SF : L'insondable profondeur de la solitude

2018-11-12 17:35:32 Le 9 Laura RAOUL

Lauréate du prix Hugo 2016, Hao Jingfang exprime ses réflexions sur le monde d'aujourd'hui, en décrivant les maux présents de l’humanité dans un futur proche.

Avec son recueil de nouvelles, L'insondable profondeur de la solitude, paru en français en mai dernier chez Fleuve éditions, l’auteure chinoise Hao Jingfang, nous donne sa vision de la science-fiction, avec une tout autre lumière. Elle nous y livre des personnages mis à nu, sans artifices. Des hommes et des femmes ordinaires qu'elle n'épargne pas et qu'elle confronte à des problèmes existentiels. Elle les fait évoluer dans différents mondes: monde déchiré par la guerre contre des aliens, ou encore monde contemporain ancré dans notre réalité.... La science-fiction est son aire de jeu et ce recueil nous le fait clairement ressentir. Elle lui permet d'allier ses connaissances en physique, gestion et économie et ses réflexions poussées sur la nature humaine et notre monde, tout en nous offrant des nouvelles à l'écriture poétique et sincère où de nombreux thèmes universels sont développés.

« C'est notre destinée. Nous sommes en temps ordinaire des moins que rien, maigres et laids, et nous passons inaperçus. Mais dans certaines circonstances, nous pouvons nous distinguer. Je ne sais pas quelles moqueries tu subis généralement, mais je voudrais te dire qu'à tout moment, tu peux choisir d'accepter ta particularité. Choisir d'être soi-même, c'est une forme de courage. »

L'insondable profondeur de la solitude, p. 162.

L'Homme y est confronté au développement de la technologie, avec cette impression de n'avoir aucun contrôle dessus, aux guerres constantes et à l'incertitude quant à l’avenir du monde. Des êtres en doute permanent, en lutte contre eux-mêmes et la société, qui s'interrogent sur leur place dans ce monde : l'Homme y apparaît d'autant plus fragile, seul et minuscule face à des situations retranscrites de manière vive. Face à un ennemi commun, est-il impératif de lutter, doit-on toujours résister, même si la majorité de la population s'est résignée à son sort ? L’action d’un seul homme peut-elle avoir un impact sur le destin du monde ? Malgré tous ces questionnements lancinants, ces doutes perpétuels qui torturent ses personnages, l'auteure leur donne quelques lueurs d'espoir : l'Art et l'Amour envers l'autre, deux entités qui pourraient être les remèdes aux maux de l'humanité et permettre à l'Homme de retrouver sa place dans l'univers, un sens à sa vie et une opportunité de lutter contre ce qui l'opprime.

C’est « Pékin Origami » qui aura obtenu le prestigieux prix Hugo de par son originalité et son propos. Cette nouvelle nous proposeun Pékin fracturé en trois mondes qui ne se côtoient pas de manière spatio-temporelle. Avec un tel procédé de séparation, les clivages entre les différentes strates sociales sont exprimés avec beaucoup d'intensité. On y retrouve un père de famille tâchant d'améliorer les conditions de vie de sa fille en rendant des services à des personnes situées dans ces différents « Pékin ». À travers son aventure, on découvre les préoccupations économiques et politiques des dirigeants de la ville et l'extrême solitude de ses habitants.

L'insondable profondeur de la solitude, par HAO Jingfang, traduit du chinois par Michel Vallet, Fleuve éditions, 2018.

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