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C'est la Chine

Jean-Michel JARRE : Regard d’un artiste sur 40 ans de miracle économique en Chine

Je veux commenter   Kavian ROYAI 2019-01-31 15:07:26    Source: Le 9

Jean-Michel Jarre atteste d’un lien étonnant avec la Chine. Ce pionnier de l’électro aura connu toute l’évolution du pays, de Deng Xiaoping à Xi Jinping. Le 9 a recueilli le témoignage de l’artiste à l’occasion du 40ème anniversaire de la politique chinoise dite de « Réforme et d’Ouverture ». Celui-ci coïncide tout juste avec la sortie de son tout dernier album concept : Equinoxe Infinity. Un album dont la thématique n’est pas sans lien, selon l’artiste, avec les préoccupations qu’affiche la Chine.

©Peter LINDBERGH

Multi-facette, Jean-Michel Jarre est l’homme de bien des superlatifs. Il est le premier musicien occidental à pouvoir monter un spectacle dans la Chine de l’après-Révolution culturelle. Il a aussi été l’un des rares à pouvoir se produire dans la cour de la Cité interdite, en 2004 à l’occasion de l’Année de la France en Chine. Concert durant lequel, il a peut-être même été le premier homme à avoir passé les portes de la Cité en engin motorisé… depuis l’Empereur Puyi !

Aujourd’hui, Jean-Michel Jarre, c’est encore :

- L’un des premiers musiciens à avoir popularisé la musique électronique dans les années 70

- Le spécialiste des mises en scène grandioses, avec des concerts au pied des pyramides de Gizeh, sur l’Acropole d’Athènes, à la Tour Eiffel, sur la place Tiananmen…

- Le record du nombre de ventes d’albums français dans le monde avec Oxygène en 1976 (12 millions)

- 4 fois le record mondial de la plus grosse audience en concert live, avec 1 million de spectateurs place de la Concorde à Paris en 1979, 1,3 million à Houston en 1986, 2,5 millions à la Défense en 1990 et enfin 3,5 millions à Moscou en 1997, ce dernier encore inégalé !

- Près de 80 millions d’albums vendus dans le monde

- Des musiques de film, des paroles de chansons, un Ambassadeur des Nations Unis pour l’UNESCO, un engagement politique affirmé aussi bien dans la propriété intellectuelle que dans les problèmes environnementaux…

Ajoutez à cela la sortie d’un album le 16 novembre dernier, Equinoxe Infinity, reprenant des éléments d’un de ses plus grand succès de 1978, Equinoxe, et il y avait de quoi motiver sérieusement une interview dans Le 9. Comme il l’affirme : « La Chine, ça fait vraiment partie de ma vie de manière très forte ».

Le 9 : Quel regard portez-vous sur ces 40 dernières années de miracle économique chinois ?

Jean-Michel Jarre : J’ai eu le privilège d’être en 1981 le premier musicien occidental à venir dans la Chine de l’après-Mao, après la chute de la Bande des Quatre, au moment où Deng Xiaoping a ouvert le pays. C’était une grande période de transition dont j’ai pu être témoin. Puis j’y suis retourné en 2004, pour l’Année de la France en Chine, un moment historique, juste avant les Jeux Olympiques. C’est celui où la Chine s’est ouverte au monde, où les échanges entre la Chine et le monde se sont intensifiés. Et je pense qu’il y a une troisième étape, qui est celle d’aujourd’hui : c’est le moment où la Chine montre son universalité et le fait qu’elle est à la tête de la planète tant en matière économique, qu’en matière environnementale et technologique, ce qui est le sujet de mon nouvel album. J’étais présent aux deux premiers, et j’espère bien pouvoir être en Chine pour le troisième moment. Je suis persuadé qu’on ne pourra survivre au XXIe siècle que si on évolue en bonne intelligence avec l’environnement et avec les nouvelles technologies. Et dans ce domaine, le monde et la planète ont besoin de la Chine.

