie compétence outre la maîtrise de la langue serait à prendre en compte sérieusement.

Août 2015. Une étudiante étrangère s'entraîne à la calligraphie lors d'un stage d'été à l'Université des Études internationales de Shanghai. Dans le cadre du projet des Nouvelles Routes de la Soie, l'université s'était engagée cette année-là à recruter au moins une vingtaine d'étudiants en provenance de pays traversés par le projet. © Yang Yanjun/CNS

Que ferez-vous avec votre maîtrise du chinois ? Passer un CAPES de professeur de chinois ? Trouver un job derrière un stand des Galeries Lafayette ? Aussi respectables que soient les métiers de professeur ou de vendeur, la diversité des offres et des secteurs est importante pour déterminer un choix d’études. Or un rapide coup d’œil aux 399 offres d’emploi parues au mois de mai sur Linkedin force à la généralité, avec près de 30 % d’offres en vente répondant au mot-clé « chinois ». Même pourcentage sur l’APEC (Associations dans les secteurs commercial/marketing). Pour espérer pouvoir candidater dans d’autres secteurs, la maîtrise du chinois ne suffit pas, il faut se spécialiser.

Le point de vue du recruteur chinois : « un avantage certain »

Vos études en Chine vous permettront-elles de trouver du travail en Chine même ? La réponse est nuancée, surtout si vous vous voulez rester dans votre spécialité. À cela il faut ajouter que la grande majorité des étrangers qualifiés recherchent des emplois avec des revenus supérieurs à la moyenne (ainsi le revenu moyen à Pékin pour l’année 2017 paru en mai dernier était de 8 467 yuans soit 1000 €), que le marché reste largement opaque pour les non-sinophones avec peu de sites de recrutement en anglais et qu’enfin, les règles de visa sont assez strictes. Ainsi pour les étudiants étrangers en Chine, l’obtention d’un visa de travail en bonne et due forme est conditionnée à deux ans d’expérience, ce qui, en théorie, oblige l’étudiant à quitter la Chine s’il veut trouver un emploi. Autant dire que dans ces conditions la concurrence avec les talents chinois locaux peut s’avérer aussi difficile qu’en France.

Archer Xu est consultant chez eChinaCareers, une jeune agence chinoise de recrutement de 4 ans d’existence déjà, spécialisée dans le recrutement de personnel étranger. Basée à Chengdu, elle reçoit chaque mois près de 600 candidatures de profils internationaux. Pour lui, un séjour en Chine, c’est indéniablement un plus :

Archer Xu : « D’une part ça veut dire que le candidat a une certaine connaissance de la culture, du prix de la vie, du niveau d’un marché donné, etc. et que cela va éviter des erreurs de jugement lors de la prise de poste. D’autre part, savoir un peu de chinois est toujours d’une grande aide dans la communication, dans l’établissement de relations avec ses collègues, etc. Enfin si le candidat possède un diplôme chinois, ça évite toutes les démarches de légalisation. »

Le 9 : Quel salaire peut espérer un jeune diplômé ?

A. X. : « Il faut prendre en compte 4 critères : le secteur, le poste, la ville et les compétences du candidat. Un étudiant étranger en stage peut espérer obtenir de 3 000 à 4 000 yuans par mois d’allocation, voire un logement s’il fait son stage dans un hôtel. Pour un travailleur avec 2 ans d’expérience, il faut compter entre 10000 et 20000 yuans, en fonction du secteur et de la ville. Les variations dans les salaires de départ sont très grandes, mais aujourd’hui beaucoup de compagnies chinoises s’internationalisent, il y a donc toujours besoin de main-d’œuvre étrangère compétente. Pour cette raison, les salaires pour les étrangers en Chine demeurent encore très compétitifs. »

Le 9 : Dans quels domaines y-a-t-il le plus besoin de main d’œuvre étrangère ?

A. X. : « D’après des études que nous avons effectuées nous-mêmes en 2017, la Chine aurait besoin encore d’environ 300 000 professionnels étrangers. Dans le top 5 des secteurs les plus demandeurs, on peut compter la finance, l’Internet, l’industrie manufacturière, l’éducation et le commerce international/logistique. Ensuite viennent l’industrie de la chimie/biologie, les jeux vidéos, les produits à consommation rapide, l’architecture et les produits haut de gamme.»

