Mon Mon Mon Monsters de Giddens Ko : Des ados redoutables - Par East Asia

2017-09-22 14:13:22 Chine-info.com Elias Campos

Après avoir signé le scénario de The Tenants Downstairs en 2016, Giddens Ko signe son deuxième long-métrage avec Mon Mon Mon Monsters, projeté en avant-première française à L’Etrange Festival.

Si le nom de Giddens Ko ne dit peut-être rien au spectateur occidental, le jeune écrivain/scénariste/réalisateur est pourtant l’un des acteurs principaux de la scène artistique taïwanaise. Son premier film You’re the Apple of my Eye, comédie romantique, avait eu un succès domestique retentissant.

Loin d’être un simple écrivain de romans à l’eau de rose, Giddens Ko est un auteur éclectique et productif, se démarquant dans des genres aussi différents que la science-fiction, la romance ou l’horreur. Mais en 2015, un scandale éclate à Taïwan : il est pris en plein flagrant délit d’adultère. Cet incident et ce qui s’en est suivi (excuses publiques) ont provoqué une sourde colère en lui, qui s’est naturellement traduite par la réalisation de Mon Mon Mon Monsters.

Le film suit Lin Shu-wei, lycéen modèle qui, après s’être fait accuser à tort de vol par la bande de voyous de la classe, se retrouve à leurs côtés pour effectuer des travaux d’intérêt général. Alors qu’ils travaillent dans une sorte d’hospice, ils tombent sur un carton renfermant un étrange monstre agressif mais très faible. Ils parviennent à le kidnapper et à le ramener dans leur planque. Les adolescents partent alors d’un simple constat : si cet être vivant n’est pas humain, ils peuvent en profiter pour le torturer. Seulement, la créature n’était pas la seule de son espèce, et sa sœur, beaucoup plus cruelle, va faire tout son possible pour la retrouver.

Le spectateur a d’abord l’impression que le film va se préoccuper des grandes questions classiques de tout film de monstre qui se respecte : l’homme est un loup pour l’homme, les véritables monstres ne sont pas ceux que l’on croit, etc. Mais le film se différencie rapidement de la masse des autres métrages du genre en optant pour un point de vue totalement amoral, voire immoral par moment. Dans Mon Mon Mon Monsters, il n’y a ni bon ni mauvais camp. Chaque protagoniste est soit profondément mauvais soit d’une faiblesse d’esprit telle que son comportement en devient répugnant. Le spectateur ne sait ainsi pas comment aborder le film, et ce dernier le laisse dans un vide perturbant.

Encore plus étrange est le ton du film. S’il alterne sans cesse entre comédie, horreur et drame, il le fait de manière extrêmement déstabilisante. En effet, en général, dans un film de monstre, la palette de sentiments humains vient de personnages distincts ou du moins de séquences précises. Ici, tout est mélangé. Les séquences comiques se retrouvent ainsi côte à côte avec d’affreuses scènes de torture, tout en impliquant les mêmes personnages. On finit par rire de blagues sadiques faites par des enflures, ce qui est fort déstabilisant.

Si ce mélange de tons est sûrement le point fort du film, il ne déroge pas non plus à un certain pedigree au niveau de la réalisation. Giddens Ko ne fait jamais de plan très original, et pourtant il s’inspire de bons maîtres. On retrouve dans sa mise en scène un peu de Sono Sion, d’Adam Tsuei voire de Terayama Shuji. Aucune des scènes du film n’impressionne mais le tout reste de très bonne facture, et les derniers plans, sous un filtre rouge sang, sont parmi les plus beaux qu’on aura pu voir cette année à L’Etrange Festival.

Néanmoins, la lenteur de la première moitié du film, couplée à la bizarrerie tonale qu’il représente, pourra perdre plus d’un spectateur. On peut aussi citer le jeu d’acteur à la qualité variable. Par exemple, Kent Tsai est extrêmement bon dans son rôle de tyran lycéen mais Deng Yu-kai est d’une fadeur et d’une fausseté sans nom dans la peau du sage lycéen.

Mon Mon Mon Monsters n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un film différent et une expérience émotionnelle unique.

Elias Campos

EastAsia.fr

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