Jean-Michel Jarre en Chine, en 1981. ©Marc Garanger/EDDA

Je suis persuadé qu’on ne pourra survivre au XXIe siècle que si on évolue en bonne intelligence avec l’environnement et avec les nouvelles technologies. Et dans ce domaine, le monde et la planète ont besoin de la Chine.

Le 9 : Comment a commencé votre histoire avec la Chine ?

J.-M. J. : La radio chinoise a décidé un jour de jouer ma musique. C’est le cinéaste Lou Ye qui m’a raconté cette histoire. Un vendredi à 15 h, la radio a passé mes albums Oxygene et Equinoxe qu’ils avaient obtenus par l’Ambassade du Royaume-Uni. Pour la première fois, ils avaient décidé de passer une musique non chinoise. Pendant longtemps, la diffusion a été strictement contrôlée par le gouvernement, la musique était proprement chinoise, c’était souvent de la propagande liée au pouvoir. Lou Ye avait 15 ans à l’époque. Avec ses copains de lycée, ils attendaient à 3 h de l’après-midi cette musique dont ils n’avaient aucune idée. Ça a été le choc complet. En Occident, c’était déjà une musique complétement nouvelle et révolutionnaire, alors en Chine l’effet était double.

Par la suite, je suis venu faire une master-class à Pékin pour partager mon expérience de la musique moderne au Conservatoire central de Pékin. Un moment très émouvant. Dans la cour, on avait fait une démonstration, il y avait des musiciens partout, des étudiants accrochés aux fenêtres, c’était un événement pour eux comme pour moi. J’ai eu des contacts absolument fantastiques avec des musiciens chinois, notamment certains qui avaient été mis à l’écart pendant la Révolution culturelle parce qu’ils avaient joué du Ravel ou du Debussy, des musiques alors interdites. Pour ces derniers, cela avait une signification spéciale qu’un Français soit venu faire cette démonstration. À la suite de la première master-class, les Chinois ont commencé à se passionner pour ces instruments qu’ils ne connaissaient pas. J’avais amené un synthétiseur japonais Yamaha. C’était à l’époque où les Japonais étaient accusés de piquer toutes les idées de l’Ouest, ce qui était partiellement vrai d’ailleurs, pour les re-fabriquer. J’ai donc offert ce synthétiseur aux Chinois, en me disant tiens, ça va être une revanche. Ce qui n’a pas manqué, car quand je suis revenu plus tard, ils m’ont présenté une copie conforme, le premier synthé chinois. J’ai contribué ainsi à créer la première école de musique électronique de Chine, puisque j’étais le parrain de la première classe de musique électroacoustique du conservatoire. Plusieurs années après, la petite classe était devenue un immeuble où les anciens élèves étaient les professeurs, avec une installation extraordinaire !

Idem, 1981. ©Mark Fisher/EDDA

Et de fil en aiguille, l’idée du concert est arrivée. Il y a énormément d’histoires autour que je raconterais un jour dans un livre. En tout cas, je n’ai jamais su vraiment qui m’avait invité officiellement, car tout le monde avait un peu peur que la responsabilité puisse leur retomber dessus au cas où le résultat n’était pas à la hauteur des espérances. Mais tout s’est passé d’une manière extrêmement poétique. C’est un aspect de la Chine dont on ne parle pas beaucoup. Pas seulement le politique, mais le poétique. Les Chinois, c’est un peu les Italiens de l’Orient. Très vite quand on dépasse les moments où les gens sont réservés, un côté volubile prend le dessus, on parle avec les mains, ça devient chaleureux. Ça a tout de suite collé. Instinctivement, j’ai bien senti le pays. Le ministre chinois de la Culture de l’époque m’avait même dit « Toi tu ne parles pas le chinois, mais tu parles la Chine ».