Le 9 : Y a-t-il beaucoup d’étrangers possesseurs d’un diplôme supérieur chinois ?

A. X. : « Si on prend l’exemple de Chengdu, la capitale du Sichuan, en mars 2018 selon les statistiques fournies par la police, il y avait environ 17 400 ressortissants étrangers en résidence permanente. Parmi eux, on comptait 7 000 personnes ayant un visa étudiant. Sur ce groupe, peut-être 5 000 environ avaient un diplôme chinois. »

Le 9 : Le chinois, un vrai plus, alors ?

A. X. : « C’est très important, on peut même dire que votre niveau de chinois a un impact direct sur vos chances de trouver un poste. 70 % des compagnies chinoises qui recrutent des étrangers en Chine exigent au moins des bases en chinois. Si c’est moins vrai pour les postes de stagiaires ou de professeur de langue, ça l’est pour tous les autres, surtout en marketing, en logistique, en localisation ou en design, par exemple. Dans la plupart des compagnies, l’environnement est tout en chinois, donc le niveau de langue a aussi un impact sur la communication et le travail. À titre de référence, si le HSK 3 suffit à répondre à vos besoins quotidiens, on considère que le chinois n’est votre langue de travail qu’à partir du HSK 5 au minimum. »

Le point de vue du recruteur français : « Tout les secteurs ont besoin de gens qui maîtrisent la langue chinoise »

Laurent Clemenzt est le directeur de 88jobs, une jeune start-up avec déjà 3 ans d’existence basée à La Rochelle. Celle-ci est spécialisée dans le recrutement de profils sinophones et est déjà une référence dans le secteur.

Le 9 : D’après vous, quelle est la plus-value d’un séjour d’études en Chine ?

Laurent Clemenzt : « Il y a de plus en plus de gens qui partent étudier Chine, mais il faut distinguer ceux qui ne partent que pour un semestre en ne revenant qu’avec de bons souvenirs en poche, et ceux qui partent pour plus longtemps et une vraie maîtrise du chinois au retour. Dans ce dernier cas, c’est un vrai plus, sinon il n’y a a priori pas de différence entre partir en Chine et partir en Grande-Bretagne, en Inde ou en Turquie. N’avoir que des notions de chinois, ça n’est qu’un petit avantage. »

« Il y a encore trop peu de Français qui maîtrisent vraiment le chinois, qui peuvent lire, écrire des mails au travail, etc. Nous avons une base de plusieurs milliers de candidats, et les Français d’origine chinoise mis à part (qui ont un vrai avantage), seul un très faible pourcentage d’entre-eux, peut-être 2 % environ, sont pleinement opérationnels au travail, à l’oral comme à l’écrit. »

Le 9 : La maîtrise du chinois est un vrai plus alors ?

L. C. : « Oui, à condition de ne pas mentir sur son CV ! Toutefois il faut reconnaître que si les compagnies recherchent des gens qui connaissent bien les deux cultures, ça ne veut pas dire qu’on cherche uniquement des bilingues. Les compagnies chinoises qui s’installent à l’étranger vont commencer par recruter d’abord des profils très bi-culturels. À partir d’un certain degré d’expansion, elle vont recruter des locaux, et c’est là que les ‘bons souvenirs’ vont quand même rentrer en compte et que les petites études vont pouvoir se valoriser : c’est ce qui va faire que le candidat sera attiré vers les compagnies chinoises, qu’il aimera côtoyer toute la journée des collègues chinois, aller à la cantine avec eux, etc... C’est important, car la culture des entreprises chinoises est assez différente. »

Le 9 : Quels sont les secteurs les plus demandeurs ?

