30 Years of Adonis de Scud Cheng : Queer in China

2017-09-25 17:23:38 Chine-info.com Anel Dragic

Cette nouvelle édition de L’Étrange Festival a donné l’occasion aux spectateurs de découvrir 30 Years of Adonis, nouveau film du réalisateur chinois Scud Cheng, dit aussi Scud, pour son énième incursion dans le cinéma queer.

Originaire de Chine continentale et ayant grandi à Hong Kong, Scud est longtemps resté inconnu des amateurs de cinéma asiatique, y compris au sein du cinéma indépendant de Hong Kong. En 2008, il réalisé City Without Baseball qui lui offre une plus grande exposition, grâce au nom apposé de Lawrence Ah Mon, co-réalisateur.

Auteur de ses films, Scud poursuit ensuite son questionnement sur l’homosexualité avec Permanent Residence (2009), Amphetamine (2010) et Love Actually… Sucks (2011). Plus récemment, il tourne Voyage (2013) et Utopians (2015). Avec 30 Years of Adonis, il situe son action en Chine continentale et conte la jeunesse ainsi que l’aspiration dans la décadence d’Adonis, incarné par Adonis He, l’un de ses acteurs fétiches.

Ce jeune Adonis, dont le film suit la trajectoire de son adolescence à sa trentième année, vit dans un monde où le sexe est érigé en vice. Si la tonalité érotique du projet permet à Scud de montrer de nombreuses fois des parties génitales, il semble cette fois-ci abandonner la tendresse dont il a fait preuve dans ses œuvres antérieures. Il adopte ainsi une approche résolument inconfortable, pour le spectateur comme pour le personnage principal. Milieux de l’industrie du porno, bondage sado-maso ou relations ambiguës aux vieux beaux qui entretiennent des minets, Scud aborde tous ces sujets qui contaminent les rapports sexuels sans aucune once de bienveillance ni de sympathie. Pourquoi, dans ce cas, choisir une mise en scène aussi stylisée ? Adonis, acteur de l’Opéra de Pékin, se tourne vers le porno pour survivre. C'est pourtant un personnage dont la frustration et le malheur devraient faire bouillir la mise en scène. Mais le film n’explose jamais, même lors du final sanguinolent. Scud est bien trop focalisé sur l’idée de réaliser un film arty propre sur lui.

Plus dérangeante est la fin, qui remet en cause la vie du personnage, en mettant en exergue la notion de karma. Car ce n’est pas la culpabilité homosexuelle qui ronge Scud, mais un crime commis dans une ancienne vie par Adonis, qui l’envoie directement dans cet enfer du sexe. Cela finira littéralement par le tuer le jour de sa trentième année. Certes, le spectateur aura compris la métaphore comme quoi l’enfer est bien sur terre, mais le film se perd dans une direction malvenue, presque contre-productive, fragilisant le discours initial au profit d’une ambition métaphysique qui n'a rien à faire ici.

S’il est audacieux de produire un film pareil en Chine, tout en contournant la censure, 30 Years of Adonis souffre de ses ambitions qui se transforment en prétention. Scud peut bien évidemment passer d’un cinéma qui tenait plus du réalisme social à un produit au label arty. Mais l’auto-citation peu subtile aux œuvres antérieures du réalisateur, la narration inutilement cryptique et le discours superficiel sur la vie homosexuelle en Chine continentale n’aident pas à faire passer le message. Dommage, car malgré sa mise en scène apathique, un certain malaise habite malgré tout les images. Le sens de la composition donne parfois lieu à des visions entêtantes. Le film se termine sur un générique où l’on demande aux acteurs où ils se voient à 30 ans. La pluralité des réponses est à l’image du film : en manque d’une ligne directrice.

Anel Dragic

EastAsia.fr

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