I AM NOT MADAME BOVARY : Dream of Life - East Asia (au cinéma le 5 juillet)

2017-07-05 14:18:46 Chine-info.com Kephren Montoute

Succès au box-office chinois, I Am Not Madame Bovary signe une nouvelle collaboration entre le cinéaste chinois Feng Xiaogang et l’actrice Fan Bingbing. Projeté lors de la dernière édition du Festival du Cinéma Chinois en France, nous pouvons enfin découvrir dans nos salles obscures, depuis le 5 juillet, ce film pour le moins original.

Le réalisateur Feng Xiaogang a commencé sa carrière au milieu des années 1990. Si certains de ses films ont été remarqués par la critique (La Légende du scorpion noir, Héros de guerre ou encore Back to 1942), le cinéaste n’est pas encore parvenu à se faire un nom en Occident. La sortie de son nouveau long-métrage, I Am Not Madame Bovary, avec la star internationale Fan Bingbing au casting, changera peut-être la donne.

Le film suit Li Xuelian (Fan Bingbing), qui simule un divorce avec son mari Qin Yuhe afin d'obtenir un second appartement. Mais six mois plus tard, Qin se marie à une autre femme. Abandonée et bafouée, Li se lance dans une quête de justice qui va durer des années.

Ce qui frappe dès les premiers plans du film de Feng Xiaogang, c’est sa radicalité formelle. L’image est en forme de cercle dans un premier temps, du moins dans la petite ville et puis se fond dans un format carré une fois l’héroïne arrivée à Pékin. Ce choix oblige le spectateur à adapter son regard, mais le cinéaste lui-même cherche à redéfinir son esthétique qui devient porteuse de sens. En effet, les changements de format ne reflètent pas tous une réflexion formelle. Au contraire, dans I Am Not Madame Bovary, ces cadres particuliers nous obligent à penser l’image différemment et donc à sentir la réalité qui est dépeinte à l’écran.

Le film s’inscrit dès son introduction dans la tradition littéraire et picturale chinoise. Il se construit à partir de la figure mythique de Pan Jinlian, qui est un célèbre personnage de conte chinois du XVIIème siècle. C’est une femme libre qui déchaîne les passions jusqu’à provoquer le meurtre de son mari. Une sorte de femme fatale. En ce sens, Pan Jinlian fait partie de la culture populaire chinoise jusqu’à nos jours et sa présence est telle dans l’inconscient collectif chinois que c’est une insulte qui désigne les femmes infidèles. Cette vision héritée de la littérature populaire chinoise enferme quelque peu les femmes dans des valeurs archaïques et ce, aussi bien dans la campagne que dans la ville. Feng Xioagang construit donc intelligemment ses images avec une photographie sublime et des compositions qui font écho à la peinture chinoise pour montrer que cette vision enferme son héroïne alors qu’elle vit dans une certaine modernité. Le poids de la tradition réduit et définit la vision du monde dans lequel Li Xuelian est emprisonnée. Au-delà de l’aspect formel et culturel, le cinéaste ajoute une dimension plus ludique en jouant avec les cadres puisqu’on pourrait y voir une femme tourner en rond, dans un rond. Quand ce ne sont pas les traditions, ce sont les jeux de pouvoir politique, donc de la ville, qui enferment le personnage dans des cadres. Elle se retrouve impressionnée par des miniatures et par la froideur du pouvoir politique, masculin bien sûr. Il y a un jeu avec les échelles, la profondeur et les cadres comme si la ville était un espace à l’architecture et aux dimensions industrielles, voire robotiques, représentation de la machine étatique chinoise. Une machine masculine qui semblerait pourtant défaillir devant la présence d’une seule femme.

Si I Am Not Madame Bovary marque le spectateur, ce n’est pas seulement par sa construction et son esthétique qui pourraient être une somme d’intention ou un exercice théorique. La performance de Fan Bingbing vient apporter une autre dimension au film. Alors que c’est une idole glamour en Chine, l’actrice se fond pleinement dans le rôle de cette paysanne et prend alors l’aura d’une figure féministe contemporaine. Fan Bingbing offre un jeu physique qui rappelle son travail avec la cinéaste Li Yu (Lost in Beijing, Buddha Moutain...), pour laquelle l’actrice dépeint des femmes perdues et brisées. Elle épouse les facettes de cette Pan Jilian moderne dont Li Xuelian serait l’un des avatars. La fougue du personnage provoque même des moments comiques, entre les réactions des hommes qu’elle attaque et les réactions parfois décalées de l’héroïne. La plastique de l’actrice pourrait être en contraste avec une vision « réaliste », mais Feng Xiaogang semble justement vouloir confronter les visions des femmes chinoises à travers différentes temporalités et différents espaces que Li Xuelian doit parcourir pour transcender sa condition. La grande réussite du film réside dans le fait que le cinéaste semble croire que la femme forte et courageuse pourrait faire plier le système chinois. Que la plus grande peur d’un système masculin serait la persistance d’une voix féminine contradictoire, d’une seule femme qui refuse de se taire et d’être victime de sa condition, qui refuse d’être Madame Bovary.

Kephren Montoute

EastAsia.fr

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