UN PAS VERS ELLE - L’intelligence du sentiment

2017-03-09 16:46:40 Chine-info.com Jésus Castro-Ortega

Synopsis

Mei ne comprend pas pourquoi à presque 35 ans passé, sa fille Elsa, une jolie architecte, n’est toujours pas mariée. Elle décide alors de quitter, le temps d'un week-end, sa petite ville de banlieue et son périmètre de confort pour rendre visite à sa fille. Elsa habite le quartier du Marais à Paris et de son côté elle redoute la confrontation avec sa mère dont l’univers est diamétralement opposé au sien.

Après son très touchant livre autobiographique « Je Viens de Si Loin », paru en 2015 aux éditions Phillipe Rey, le comédien et désormais réalisateur Frédéric Chau continue de nous surprendre en livrant un premier court-métrage tout en nuances qui relate la relation complexe et fragile qui se noue entre une jeune femme, Elsa, et sa mère Mei. Au-delà d’un problème générationnel, dans lequel chacun pourra se reconnaître, le film aborde la question du malentendu culturel qui peut naître lorsque deux conceptions du bonheur et de la famille entrent en collision : ici, l’inquiétude - compréhensible - d’une mère asiatique qui désire devenir grand-mère se confronte au choix de vie de sa fille, qui assume son statut de citadine célibataire.

Le fossé entre les générations peut-il être comblé ?

Frédéric Chau aurait pu choisir la voie la plus facile, celle de la comédie rythmée, du bon mot, en jouant la même carte qui avait fait le succès de « Qu’est-ce qu’on a Fait au Bon Dieu », en abordant de manière humoristique la question du choc des cultures et des générations, d’autant plus que le format du court-métrage impose souvent aux jeunes réalisateurs d’aller rapidement à l’essentiel et de clore le récit par un habile (mais conventionnel) « twist » final. Il n’en est rien. Bien au contraire, « Un Pas Vers Elle » propose de partager un fragment de vie auprès de deux personnages qui apprennent, l’espace d’un moment, à revenir l’un vers l’autre malgré leurs conceptions différentes de l’amour, de la famille et du devoir filial. Li Helin et Leanna Chea, qui incarnent respectivement Mei et sa fille Elsa, parviennent à insuffler de la vie et de l’émotion à leurs personnages dans le temps réduit du court-métrage. Avec une économie de mots surprenante, le réalisateur parvient à nous faire comprendre les doutes, les angoisses, la peur de la solitude qui habitent ces deux femmes séparées par la culture, par le mode de vie, par leurs attentes, mais unies par les liens indéfectibles du sang.

Frédéric Chau et l'équipe du film

Là où d’autres réalisateurs auraient sans doute été tentés par une mise en scène démonstrative (ce qui arrive souvent dans le domaine du court-métrage, qui se résume alors à une simple bande-démo technique), Frédéric Chau choisit de mettre sa caméra à hauteur du récit, privilégiant la narration et le jeu de ses comédiens. Une humilité bienvenue qui donne une véritable cohérence au film. Son expérience devant la caméra et son implication personnelle dans le sujet (« Un Pas Vers Elle » est inspiré de sa propre relation avec sa mère), transparaissent également dans le jeu des comédiennes, dont il faut saluer ici l’interprétation. Cette convergence bienvenue entre mise en scène, récit et jeu nous donne à voir un court-métrage réussi mais nous apporte surtout la promesse d’un réalisateur à suivre de près. Il reste à souhaiter un beau parcours à ce film qui offre un portrait subtil et sensible de cette mère et de sa fille qui, le temps d’une rencontre, d’un repas, d’un échange, parviennent à renouer le lien, à reconnecter leurs histoires, à faire un pas l’une vers l’autre.

Jésus Castro-Ortega

Quelques jours après la projection de son court-métrage au cinéma Les Fauvettes à Paris, Frédéric Chau nous a reçu pour partager ses impressions. Extraits.

Combien de temps as-tu mis pour passer de l’idée à la réalisation de ce film ?

J’ai commencé à l’écrire il y a un peu plus de deux ans et après je l’ai mis en standby parce que j’avais d’autres projets qui demandaient beaucoup plus d’attention. Et puis un jour j’ai été voir un film qui m’a bouleversé, c’était « Fatima » de Philippe Faucon. Et en sortant de ce film-là je suis rentré chez moi, j’ai ressorti mon scénario et je l’ai terminé. Après j’ai rencontré mes producteurs à qui j’ai fait lire le projet et ils m’ont répondu « on veut le faire immédiatement » !

Comment s’est déroulé le casting ?

On est passés par une directrice de casting que je connais depuis très longtemps, Bouchra Fakhri. Elle a été la « tête chercheuse » de ces talents ! Je la salue et je la remercie.

Est-ce que c’est compliqué aujourd’hui de trouver des comédiens asiatiques ? Ils sont si peu employés au cinéma et à la télévision…

J’ai été étonné, il y en a beaucoup en fait. J’ai été assez surpris par la qualité de ces comédiens et comédiennes. Par exemple, la comédienne qui incarne la mère dans mon court-métrage (Li Helin) a fait le conservatoire de Pékin, et l’actrice qui joue la fille (Leanna Chea) a fait des stages, des workshops et du théâtre, donc ça a été très facile pour moi de les diriger parce qu’il y avait une écoute. Elles s’adaptaient parfaitement à mes demandes.

« Un pas vers elle » est ton premier court-métrage en tant que réalisateur. Comment as-tu vécu ce tournage ?

J’ai adoré cette expérience. Par exemple j’ai dû faire un découpage technique, alors que je n’avais jamais appris à faire ça, et j’ai été bien aidé par mes collaborateurs, notamment ma première assistante et mon chef opérateur. J’ai pris beaucoup de plaisir dans cet exercice-là. L’équipe m’a vraiment beaucoup aidé, il y avait une vraie bienveillance, un bon état d’esprit depuis le tournage jusqu’au montage. J’aimerai bien réitérer l’expérience.

La suite de l'interview en vidéo :

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