DETECTIVE DEE - Le retour virtuose -chine-info 

DETECTIVE DEE - Le retour virtuose

2018-07-25 17:40:36 Chine-info.com Jésus Castro-Ortega

Le Détective Dee, qui s’est vu confier par l’empereur la lourde charge de protéger une arme mythique et redoutable, la « masse du dragon », est confronté à son plus grand défi : résoudre le mystère qui entoure l’apparition de phénomènes surnaturels et menaçants, stopper les agissements d’une secte mystérieuse qui cherche à renverser l’Empire, et déjouer les pièges que lui tend une Impératrice avide de pouvoir…

A l’heure où plusieurs réalisateurs annoncent déjà, avec plus ou moins d’ironie, la « mort » du cinéma (David Cronenberg, Martin Scorsese, Nicolas Winding Refn…), que Hollywood peine à se réinventer sous le joug des franchises de super-héros, un film venu d’Asie vient apporter un vent frais dans le 7ème Art, montrant par l’exemple que le cinéma, loin d’être moribond, peut continuer a être une expérience immersive totale à apprécier sur grand écran. Grâce en soit rendue au réalisateur Tsui Hark, qui nous avait déjà ébloui récemment avec son monumental « La Bataille de la Montagne du Tigre » (2014), une œuvre déjantée qui tentait, avec succès, le mélange des genres en opérant une fusion entre le western mandarin et le film de guerre. Tsui Hark revient aujourd’hui sur grand écran pour explorer l’histoire du Détective Dee avec ce troisième opus, « Détective Dee, la Légende des Rois Célestes », un spectacle visuel chatoyant de deux heures mené tambour battant.

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L'impératrice Wu Zetian (Carina Lau) dévorée par l'ambition

Le personnage du Détective Dee, qui avait déjà fait l’objet de deux films sous la direction de Tsui Hark (« Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme » en 2010 puis « Détective Dee : la Légende du Dragon des Mers » en 2013), revient cette fois-ci dans une nouvelle aventure au cours de laquelle le héros devra mettre toute sa sagacité et son sens de la déduction au service d’une enquête concernant une secte mystérieuse ourdissant un complot destiné à faire tomber la dynastie Tang.

La Masse du Dragon, arme mythique confiée au Détective Dee (Mark Chao)

A la fois film d’aventure, fresque historique, Wu Xia Pian (« film de héros martial »), et même comédie, « Détective Dee » offre au spectateur deux heures de dépaysement et d’exaltation, grâce à la mise en scène ciselée de Tsui Hark qui utilise ici à plein la 3D relief. Tout comme James Cameron, le réalisateur Chinois se réapproprie l’outil 3D pour mieux immerger le spectateur dans l’univers baroque et grandiose de ce conte, alternant scènes de combats chorégraphiés, rythme haletant et suspense. A l’instar de son illustre homologue canadien, Tsui Hark explore les possibilités offertes par ce nouveau langage cinématographique de la 3D, mais toujours au service de son récit et sans jamais perdre le spectateur dans une orgie d’effets numériques. C’est d’ailleurs cette harmonie entre effets numériques et effets réels (cascades, chorégraphie des combats, décors « en dur ») qui rend le spectacle de « Détective Dee » aussi impressionnant et immersif. Comme dans nombre de ses œuvres précédentes (« Zu, les Guerriers de la Montagne Magique », « Il Etait une Fois en Chine », « The Blade »…), Tsui Hark se joue de la gravité terrestre, aidé désormais par des outils technologiques qu’il maîtrise parfaitement, comme peu de ses contemporains savent le faire. Il fait d’ailleurs partie des pionniers du procédé HFR (« High Frame Rate »), où la caméra enregistre les images à une cadence beaucoup plus élevée afin de rendre les mouvements parfaitement fluides. Il rejoint ainsi la courte liste de ces visionnaires du cinéma de demain que sont Peter Jackson, Ang Lee ou encore James Cameron. Il est à noter qu’en France, malgré son statut de patrie du cinématographe, le parc de salles ne propose pas le film de Tsui Hark dans sa version pensée par le réalisateur, c’est à dire en 3D et en HFR. La faute à des exploitants trop frileux devant l’inexorable évolution du langage cinématographique ?

Tsui Hark, passé maître dans l'utilisation de la 3D

Cela n’enlève heureusement rien au spectacle de haute tenue que nous offre « Détective Dee, la Légende des Rois Célestes », qui sous ses dehors de divertissement, nous pose subrepticement la question de notre rapport aux réel, à l’illusion et à l’image, notamment lors d’une séquence mémorable où apparaît un monstre Lovecraftien au corps constellé de globes oculaires inquisiteurs. Face à lui, un simple moine décide de le confronter en… fermant les yeux. A cet instant du film, Tsui Hark semble nous dire que ce que nous regardons, que le cinéma lui-même, que toute cette technologie dont il se sert, n’est finalement qu’au service d’une vaste illusion. Un manifeste courageux, osé, et clairvoyant, par un réalisateur désormais parvenu au sommet de son art.

Jésus Castro-Ortega

En salle le 8 août 2018

Réalisé par Tsui Hark

Avec Mark Chao, Carina Lau, Gengxin Lin

132 minutes

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