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L’ADIEU - La famille au cœur (sorti en salle le 8 janvier 2020)

2020-01-24 Chine-info Jésus Castro

Synopsis

A la faveur d’un examen médical de routine, est diagnostiqué chez « Naï-Naï » (« grand-mère » en chinois) - à son insu - un cancer des poumons en phase terminale. Sa sœur, qui l’a accompagnée, prend la décision de ne pas l’informer de son état pour ne pas altérer son moral. Sachant que les jours de sa grande sœur sont désormais comptés, elle choisit d’annoncer la nouvelle au reste de la famille. Un stratagème se met alors en place: un mariage « factice » sera organisé, seul événement en mesure de rassembler tous les membres épars de cette diaspora disséminée entre la Chine, le Japon et les États-Unis. Lorsque Billi, la petite-fille de Naï-Naï, apprend la nouvelle, elle décide de quitter New York pour venir assister à la cérémonie de mariage, revenant dans un pays dont elle ignore presque tout, ses parents ayant émigré aux États-Unis alors qu’elle n’avait que six ans…

En signant avec « L’Adieu » (« The Farewell ») son second film, la réalisatrice Sino-Américaine Lulu Wang était loin d’imaginer la trajectoire exemplaire de cette comédie douce-amère couronnée d’un succès autant critique que public (20 millions de dollars au box-office, pour un budget de 3 millions). Ce projet, qui de l’aveu même de sa réalisatrice est en grande partie autobiographique, est né du désir de vouloir raconter de manière libre, dégagée de toute contingence commerciale, une histoire à la fois très personnelle et universelle, celle d’une femme qui, par les circonstances de la vie, est amenée à revenir vers sa grand-mère paternelle, et donc de renouer avec ses origines. La réalisatrice Lulu Wang ne s’en cache pas, y compris dans un clin d’œil attendrissant (et surprenant) qui survient à la fin du film : « L’Adieu » est une fiction largement basée sur son histoire personnelle, où s’émiettent de nombreuses anecdotes vécues, et qui sont le reflet de ses questionnements autour de son identité et de ses origines. C’est sans doute ce qui confère au film sa tonalité à la fois réaliste et pleine de tendresse, qui ne sombre jamais dans le mélodrame facile ou dans la comédie de mœurs.

Le clan Wang en ordre de marche @ SND

C’est cet équilibre qui permet d’ailleurs au film d’atteindre une dimension universelle, hors des particularités liées au contexte familial chinois. Dans son épure, et parfois presque dans une certaine forme de dépouillement, la réalisatrice parvient à nous faire partager la peine de Billi, cette fille qui, à travers le décès redouté de sa grand-mère, doit aussi faire le deuil d’une partie de son histoire. Plus qu’un récit sur le « retour aux origines », « L’Adieu » nous montre ce moment délicat de l’existence où nous devons affronter la perte d’un être cher, en nous investissant involontairement de la responsabilité de faire perdurer la mémoire familiale. Mais sur quoi repose ce legs, semble nous demander Billi au travers de son regard perdu, enfermée dans son mutisme imposé par le tabou autour de la maladie ? Sur les souvenirs déjà lointains d’une petite enfance passée en Chine ?

Malgré l’universalité du propos, car il traverse toutes les cultures et toutes les confessions, il aura fallu à la réalisatrice près de six années pour concrétiser ce projet que les producteurs, américains comme chinois, refusaient de financer sans altérations profondes du récit, suggérant l’intégration de personnages occidentaux pour amener des situations comiques liées au décalage culturel. Du comique de situation que Lulu Wang voulait précisément éviter, privilégiant une approche naturaliste pour parler de ce sentiment très personnel où le déracinement vient se conjuguer avec la perspective de perdre un être cher, ce repère familial (et aussi culturel) représenté par « Naï-Naï », la grand-mère autour de qui gravite toute une galerie de personnages attachants. Parmi eux le personnage de Billi est clairement le « double » de la réalisatrice, son porte-voix. Un des nombreux paris du film, et non des moindres, aura été de confier ce rôle central à la rappeuse et comédienne Awkwafina (de son vrai nom Nora Lum), plus connue pour ses rôles tonitruants dans « Ocean’s 8 » et « Crazy Rich Asians », dans lesquels elle incarne des personnages hauts en couleurs – voire caricaturaux – misant sur sa verve et son énergie comique. A l’inverse Awkwafina démontre dans « L’Adieu », et avec brio, qu’elle est capable de retenue et de justesse, allant jusqu’à transformer son langage corporel pour qu’il puisse véhiculer, sans mots, la détresse et la confusion ressenties par son personnage. Une performance qui a été à juste titre récompensée par un prix d’interprétation aux Golden Globes, ce qui constitue une première dans l’histoire de cette prestigieuse institution puisque c’est la première fois qu’une statuette est décernée à une actrice d’origine asiatique pour sa performance dans une comédie pour le cinéma.

Awkwafina aux Golden Globes 2020 @ Istagram / awkwafina

Grâce à l’intégrité de la réalisatrice, à sa volonté de vouloir défendre son histoire, sa vision, son point de vue, le film est désormais auréolé d’une belle carrière, même si beaucoup de professionnels ont été très surpris par l’absence du film aux Oscars, pour lesquels il était pourtant pressenti après les Golden Globes. Hollywood ne serait-elle pas encore prête pour le cinéma asio-américain qui frappe à ses portes? Le succès colossal de « Crazy Rich Asians » l’année dernière (voir l’article « Crazy Rich Asians – Le fric, c’est chic » ), qui a engrangé 238 millions de dollars de recettes dans le monde (dont les ¾ sur le sol américain), avait pourtant marqué le signal d’un possible changement dans les mentalités Hollywoodiennes.

Gageons que « L’Adieu », à sa manière, apporte sa contribution à ce nécessaire changement dans l’industrie du film, que ce soit aux États-Unis comme dans le reste des pays occidentaux. Et si ce n’est pas le cas, voyons-le comme le signe probant de l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes qui s’empareront, avec la même intelligence et la même sensibilité que Lulu Wang, de leur histoire, pour mieux nous faire comprendre la nôtre.

L’Adieu (The Farewell)

Sorti en salle le 8 janvier 2020

Réalisé par Lulu Wang

Avec : Shuzhen Zhao, Awkwafina, X Mayo

Genre : Comédie / Drame

Nationalité : Chine / États-Unis

100 mn

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