Interview : FRUIT CHAN et le cinéma hongkongais

2017-05-15 12:16:12 East Asia Victor Lopez

Présent lors de la 9ème édition de l’Okinawa International Movie Festival pour présider le jury de la Creator’s Factory, le cinéaste hongkongais Fruit Chan a rencontré la presse pour nous parler de sa filmographie, de ses débuts dans le cinéma indépendant avec Made in Hong Kong à ses projets plus commerciaux comme l’imminent The Invincible Dragon.

2 films clés : Made in Hong Kong et The Midnight After

« Je me souviens que l'année 1997 et la rétrocession de Hong Kong à la Chine rendait tout le monde indifférent et personne ne faisait de film sur ce sujet. De mon côté, j’avais déjà échoué dans le cinéma grand public. J’avais fait deux longs-métrages qui avaient échoué, Finale in Blood, un film de fantôme et Five Lonely Hearts, une histoire d'amour. Je ne voulais plus tourner de films qui n’avaient rien à voir avec mon histoire. C’est pourquoi j’ai pensé à Made in Hong Kong, que l’on ne pourrait plus sortir aujourd’hui. Je me disais qu’il fallait faire un film pour 1997, cette année historique. J’ai donc commencé à écrire et à l'été 1996, j’ai commencé à travailler sur Made In Hong Kong pendant 9 mois. Le film a été sélectionné en festival et ça m’a ouvert les yeux. Quand je suis revenu à Hong Kong, j’avais l’impression d’avoir mûri. J’ai réfléchi à ce que je voulais faire après et à la manière dont je souhaitais réaliser de nouveaux films. A cette époque, les jeunes hongkongais n’étaient pas impliqués politiquement. Mais les réactions concernant Made in Hong Kong ont été très positives, partout. C’est ce qui m’a fait changer et grandir de manière instantanée.

Made in Hong Kong

A Hong Kong, certains ont dit que The Midnight After était un film commercial alors que d'autres, non ! Mais le box-office a été assez bon. Il est donc possible de faire des films commerciaux. Mais ça ne m'intéresse pas vraiment. Si on ne vise pas le marché chinois, il est impossible d'entrer dans ses frais et on finit par devoir renoncer à son salaire. Pour ce film, quand j'ai été choisi comme réalisateur, j'ai décidé d'y mettre mon point de vue. Si l'on regarde le film en surface, tout semble très calme. Mais en fond, je parle de ce qui était en train de se passer à Hong Kong. Il est possible de faire passer des idées avec de l'humour. A l'heure actuelle, c'est plus difficile.»

Midnight After

Ses rêves de carrière

« J’ai su que je voulais travailler dans l’industrie du cinéma quand j’étais lycéen. Je passais beaucoup de temps dans les cinémas et je me disais : c’est ça ma vie ! Mais pour être honnête, je n’ai jamais voulu être réalisateur. Je voulais simplement travailler dans cette industrie ; cela me rendait heureux. J’ai donc suivi une école de scénariste puis j’ai commencé à travailler. Peu à peu, j’ai monté les échelons et cinq ans plus tard, j’étais assistant-réalisateur. Mais ça ne me plaisait pas trop. J'avais vu trop de gens passer d’assistant-réalisateur à réalisateur, et échouer complètement avec leur premier film. Ils devaient alors redevenir second-assistant-réalisateur, etc. Heureusement, certains réussissaient aussi. Je suis resté au sein de cette industrie pendant 10 ans. C’était un âge d’or car on pouvait vous proposer de réaliser un film. Après, on pouvait ne pas aimer les acteurs ou l’histoire, mais on avait les capacités de le tourner. Ce qui était difficile, c’était de faire un film personnel.»

L’évolution de son cinéma

« Si je pouvais survivre en ne faisant que du cinéma indépendant, je ne tournerais pas de film pour les studios. Mais Hong Kong est un marché trop petit et notre cinéma s’exporte mal. Les films ne sont pas facilement rentables. Cela fait maintenant 10 ans que j’ai arrêté de faire des films personnels. Il faut vendre le film, le sortir, trouver des moyens de récupérer l’investissement… En fait, je viens du cinéma mainstream, grand public. J’ai commencé comme assistant-réalisateur pour beaucoup de productions très commerciales. Mais avec les films commerciaux, c’est aussi une lutte. Il faut faire ses preuves au box-office. Mon dernier film n’a pas très bien marché en Chine. J’ai donc tourné The Invincible Dragon en visant un marché international : c’est un film que je peux envoyer aux Etats-Unis. Du coup, j’entends beaucoup de critiques qui se demandent pourquoi je fais ce genre de film commercial (rires). Mais quelque part, c’est plus facile de faire un film personnel car on n'a qu'à suivre son idée. On se fiche de la manière dont peut réagir le public, s’il va rire ou pas. Par contre, économiquement, c’est très compliqué ! Mais c’est aussi le cas pour le cinéma grand public. Un seul échec peut nous faire disparaître ! »

Cinéma hongkongais VS cinéma chinois

« Aujourd'hui, la situation est un peu compliquée car les coproductions avec la Chine sont considérées comme des films de Hong Kong, mais ce n’est pas du cinéma hongkongais. Si un film ne peut pas sortir en Chine, alors, c’est du vrai cinéma hongkongais ! Les coproductions sont des films hongkongais seulement à moitié. A cause de cela, on ne peut plus faire de film de fantôme à Hong Kong (la censure chinoise interdit les films de fantôme sous prétexte qu’ils feraient la promotion de fausses croyance et de superstitions – ndlr), ou de parler de sexualité. Beaucoup de sujets ne sont pas permis en Chine et si on réalise ces films, ils ne peuvent pas y sortir. On ne fait donc que des polars et des comédies romantiques ! En plus, toucher un public important et avoir un succès au box-office est vraiment difficile ! Les coproductions ne sont pas vues, par les Hongkongais, comme du cinéma local. Elles n'ont donc pas facilement du succès chez nous, notamment chez les jeunes, qui n'aiment pas les coproductions.»

Propos recueillis par Victor Lopez à Naha le 22/04/2017.

Remerciements : Momoko Nakamura, Aki Kihara et toute l'équipe du festival d'Okinawa.

EastAsia.fr

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