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Bourse Wu Jianmin : un voyage au cœur d’une Chine ultra-moderne

2019-11-07 Sacha Halter

Initiative d’origine chinoise, la bourse Wu Jianmin s’est donnée pour objectif de faire connaitre à de jeunes Français la société chinoise en un court voyage. Celui-ci est conçu pour leur montrer une Chine des plus innovantes et leur en mettre plein la vue. La bourse est encore peu connue : les chances d’obtenir des places demeurent élevées.

Fondée en 2017 en mémoire à Wu Jianmin, ancien ambassadeur de Chine en France, la bourse qui porte son nom finance le voyage annuel en Chine d’un groupe constitué d’étudiants, d’entrepreneurs ou de jeunes chercheurs français. Une visite de 14 jours qui avait cette année pour thème l’innovation et l’entrepreneuriat. Début juin, les participants ont visité trois villes chinoises : Pékin, Shenzhen et Guiyang. Ils y ont rencontré des créateurs d’entreprises ou de startups chinoises.

Le 23 octobre, à l’initiative de l’association Les amis de Wu Jianmin, de la Fondation pour la prospective et l’innovation, de la fondation Wu Jianmin à Pékin et du Club Chine de Sciences Po, s’est tenu donc à Sciences Po, à Paris, une rencontre entre les organisateurs de la bourse et 10 des lauréats qui en ont bénéficié depuis trois ans. Chacun a pu apporter ses remarques et suggestions. Dans la salle, se trouvaient des étudiants d’écoles de commerce et d’autres cursus des plus sélectifs, ainsi que des représentants du monde franco-chinois des affaires : Edouard Moinet, co-fondateur de Cathay Capital, Xavier Fontanet, ancien président d'Essilor ou encore Liu Yan, Country Manager de Xiaomi France. La bourse Wu Jianmin a pour fonction de favoriser les échanges économiques entre deux grandes écuries de l’économie mondiale. C’est en tout cas dans cet esprit qu’elle a été fondée par la Fondation prospective et innovation, présidée par l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

« Ne croyez pas non plus qu’il y a des universités ou des écoles moins cotées, chacun peut participer. »

Questionnés par Jean-Pierre Lafon, ancien ambassadeur de France en Chine et président du jury de la bourse, les lauréats de 2019 ont avant tout admis avoir été surpris par la vitesse du développement des nouvelles technologies en Chine. C’est le cas de Romain, qui a visité une entreprise de voitures autonomes à Guiyang : « On avait l'impression qu'ils avaient juste besoin d'un entrepôt, de deux ou trois personnes pour travailler, et qu’ils pouvaient construire tout un prototype à partir de cela. » Pour Maxime, le plus étonnant était l’avance de la Chine dans l’innovation et sur l’intelligence artificielle. Une perception de la Chine comme d’un leader des technologies, qui est partagée par Eve, qui a pu rencontrer le fondateur et dirigeant d’une fabrique de coques pour smartphones : « On a pu visiter toute son usine. Ils ont développé en interne un logiciel qui leur permet de gérer leur entreprise, le stock de production, la ligne de production, la gestion RH et leur bilan financier, le tout géré en direct depuis leur application. »

Les jeunes lauréats ont également fait des suggestions sur ce qui pouvait être amélioré. Certains d’entre eux regrettaient d’avoir surtout rencontré des personnes chargées de relations publiques pendant leur séjour : « Dans les petites structures, on a rencontré les présidents, les CEO, mais dans les plus grandes on a eu plus de mal à toucher du doigt les avantages stratégiques des Chinois par rapport au reste du monde. » Les organisateurs de la bourse ont pour leur part rappelé que ce phénomène existait partout, en Chine comme en Europe, et que les structures partenaires de la bourse Wu Jianmin allaient prendre en compte ces attentes pour l’édition 2020. Selon Xu Bo, président de l’association Les amis de Wu Jianmin, le vice-président global de Xiaomi a promis qu'il recevra en personne les lauréats l’année prochaine. Parmi les autres suggestions, la popularisation de la bourse Wu Jianmin : « Cette bourse n'était pas connue par mes professeurs, j'en ai eu vent par d'autres moyens. Il y a peut être un travail à faire pour propager son existence, je pense que cela pourrait permettre d'avoir des profils plus divers. »

Promouvoir l’existence de la bourse : une mission que Cédric Denis-Rémis, vice-président en charge du développement à l’Université PSL, n’a pas manqué de rappeler aux lauréats : « On a besoin de vous pour faire la promotion de cette bourse. Ne croyez pas non plus qu’il y a des universités ou des écoles moins cotées, chacun peut participer. Vous connaissiez déjà tous la Chine ! Vous aviez déjà une appétence, et vous avez donc candidaté. Mais il faudrait faire connaître la Chine à ceux qui ne la connaissent pas. Vous êtes là aussi comme ambassadeurs, vous devez porter une image ! »

Porter une image. Un subtil rappel de la vocation diplomatique de la bourse Wu Jianmin, notamment dans le contexte de la guerre commerciale entre l’Empire du Milieu et les États-Unis, mentionnée plusieurs fois au cours de la rencontre. La référence au potentiel du projet des Nouvelles Routes de la soie n’était jamais très loin non plus : « Dans le choix des visites, je trouve qu’il serait intéressant de choisir une ville frontière de la Chine avec ses partenaires, parce que la Chine vient d'y installer des nouvelles zones économiques spéciales. Je pense à Kunming, et de son interface avec le Laos. Dans ces nouvelles zones économiques spéciales, on y trouve des taux de croissance plus élevés qu'à Shanghai ou Pékin, mais aussi un esprit d'entreprise, en particulier parmi les jeunes. » Et un autre participant d’ajouter : « Vous parliez de PSA ; sachez que dans les trains qui circulent de Lyon à Wuhan, il y a des composants automobiles, qui proviennent des usines Peugeot de la région lyonnaise. Et puis la nouvelle route qui va aller de Marseille au Pakistan, devrait aussi relier la France avec l'Océanie française. »

Chacun affirme en tout cas avoir bénéficié des contacts réalisés grâce à la bourse Wu Jianmin.

Enfin, certains anciens lauréats ont évoqué le lien entre la bourse et leur succès rencontré par la suite. L’événement se clôturait sur la projection d’une vidéo, où ceux qui n’ont pas pu venir en personne, faisaient part de leur parcours depuis l’édition 2017 ou 2018. Certains comme Thibault, en poste à Pékin depuis 8 mois et lauréat 2018, sont repartis en Chine. D’autres travaillent désormais dans un environnement qui fait l’interface entre la Chine et la France. C’est le cas de deux anciens lauréats, aujourd’hui en poste chez OuiCrea, un incubateur pour startups chinoises et françaises, partenaire du campus de startups Station F. Un autre lauréat a aussi travaillé au sein de Xiaomi France. Chacun affirme en tout cas avoir bénéficié des contacts réalisés grâce à la bourse Wu Jianmin.

La bourse est une initiative très récente. Selon Xu Bo, 56 personnes ont postulé en 2019, dont 10 ont été retenues. Cependant, le nombre de places disponibles augmente chaque année, tout comme celui des candidats. Une expérience à la portée de chacun, qui pourra candidater pour la prochaine édition dès le mois de janvier 2020. Pour rappel, la bourse est ouverte à tout Français de moins de 35 ans, entrepreneur ayant le projet de se lancer en Chine ou étudiant inscrit à l’université au niveau master. Elle finance l’intégralité du voyage, du billet d’avion à l’hébergement sur place.

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