Beaucoup de choses n’étaient pas faisables sur le papier, mais ont pu se réaliser grâce à cette confiance étrange qui s’était établie. Vous savez, j’ai une anecdote comme ça : il fallait qu’on décide des conditions du concert en 1981, c’était à l’aéroport ; les Chinois me demandent de signer un papier en chinois auquel je ne comprenais rien. Au lieu de leur dire non, j’avais un contrat en français de mon éditeur dans ma valise, je leur dis : « d’accord, mais il faut que vous signiez ça. » Et là, c’est la panique. Finalement on a décidé d’un commun accord de ne rien signer. On a fait ce concert sans aucun contrat ! Tout s’est fait oralement, comme ça.

C’est un aspect de la Chine dont on ne parle pas beaucoup. Pas seulement le politique, mais le poétique.

Le 9 : Est-ce que « Jean-Michel Jarre », ce n’était justement pas une transition un peu brutale pour les Chinois musicalement ?

J.-M. J. : De mon point de vue, la Chine a toujours eu des mouvements assez francs dans ses transitions. Quand on prend une marche d’escalier, la marche est d’abord verticale, n’est-ce pas ? En Chine c’est pareil, ce n’est pas incliné, c’est un escalier : dans chaque phase, on passe immédiatement à autre chose. C’était un choc de chaque côté d’ailleurs. Pour moi, c’était comme jouer sur la Lune. Le public avait été complètement coupé de tout ce qui existait dans l’Ouest à ce moment-là. C’était une étape de transition, d’un monde plus traditionnel, à une forme de modernité et d’ouverture. Ça me rappelle un commentaire publié dans la presse chinoise à ce moment-là, celle d’un vieil homme qui expliquait à son petit fils : « Tu vois, le monsieur est venu en Chine avec ses boîtes rouges (nous avions des flight cases rouges), il les a ouvertes, il a fait une musique de l’espace et il est reparti le lendemain en remettant tout dans ses caisses rouges ». J’ai trouvé ça tellement poétique. C’était comme si on arrivait dans un village, mais un village de 1 milliard et demi de gens. C’était forcément un choc. Après ça, la Chine s’est un peu refermée. La Chine fait souvent 2 pas en avant, 1 pas en arrière. Le film qu’on a fait sur l’aventure de ces concerts est passé beaucoup de fois à la télévision à travers le monde, un peu comme le seul témoignage de l’ouverture de cette époque. Du coup, ce concert est devenu mythique partout.

Carte postale de concert de 1981.©EDDA

Ce qui m’a touché aussi, c’était l’ambiance des villes. En Europe, nous sommes nés avec le son des villes : les voitures. Or à cette époque dans Pékin, avec des avenues plus grandes que les Champs Élysées, il n’y avait pas de voitures. Le son des villes se résumait à des conversations de gens et des sons de vélos. De temps en temps, une voiture passait, mais elles n’étaient pas comme ici les reines de la rue. Les gens n’y prêtaient pas attention, elles avaient du mal à passer à travers la foule. Un environnement sonore très particulier et très poétique. Et il y avait les couleurs, cette espèce de brume à Pékin, et tous ces individus hommes et femmes habillés en vert et bleu. Les enfants de moins de 5 ans avaient le « droit » de porter des couleurs. Ça faisait comme un parterre de fleurs coloré au milieu d’adultes en vert et bleu. Une vision extraordinairement belle. Tout ça était quelque chose d’extraordinairement exotique et différent.

On a mis beaucoup de temps à choisir l’endroit pour le concert. On avait parlé du Palais d’été, ensuite du Temple du Ciel, et finalement pour des raisons de sécurité probablement, le gouvernement a opté pour des stades. 5 concerts en tout, 2 à Pékin, 3 à Shanghai.

Le 9 : Même accueil dans les 2 villes ?

