MR. NO PROBLEM de Mei Feng : L’imposture à la chinoise

2017-06-22 16:12:50 Chine-info.com Elias Campos

Premier long-métrage de Mei Feng, Mr. No Problem représentait le film le plus expérimental projeté au Festival du Cinéma Chinois en France. Déstabilisant, la forme a pourtant de quoi convaincre.

Le Festival du Cinéma Chinois en France a toujours eu à cœur de mettre en avant le cinéma populaire. Pourtant, chaque année, des œuvres plus confidentielles sont montrées, pour le plus grand plaisir des fans de films d’auteur. Cette année, la sélection Mr. No Problem, du haut de ses deux heures et demie et de sa photographie en noir et blanc avait quand même de quoi surprendre. Première réalisation de Mei Feng, connu pour avoir scénarisé plusieurs films de Lou Ye comme Une Jeunesse chinoise et Mystery, il fait preuve d'une grande maîtrise formelle et d'un talent dans la mise en scène qui parvient à nous faire rentrer dans un métrage pourtant difficile d'accès.

Adapté d'une fiction de Lao She des années 40, Mr. No Problem suit la vie d’une ferme chinoise durant la guerre sino-japonaise. Les propriétaires engagent un responsable financier, Ding, pour aider la ferme à prospérer. Mais alors que son incompétence devient de plus en plus évidente et que les déficits se creusent, Ding devient un véritable parasite indélogeable.

Divisé en trois parties, Mr. No Problem s'attarde ainsi sur trois personnages différents. Le premier tiers présente le personnage principal ainsi que la ferme et les ouvriers et la deuxième partie apporte le personnage de Qin, artiste auto-proclamé et soi-disant rentier qui demande à louer une pièce de la ferme en échange d'un loyer qui n'arrivera jamais. Enfin, la troisième partie suit l'arrivée à la ferme de M. Yau, nouveau manager engagé par les actionnaires de la ferme qui, malgré le succès de ses méthodes, est rapidement évincé par les supercheries de Ding.

Ce qui frappe tout de suite, c'est la radicalité de la mise en scène. En effet, la quasi-totalité des scènes sont des grands plans séquences fixes à la durée parfois extensive. Cette mise en scène est complétée par un noir et blanc peu contrasté. Le résultat devient déconcertant. Le rythme, lent, finit de rendre le film définitivement peu accessible. Mais au spectateur aguerri et courageux s'ouvrira une œuvre riche, aussi bien dans le fond que dans la forme.

Si les plans séquences sont longs, ils sont aussi très beaux et résultent d'un travail minutieux de préparation. Ainsi, l’œil du spectateur reste ouvert et éveillé à chaque instant et jamais l'image à l'écran ne devient fade. Cependant, aucun plan séquence ne peut être réussi sans un casting de haute volée, et celui de Mr. No Problem est simplement excellent. Les acteurs se complètent et la quantité des rôles n'a d'égal que le talent et l'alchimie remarquables des comédiens. On accordera tout de même une mention spéciale au chanteur pop Chao Zhang, absolument détestable dans son rôle de beau gosse manipulateur.

Si la forme est donc excellente, le bât blesse un peu sur le fond, intéressant mais pas révolutionnaire pour un sou. Il paraît effectivement difficile de rendre un récit vieux de 70 ans novateur mais il est clair que cette comédie de mœurs s’essouffle à certains endroits, recyclant les mêmes lieux communs que l’on connaît déjà. Seul le message politique, dénonçant à la fois la démagogie des dirigeants et l'immobilisme des conditions sociales donne au scénario des particularités qui le différencient d’autres films du genre. En effet, à trop vouloir jouer la carte de la finesse et de l’implicite, le film perd beaucoup en impact et devient parfois trop lisse, impersonnel et oubliable.

Mr. No Problem n’est pas un mauvais film, et il reste visuellement remarquable. Malheureusement, il n'apporte rien de nouveau. C'est parfois comique, mais dans le même comique que pouvait faire Molière il y a plus de 400 ans. C'est parfois malin, mais souvent redondant. Le matériau d'origine, assez ancien, semble donc avoir été mal adapté et pas mis au goût du jour. En conséquence, Mr. No Problem ne sonne pas faux, mais il paraît profondément daté, et c'est dommage pour un film aussi poussé visuellement.

Elias Campos

East Asia

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