Pierres à encre et trésors de lettrés - Musée municipal des arts asiatiques de Toulon - Exposition jusqu’au 30 septembre 2018

2018-06-11 13:36:11 Chine-info

Un florilège d’une soixantaine de pierres à encre de la collection YANG Ermin et autant d’objets de lettré provenant des fonds de musées et de collections privées sont exposés dans cette ancienne maison qu’occupèrent les descendants de l’écrivain Jules Verne devenue le musée municipal des arts asiatiques de Toulon.

Dans ses écrits, notamment avec la vaste somme que constitue l’Introduction du christianisme en Chine, le père jésuite Matteo Ricci (1552 – 1610), premier sinologue, note durant ses années au service de l’Empereur chinois Wanli (1563 – 1620), l’importance d’une pierre particulière qui permet aux lettrés chinois de tracer leurs lettres et caractères après qu’ils aient enduit leur pinceau d’une encre qui provient de bâtons dilués. Ces quelques observations résument de façon étonnante l’art de la calligraphie tel que les lettrés chinois la pratiquent à l’aide de quatre accessoires spécifiques, l’encre, le pinceau, le papier et la pierre à encre. En raison de leur rôle unique pour la propagation de savoirs aussi différenciés que complémentaires, l’écriture et tous ses prolongements sociaux et politiques, artistiques et philosophiques, sont devenus, de simples matériaux, les quatre trésors du lettré selon l’expression chinoise. Les lettrés sont très souvent des érudits qui approfondissent ce qui fait la richesse de leur originalité. Ainsi, sous la dynastie des Han (IIe s. avant notre ère – IIe s.), parmi les lettrés épris de calligraphie, l’un d’eux, Liu Xi, homme de lettres et fonctionnaire actif au IIe s., à la fin de la dynastie Han et au début de celle des Wei, décide d’observer et de consigner ses observations relatives à ces minéraux.

On lui doit le Shiming, ouvrage encyclopédique qui propose une classification multiple où est développée l’importance de la pierre à encre. Parmi les nombreuses pierres de qualité d’origine chinoise, deux variétés ont la faveur des calligraphes et lettrés : les Duanxi de la province du Guangdong et les Shezhou provenant de la province du Anhui. On note aussi une récupération de pierres aux formes étranges, provenant de sites célèbres. Cette histoire d’attraction entre l’homme et la pierre est séculaire en Chine et a donné naissance à des textes, à des légendes des plus extrêmes. L’une d’entre elle est cette anecdote relative au lettré Mi Fu (1051–1107), un poète, calligraphe, peintre qui a vécu sous la dynastie Song : face à certain rocher, il avait pris l’habitude le saluer respectueusement en s’inclinant bien en face de sa masse somptueuse, comme de front à une merveille de la Nature. On retrouve cette même admiration des pierres aux formes étranges, voire laides, chez Guo Xu (1456–c.1529) peintre qui a vécu sous les Ming et représente son aîné s’inclinant devant une pierre provenant du lac Tai à Hangzhou. Ces pierres récupérées sont parfois soclées, serties d’éléments de bois précieux pour d’une part en faciliter le déplacement comme de l’autre pour en expliquer et montrer le caractère sacralisé. Une exposition rare à voir dans un cadre estival et enchanté…

Emmanuel Lincot

S’y rendre :

169 littyoral Frédéric Mistral

Villa Jules Verne – Le Mourillon

83000 – Toulon

Téléphone : 04 94 36 34 59

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