J.-M. J. : À Pékin, le premier concert était un peu étrange. Je pense que le pouvoir de cette époque ne savait pas trop à quoi s’attendre et était très prudent. On s’était aperçu qu’il y avait pas mal de soldats dans l’audience. Le lendemain, je me suis dit que j’étais venu pour me produire devant un public chinois. Du coup, ma production, avec la complicité de certains Chinois, a acheté beaucoup de places. Ça ne coûtait pas trop cher. Nous les avons distribuées dans la rue. Le lendemain on a eu enfin le vrai public de Pékin. Tout le monde a été très heureux. Le gouvernement le savait bien sûr, tout s’est bien passé en bonne intelligence. J’ai toujours eu une bonne relation avec le gouvernement chinois. Je pense que c’est parce que j’ai toujours été extrêmement franc, en comprenant aussi qu’on ne gouverne pas un pays d’1 milliard et demi de personnes comme on gouverne un pays de 60 millions. Les choses doivent se faire par palier. Je l’ai compris instinctivement. J’ai pu faire des choses que beaucoup n’ont pas pu, parce que je l’ai demandé et par respect de la manière dont on doit faire les choses en Chine. Dès qu’on suit les règles, on peut faire beaucoup de choses en Chine, et j’en suis la preuve. Et c’est valable aujourd’hui plus que jamais.

Le 9 : Après ces concerts êtes-vous retourné en Chine pour jouer ?

J.-M. J. : Non, mais j’y suis allé plusieurs fois à titre personnel, car j’avais noué des relations avec des gens là-bas. Des peintres comme Zhang Xiaogang, des musiciens comme Cui Jian, le « Bob Dylan » chinois. Je suis resté très proche d’eux et j’ai collaboré après avec eux lors du concert de 2004.

Carte postale de concert de 1981. ©EDDA

Jai toujours eu une bonne relation avec le gouvernement chinois. (...) J’ai pu faire des choses que beaucoup n’ont pas pu, parce que je l’ai demandé et par respect de la manière dont on doit faire les choses en Chine.

Le 9 : Avant votre retour en 2004, vous avez fait une excursion à Hong Kong ?

J.-M. J. : Effectivement, j’ai fait un concert à l’occasion de l’ouverture du stade de Hong Kong, au moment où l’île allait bientôt cesser d’être une concession britannique pour revenir officiellement à la Chine, une période assez historique. Je me souviens d’ailleurs de cette anecdote. Le stade a été construit entre deux hôpitaux, donc il ne fallait pas faire de bruit, ce qui est un comble pour un stade ! Après le premier morceau, je vois les gens applaudir mais je n’entends aucun son. Ils avaient distribué des gants au public, il y avait le geste, mais aucun bruit, c’était complètement bizarre !

Le 9 : En 2004, depuis combien de temps n’étiez-vous pas allé en Chine ? Y avait-il une grosse différence ?

J.-M. J. : Tous les 6 mois, vous avez une Chine différente. À chaque fois, on se dit « Ah je crois que j’ai compris certaines choses » et quand on revient on voit que c’est toujours différent de ce qu’on s’était imaginé, ce qui est fascinant avec ce pays.

En 2004, la Chine a voulu créer une première année culturelle. Elle s’est naturellement tournée vers la France, du fait de l’histoire des deux pays et de la première reconnaissance du régime par Charles de Gaulle en 1964. Comme j’avais déjà aussi une histoire avec la Chine, on m’a demandé d’ouvrir cette Année de la France en Chine. C’était aussi extraordinaire qu’on m’ait autorisé à jouer sur la place Tiananmen et dans la Cité interdite, l’un des endroits les plus privés du monde avec tout ce que ça comporte d’historique et de politique. Je pense que c’est quelque chose qui ne se produira plus, y compris pour les artistes chinois.

