I AM NOT MADAME BOVARY - La société chinoise sous le microscope (au cinéma le 5 juillet 2017)

2017-06-21 14:29:58 Chine-info.com Jésus Castro-Ortega

Li Xuelian, jeune femme d’une trentaine d’années vivant dans un endroit reculé de la campagne chinoise, est bien décidée à faire reconnaître par les autorités locales l’invalidité de son divorce, qui était au départ un stratagème monté de toutes pièces avec son mari pour qu’il puisse obtenir un logement dans le chef-lieu de province, où les opportunités de travail sont plus intéressantes. Seulement l’arrangement a tourné court car son mari, fraîchement divorcé, a depuis lors emménagé en ville avec une autre femme. Commence alors pour Xuelian un long combat pour faire valoir ses droits, et pour sauver son honneur bafoué depuis que son ex-mari l’a traitée de « Pan Jinlian », une femme de petite vertu…

Comédie noire adaptée du roman « Je ne suis pas une garce » de Liu Zhenyun (publié chez Gallimard), « I am not Madame Bovary » surprend à plus d’un titre: formellement et thématiquement, le film repose sur des parti-pris inattendus et des choix radicaux. Premier tour de force, celui de la mise en scène volontairement anti-spectaculaire, qui privilégie les plans-séquences en laissant le temps aux interprètes de faire exister des personnages aux motivations de prime abord simples: faire éclater la vérité et dénoncer une injustice (surprenante Fan Bingbing dans le rôle principal), fuir ses responsabilités et profiter d’un système administratif à bout de souffle (l’ex-mari), tenter de préserver son poste et ses privilèges (le chef de district, le président du tribunal). Le tout sous l’œil de la caméra qui est, ici, clairement utilisée comme un microscope sous lequel le spectateur peut voir s’agiter et se débattre les humains aux prises avec les contradictions absurdes de l’administration.*

Le combat d’une femme, seule face à des hommes soit irresponsables, soit manipulateurs, soit intéressés

Le choix de filmer avec un cadre tantôt circulaire (à la campagne), tantôt carré (à la ville) plonge le spectateur dans une distance d’anthropologue, ce que le réalisateur Feng Xiaogang assume pleinement: « Le cadre de I Am Not Madame Bovary est circulaire, et crée un sentiment de distance et d'aliénation(…) Composer chaque plan au sein d'un cercle m'a permis de circonscrire les éléments inutiles, de recentrer le regard du spectateur sur les personnages. »

L’intérêt de ce « cadre dans le cadre » est plus d’ordre sémantique que plastique, car en dehors de la référence à la peinture traditionnelle chinoise, c’est bien le choc des univers qui est mis en scène: le cadre rond n’est utilisé que dans les milieux familiers de Li Xuelian, son restaurant, la petite ville de province d’où elle est originaire, tandis que le cadre « carré » appartient au monde de la capitale où se concentrent les figures et symboles du pouvoir administratif tout-puissant.

Le cadre dans le cadre, un choix de composition radical

D’ailleurs, c’est dans sa représentation frontale et tragi-comique de la pyramide administrative «à la chinoise» que Feng Xiaogang réussit son second tour de force: l’air de rien, par l’entremise de son personnage principal, le réalisateur nous parle de cette Chine contemporaine qui croule sous un écheveau administratif où tout est ritualisé à l’extrême, et où le peu de rapports humains n’existe plus que pour servir les ambitions des fonctionnaires. Li Xuelian, qui lutte au départ pour faire uniquement reconnaître l’invalidité de son divorce, se retrouve de fil en aiguille à plaider sa cause auprès des autorité locales, puis provinciales, puis régionales et enfin nationales, à chaque fois mise en échec par des hommes plus préoccupés par la préservation de leur position que par la recherche de la justice. Malgré les refus, les objections, les tentatives de manipulation, Xuelian fera de son procès initial contre son mari un procès contre un président de tribunal, un préfet, un chef de district et un président de la cour!

Montrer ainsi une femme du peuple tenant tête aux représentants de l’Etat est un acte courageux, sinon militant de la part de ce réalisateur qui avait pourtant livré dans son passé des œuvres ouvertement « patriotiques » telles que « Aftershock » ou « Back to 1942 ».

Une transformation physique étonnante de la comédienne et mannequin Fan Bingbing

« I am not madame Bovary », même sous des dehors de comédie noire brocardant l’absurdité des rouages administratifs chinois (et dénonçant aussi au passage la corruption), demeure avant tout un très beau portrait de femme. Une femme bafouée, humiliée, qui en dépit de tout et de tous, va se battre pour retrouver son honneur perdu. Le film nous laissera d’ailleurs sur une conclusion aussi déchirante que scandaleuse, une révélation qui sera le seul moment à proposer un «vrai» cadre de cinéma, comme si le réalisateur voulait donner une nouvelle ampleur au récit, et nous laisser réfléchir sur la valeur d’un conte moral qui ne dit jamais son nom.

Jésus Castro-Ortega

Tentez de gagner une invitation pour deux personnes à l'avant-première du film :

Mardi 4 juillet à 19h30

MK2 Quai de Seine

14, Quai de la Seine, 75019 Paris

en envoyant vos coordonnées à chineinfo.contact@gmail.com

(les gagnants tirés au sort seront informés par mail le 30 juin)

Découvrez la bande-annonce du film :

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