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Shadow de Zhang Yimou

2019-07-02 East Asia Maxime Bauer

Zhang Yimou est un réalisateur historique et important dans l'histoire du cinéma de la Chine continentale. Dès les années 1980, avec notamment son confrère Chen Kaige, il fait partie de la « cinquième génération » du cinéma chinois, une vague de réalisateurs et de films qui ont marqué les cinéphiles et les festivals internationaux. En 1984, il est directeur de la photographie de Terre Jaune de Chen Kaige, où il exprime déjà un sens de l'esthétique d'images transcendant. En 1988, il réalise son premier film, Le Sorgho rouge, avec en rôle principal Gong Li, cette dernière étant sa muse et compagne de l'époque. Ses films suivants la mettent en scène dans des compositions d'une grande beauté : Ju Dou (1990), Épouses et concubines (1991), Qiu Ju, une femme chinoise (1992), Vivre! (1994) et Shanghai Triad (1995). Ces long-métrages questionnent la société chinoise et ont gêné certaines instances en Chine, mais Zhang Yimou a imposé son travail par la reconnaissance internationale. À l'orée des années 2000, il a pu décevoir : il met en scène Hero (2002) et Le Secret des Poignards Volants, des wu xia ayant une graphie affirmée mais qui se révèlent beaucoup plus commerciaux et moins intéressants en matière de scénario et d'intention. Zhang semble ultimement s'égarer jusqu'en 2017, avec la douteuse coproduction américaine La Grande Muraille, malgré un joli retour aux sources en 2014 avec Coming Home, où il a retrouvé Gong Li.

© Shadow de Zhang Yimou / Compte officiel Weibo

Est-ce la déception artistique qui ont conduit Shadow, produit en 2018, a être oublié des distributeurs français? Le Festival du Cinéma Chinois en France a en tout cas permis au public de le voir sur grand écran.

Le synopsis : le gouverneur d'un Etat de la Chine ancienne, amoindri physiquement, charge une doublure lui ressemblant trait pour trait de reprendre une province ennemie, contre l'avis du seigneur en place. Pour cela, il va devoir découvrir une technique martiale qui lui permettra de vaincre le seigneur adverse.

© Shadow de Zhang Yimou / Compte officiel Weibo

Shadow fait écho à plusieurs registres de la culture chinoise. La littérature classique est convoquée par le fait que le film est l'adaptation d'un pan des Trois Royaumes. Stratégie militaire à la manière de l'art de la guerre, combat de lames, manipulations sont de mise. Le film se démarque tout particulièrement par son esthétique très poussée : la colorimétrie accentue au maximum le contraste clair-obscur et offre des décors d'intérieur somptueux ; les décors extérieurs évoquent les estampes traditionnelles et se révèlent tout aussi magnifiques. Il s'agit là réellement du point d'attention du métrage, car cette esthétique est particulièrement aboutie et à la hauteur du talent de cinéaste de Zhang Yimou, celui de sa meilleure époque. Dernier point culturel : Hero et Le Secret des Poignards Volants proposaient une esthétique inspirée du cinéma de genre hongkongais, avec des personnages qui effectuent des mouvements de combat improbables. On ne perd pas complètement cela avec Shadow et cela pourrait lui nuire au vu de son atmosphère élégante et feutrée. Cependant, la technique du « parapluie de Pei », centrale au film, est d'une grâce particulière bien qu'irréaliste, et les chorégraphies s'insèrent naturellement dans le rythme du scénario.

Le scénario est lui aussi à la hauteur et présente son lot de retournements de situations, de personnages épais. Avec ce scénario de qualité et ses qualités plastiques, Shadow est une franche réussite. Zhang Yimou a su retrouver l'essence de son cinéma.

© Guan Xiaotong sur le tournage de Shadow / Compte Weibo Guan Xiaotong

Maxime Bauer

Eastasia.fr

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