Il y a cette anecdote aussi : après la première partie dans la Cité interdite, le final du concert se passait sur la place Tiananmen. Il fallait que j’aille du point A au point B en moins de deux minutes. Mais on m’avait interdit de passer en voiture la porte de la Cité : le dernier à l’avoir fait, c’était le dernier empereur. Exaspéré, je réponds à moitié en plaisantant, « bah, on peut peut-être passer en moto» . On réfléchit et on me répond : ok, pas de problème. Il se peut donc que je sois aussi l’un des rares à avoir pu passer les portes de la Cité interdite en engin motorisé (rires).

Le 9 : Vous aimeriez retourner en Chine ?

J.-M. J. : Je serais absolument heureux de le faire. Il y a des discussions pour l’année prochaine. 2019, c’est une année particulière puisqu’on va fêter les 70 ans de la RPC. C’est un moment important, où la Chine va exprimer son leadership et son importance pour faire en sorte que la planète puisse s’en tirer au XXIe siècle, grâce à son apport technologique et paradoxalement, sa position sur l’environnement - après avoir été longtemps critiquée là-dessus. D’une certaine manière, la RPC vient de passer à l’âge adulte sur le plan planétaire. La Chine est en tête sur les panneaux solaires etc., elle a beaucoup à apporter au monde et c’est le moment où elle souhaite le communiquer. Jouer en Chine c’est un de mes projets prioritaires, et j’aimerais contribuer à porter ce message. Mon nouvel album est totalement lié à cette idée. Il y a une cohérence avec mes préoccupations d’artiste.

Le 9 : Qu’avez vous vu de l’évolution de la musique en Chine ?

J.-M. J. : Il faut comprendre que l’oreille chinoise et l’oreille occidentale sont physiologiquement différentes. Chaque pays a des oreilles particulières et n’entend pas les mêmes fréquences de la même manière. Par exemple, l’espagnol va être une tierce mineure plus basse que l’anglais. Ce rapport à la langue et au son va finalement définir la spécificité des musiques dans le monde. Ce qu’on entend, on va le reproduire. L’oreille chinoise est extrêmement sensible notamment au quart de ton, beaucoup plus que les Occidentaux. Dans le spectre, les Chinois ont écouté de la musique avec beaucoup moins de grave, beaucoup plus dans le medium et dans l’aigu. C’est peut-être en train de changer. Je pense qu’on va avoir beaucoup de musiciens intéressants qui vont venir de Chine et d’Asie, avec des choses nouvelles, arrivant à faire un pont entre les sons traditionnels chinois et la nouvelle technologie. Un peu comme j’ai pu le faire, entre la musique électronique, la pop et la mélodie.

Le 9 : Avez-vous fait appel à l’intelligence artificielle dans votre dernier album ?

J.-M. J. : C’est un album qui est très particulier parce que pour la première fois de ma vie, je suis parti sur un élément visuel : ces espèces de créatures qui vous observent, que j’ai appelées des watchers, qui figuraient sur la pochette d’ Equinoxe de 1978. Je me suis posé la question de savoir qui ils sont. Je me suis dit que ça serait amusant de partir de là pour l’album. Je me suis demandé : que sont-ils devenus depuis ? Que seront-ils dans 40 ans ? J’ai abordé ce projet comme une musique de film. Pour moi ces personnages symbolisent la technologie qui nous observe depuis toujours. Les machines apprennent de nous. Aujourd’hui les gens passent plus de temps à regarder leur smartphone que leur propre partenaire. Ces objets nous étudient, apprennent de nous pour mieux nous connaître et mieux nous vendre des produits dont on n’a pas toujours besoin, pour arriver au développement de l’intelligence artificielle, qui un jour, sinon prendra le pouvoir, du moins créera aussi de la musique, des films et des histoires de manière totalement originale. J’ai donc fait 2 pochettes : une pochette qui évoque un avenir plus apaisé, gris vert et bleu, et une autre plus apocalyptique. La musique a donc été conçue pour être a la fois la bande son de ces deux mondes, avec des parties plus « ensoleillées » et plus pop et des parties plus « sombres », car le mystère demeure quant à ce qui nous attend vraiment dans le futur…

Quand on travaille avec un algorithme, par définition, c’est pour qu’il revienne avec des choses inattendues.

