«CHIANG KAï-SHEK»: la première biographie en français écrite par Alain Roux sur le grand rival de Mao

2016-10-12 16:40:03 Chine-info.com Emmanuel Lincot

Véritable événement éditorial pour les sinologues et les passionnés de l’histoire politique de la Chine contemporaine, cette biographie forte attendue est publiée par Payot. Elle complète admirablement la biographie écrite par le même auteur, et quelques années plus tôt, sur son rival, Mao Zedong*.

On saluera tout d’abord la plume alerte d’Alain Roux qui, en bon historien, rappelle l’usage de ses sources. La lecture des 16 000 pages du Journal conservé pour la postérité à l’université de Stanford et qui nous renseigne sur le profil psychologique de l’une des plus grandes figures du XXème siècle en est une, mais les télégrammes diplomatiques et notes consulaires américaines consultés par le biographe en est une autre. Et non des moindres, car Chiang Kaï-shek (1887-1975) qui se décrivit lui-même comme « brutal et tyrannique. Irritable, têtu, méchant, extravagant, jaloux, avare, luxurieux, arrogant » ne pouvait pas mieux dire sur le rôle obscur qui fut le sien dans cette Chine de l’entre-deux-guerres, alors plongée dans les gouffres. Cet autodidacte aux origines modestes est un nervi. Il n’hésite pas à faire usage de la force et a recours aux méthodes les plus crapuleuses, pour le compte du gang de la Bande Verte. Il connaît les grandes villes et leurs bas-fonds comme nul autre.La pègre la plus redoutable et son redouté Du Yuesheng à Shanghai n’ont pour lui aucun secret et c’est auprès de ses sbires qu’il déléguera la responsabilité du massacre de centaines de militants communistes à l’été 1927.

Fasciné par les régimes totalitaires naissants, il voue un intérêt évident pour la dictature mussolinienne mais aussi le régime bolchévique auprès duquel il reçoit une formation militaire moderne avant de se hisser au pouvoir. « Chiang Kaï-shek, un destin trop grand » aurait pu être le titre de cet ouvrage magistral tant il est vrai que l’homme n’aura pas su tout simplement rencontrer la Chine. Les réformes qu’il mène n’ont aucun impact dans le monde rural. Pis, Chiang Kaï-shek réussit même à s’aliéner une partie de la bourgeoisie d’affaires qui lui est pourtant, au départ, largement acquise. La suite est connue : son obsession est la lutte contre les communistes au point de se laisser aveugler par un danger beaucoup plus grand, le Japon. La fin de la seconde guerre mondiale débouche sur une reprise des hostilités fratricides entre Chinois et pousse Chiang Kaï-shek à l’exil sur l’île de Taïwan. Sauvé par la guerre froide et son alliance avec les Etats-Unis, il y exerce une dictature féroce avec, toujours l’espoir déçu, de reconquérir le continent. Nul ne peut comprendre les rapports inter-détroits non plus que la relation complexe qu’entretiennent les Etats-Unis avec le monde chinois sans se référer à l’histoire de cet homme dont la trajectoire se confond avec celle de son pays. A lire donc.

Emmanuel Lincot

*Alain Roux, Le Singe et le Tigre : Mao, un destin chinois, Paris, Larousse, 2009

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