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HAPPINESS ROAD - La quête du bonheur (en salle le 1er août)

2018-07-30 14:18:50 Chine-info.com Jésus Castro-Ortega

Lin Su-Chi, Taïwanaise installée aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années, vit tiraillée entre problèmes de couple et travail sans intérêt. Lorsqu’elle apprend le décès de sa grand-mère, elle décide de revenir auprès de ses parents à Taïwan pour assister à la cérémonie funèbre. En retournant ainsi auprès des siens, en parcourant les rues qui l’ont vue grandir, en revoyant des visages surgis du passé, Su-chi remonte peu à peu le fil des souvenirs…

Osons le dire, Happiness Road est une très grande réussite et une perle rare dans le domaine de l’animation, un film sensible, drôle, touchant, qui a été à juste titre primé en mars dernier lors du dernier Festival d’Animation de Tokyo, dans lequel il a obtenu le Grand Prix, avant d’être pris en sélection officielle au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, en juin dernier.

L’enfance, ce lieu privilégié du bonheur

Conçu sur une série de flash-backs, qui nous plongent dans les souvenirs doux amers d’une jeune Taïwanaise expatriée aux Etats-Unis revenant sur les lieux de son enfance, « Happiness Road » tisse un portrait étonnant de justesse d’une femme qui questionne son passé pour mieux redessiner son avenir. Mêlant à la fois quête identitaire et portrait sur l’enfance, « Happiness Road » nous promène avec délectation dans l’infinité de ces détails du quotidien qui, vus sous le prisme du personnage de Lin Su-Chi, prennent un relief tour à tour émouvant, poétique, comique, ou même grandiose, selon qu’elle les perçoit avec le regard de la femme qu’elle est devenue ou de la fillette qu’elle a été. Ces allers et retours entre présent et passé nous font prendre conscience du chemin parcouru par Lin Su-Chi, et nous fait également mesurer celui qui lui reste encore à parcourir dans sa quête éperdue du bonheur. Ce cheminement parfois tortueux vers ce bonheur qui lui échappe est au cœur du récit de ce film, son fil conducteur, et aussi sa grande force car il renvoie constamment à des questions universelles : qu’est-ce qui fonde notre identité ? Nos racines ? Quelle importance devons-nous accorder à la réussite sociale ? Que nous reste-t-il de nos rêves d’enfant ?

L’adolescence, entre sens du devoir et rébellion

L’intelligence émotionnelle du film provient sans doute en grande partie de la dimension autobiographique de « Happiness Road », qui semble évidente au regard du parcours de la jeune réalisatrice Taïwanaise Hsin Yin Sung, dont c’est le premier long-métrage d’animation : tout comme son personnage principal elle a vécu et étudié à l’étranger (aux Etats-Unis), elle aussi a eu une grand-mère qui l’a profondément marquée (une femme d’une ethnie autochtone de Taïwan)… Cette compréhension subtile et intime de notre rapport à notre identité profonde, confère au film de Hsin Yin Sung une force et une poésie peu communes, qui touchent au cœur. La réalisatrice parvient à nous emmener, au fil du récit, à ressentir le bonheur des retrouvailles familiales, à rire des joies simples (mais essentielles ?) de l’enfance, à vivre l’émerveillement que procurent les rêves non entamés par la triste réalité du monde des adultes. D’ailleurs les passages oniriques, et souvent très drôles, qui émaillent le film apportent un sentiment de griserie et d’exaltation qui rappellent constamment la toute-puissance de l’imaginaire de notre enfance, séquences qui tutoient parfois en force poétique les œuvres des maîtres absolus en la matière que sont Hayao Miyazaki et le regretté Isao Takahata. Une comparaison dont la réalisatrice peut s’enorgueillir au vu des conditions modestes qu’impose certainement un premier long-métrage d’animation. L’ambitieux projet (le film dure près de deux heures !) parvient à dépasser intelligemment des ressources probablement limitées en usant d’une animation minimaliste mais convaincante et d’un univers graphique simple mais très identifiable. Ces choix techniques, en partie dictés par la réalité économique de la production, ne nuisent jamais au récit et apportent même un supplément d’âme à cette fable contemporaine et universelle.

La réalisatrice Hsin Yin Sung

L’autre grande force de « Happiness Road », en dehors de nous emmener sur les chemins de notre enfance perdue (égarée ?), c’est de nous questionner sur les choix importants qui, dans l’existence, conditionnent notre capacité à éprouver de nouveau le bonheur. Quelle est la vraie part d’autonomie dans nos choix ? Sommes-nous aussi, d’une certaine manière, victimes consentantes de la pression sociale et familiale ? Le film, sans jamais être démonstratif, militant ou moralisateur, nous parle aussi de l’émancipation de cette femme, Lin Su-Chi, qui cherche à redonner un sens à sa vie. Son « rêve » d’Amérique, nourri dès l’enfance, n’était-il qu’un leurre, une illusion ? Doit-il s’arrêter à un pavillon en banlieue, à un travail sans intérêt, à un mari sympathique mais volage ? Des questions qui s’égrènent tout au long du chemin qui ramène Lin Su-Chi à cette « route du bonheur », « Happiness Road », le nom de la rue où elle a grandi.

L’âge adulte, un accomplissement ou une illusion ?

« A chacun d’arpenter cette route qui relie notre passé et notre avenir », semble nous souffler « Happiness Road », un film émouvant, juste, intelligent et poétique, qui deux heures durant exalte notre âme d’enfant, et interroge notre cœur d’adulte.

Jésus Castro-Ortega

Happiness Road

En salle le 1er août

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