En tant que musicien, j’ai toujours été intéressé par l’avenir de notre planète, puisque mon premier album s’appelait Oxygène. L’intelligence artificielle est juste restée une source d’inspiration. Mais pour le coup, pour un prochain album, je pense que je vais vraiment pouvoir collaborer avec des algorithmes. Pour le moment, les algorithmes ne sont pas au niveau où ils peuvent fournir des choses extrêmement originales. Un algorithme peut vous copier laborieusement une chanson de Mickael Jackson ou des Beatles, ou alors il va vous recracher une mélodie façon Bach ou façon Canon de Pachelbel. Ce n’est pas extrêmement innovant mais je pense que d’ici quelques mois on va y arriver. C’était donc un tout petit peu trop tôt. Je suis en relation avec des gens de chez Google, Microsoft, et côté chinois également. Lors de ma prochaine visite en Chine, j’aimerais justement approfondir mes recherches dans ce domaine, mais aussi en matière d’énergie solaire. Il y a un mois lors de mon dernier concert en Arabie Saoudite, les instruments sur scène étaient pour la première fois tous alimentés par panneaux solaires. C’est quelque chose que je voudrais beaucoup développer pour dépasser le stade expérimental. C’est intéressant d’apporter un tel message et de créer une première comme ça, surtout en Chine.

Concert à la Cité interdite à Pékin en 2004. ©EDDA

Le 9 : Comment compose-t-on avec un algorithme ?

J.-M. J. : Il y a une notion très importante, c’est celle d’apprentissage. La première fois que le champion chinois de jeu de go a joué contre le logiciel Alpha Go, ce dernier a perdu. La deuxième fois, il y a eu égalité, et la troisième fois, il a gagné et n’a plus jamais perdu. Le résultat de ça, c’est que dans le monde il y a eu une baisse de 40 à 50 % d’intérêt pour le jeu de go. C’est comme si les gens se disaient, quoi qu’on fasse, l’ordinateur pourra mieux faire. Ça montre que les algorithmes nous regardent, apprennent pour faire sinon mieux, en tout cas aussi bien ou différemment. Mais en l’occurrence, l’ordinateur avait gagné avec des combinaisons jamais conçues ni référencées par l’homme. Quand on travaille avec un algorithme, par définition, c’est pour qu’il revienne avec des choses inattendues. Si on collabore ensemble par exemple, l’intérêt c’est que vous veniez avec des idées que je n’ai pas eues, sinon ça ne sert à rien. Donc on nourrit l’algorithme avec des choses qu’on a envie d’entendre en espérant qu’il vous réponde avec des choses auxquelles vous n’avez pas pensé.

Le 9 : Donc ce n’est pas la fin du musicien ?

J.-M. J. : Sur ce thème, les humains ont toujours eu, génération après génération, l’idée que hier c’était mieux, que demain ça sera pire. On s’aperçoit que c’est faux, parce que les futurs successifs ont plutôt été meilleurs sinon ont ne serait pas là. Il y a 150 ans les gens en Europe avaient une espérance de vie de 40 ans. Ça va quand même globalement un tout petit peu mieux aujourd’hui ! On a une vision pessimiste car on sait qu’à un moment, on ne fera pas partie de ce futur. La seule référence, c’est le passé. Quand on regarde les étoiles, on regarde le passé, certaines d’entre elles n’existent plus. Quand on regarde Internet, on regarde le passé. On a très peu d’empathie avec le futur. Or l’intelligence artificielle va peut-être nous aider, pour la première fois de l’histoire, à créer un lien avec le futur. Là aussi la Chine a beaucoup à apporter, car c’est le pays qui porte le plus d’attention à l’intelligence artificielle.

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