L. C. : « Tous les secteurs ont besoin de gens qui maîtrisent la langue chinoise, que ce soit en retail, en architecture, etc. car tous les secteurs sont susceptibles de s’adresser au marché chinois. Dans des pays comme la France, ou la Grande-Bretagne, qui sont moins industrialisés, la demande est plus forte en vente, avec 45 % à 50 % des offres dans ce secteur, après suivent l’achat, puis certains domaines comme l’informatique, etc. Dans des pays plus industrialisés comme l’Allemagne, on aura plus de demande en ingénieurs par exemple, mais là aussi, il faudra un vrai bagage linguistique en chinois. »

« Aujourd’hui, on a encore trop de candidats français sinophones avec un profil généraliste et sans vraie spécialité, alors que d’un côté, on a des profils chinois très spécialisés, trilingues voire quadrilingues, qui sont du coup très compétitifs. Même si c’est vrai qu’il y a plus de Chinois qui viennent en France étudier une filière spécifique que de Français qui partent étudier en Chine pour la même raison, à part par exemple, pour aller dans une école de Kung Fu. À ma connaissance, il n’ y a pas de domaines qui soient particulièrement recherchés par les étudiants étrangers qui souhaitent aller en Chine. Mais ce n’est pas délirant de penser que dans le futur, on aille étudier en Chine pour un domaine dans lequel elle sera un jour très pointue. »

Sondage Le 9 effectué auprès de 59 anciens étudiants francophones ayant étudié en Chine en 2017, d'écoles et de spécialités variées.

Qu’en pensent les (anciens) étudiants ?

Nous avons effectué une étude auprès de 59 étudiants et anciens étudiants français, issus de départements de langue d’universités, d’école de commerce et d’ingénieurs et ayant effectués un séjour d’études en Chine. Sur les personnes qui ont déclaré être dans la vie active, 54 % ont indiqué travailler en lien direct avec la Chine (poste situé en Chine ou avec des voyages fréquents en Chine, soumis à une direction d’entreprise chinoise, auprès d’une clientèle asiatique, etc.). Les profils vont du PDG d’entreprise publique, à entrepreneur, en passant par professeur, banquier ou vendeur, et l’âge, de 22 à 43 ans. Certains des actifs sont aussi encore étudiants. Si les interrogés ont majoritairement trouvé que leur séjour les a aidé à trouver un emploi, l’étude n’a pas permis de déterminer si les opportunités d’emploi étaient plus nombreuses chez ceux qui était parti pour étudier une spécialité plutôt que suivre des cours de langue chinoise.

Sondage Le 9 effectué auprès de 59 anciens étudiants francophones ayant étudié en Chine en 2017, d'écoles et de spécialités variées.

Il ressort également des témoignages des intéressés que l’adaptation à un environnement différent du sien et l’ouverture culturelle sont les points qu’ils ont retenu en premier de leurs études, plus que des compétences utiles particulières apprises sur les bancs de l’école. Malgré les faiblesses de l’étude liée à la petite taille de l’échantillon, ces témoignages peuvent expliquer en partie pourquoi les étudiants placent leur propre satisfaction en terme de compétences acquises à 7/10 en moyenne, mais leur satisfaction générale liée au séjour d’études au-dessus, à 8/10.

Sondage Le 9 effectué auprès de 59 anciens étudiants francophones ayant étudié en Chine en 2017, d'écoles et de spécialités variées.

Enfin si la langue est assez unanimement considérée comme un plus, un autre détail revient : d’après les étudiants, les recruteurs français accorderaient moins d’importance aux diplômes étrangers et aux expériences estudiantines à l’étranger qu’ailleurs.

Abel Glaser, un médecin français exerçant à Chengdu, spécialiste de médecine chinoise et Docteur de l’Université de Chengdu (BAC+9), connaît bien la problématique. « Dans mon domaine, la reconnaissance du diplôme dépend du pays où l’on se place : aux États-Unis, ou au Canada, aucun problème. Mais comme la France ne reconnaît pas la médecine traditionnelle chinoise (MTC), mon diplôme n’y a théoriquement aucune valeur. Cependant dans le milieu, les diplômes chinois ont quand même une valeur informelle assez élevée, notamment chez les directeurs d’école par exemple. Le jour où ce sera légalisé, les diplômes chinois seront prévalents. »

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