menu
menu
seacher

« The Banana Split Project » podcast – Regards croisés de Français d’origine asiatique

2020-04-06 Chine-info Shanshan Zhu

« The Banana Split Project » est un podcast francophone, crée en septembre 2019, qui va à la rencontre de Français d’origine asiatique vivant à Singapour.

Ces « bananes », terme qui désigne les Français d’origine asiatique ou tout autre asiatique élevé dans un pays occidental, vivant en Asie, qui par leurs témoignages, permettent d’enrichir les points de vue sur la vie des enfants d’immigrés asiatiques.

Rencontre (à distance) avec sa créatrice, Viviane Salin, née en France d’une mère hongkongaise et d’un père chinois d’Indonésie. Française d’origine asiatique, Viviane affiche un parcours sans faute et se sent « très française », jusqu’à son arrivée à Singapour il y a 14 ans, où elle est confrontée au regard des autres et se voit constamment justifier ses origines. Ce sentiment d’inadéquation et de décalage entre ce qu’elle pense être et ce que les gens voient d’elle suscite chez elle des questions d’identité et de représentation de soi.

Chine-info : Pouvez-vous nous raconter votre parcours?

Viviane Salin : Je suis née à Strasbourg à la fin des années 70 de parents asiatiques qui parlaient mandarin à la maison. Mais j’ai été très intégrée dans le tissu français. Après mon diplôme à HEC en 2002, j’ai vécu 4 ans à Paris avant de m’installer à Singapour avec mon mari. C’est en vivant à Singapour que je me suis reconnectée avec mes origines asiatiques. Ici, l’appartenance ethnique et religieuse est assez importante et il y a une proximité et une solidarité entre asiatiques très fortes. En arrivant à Singapour, j’ai senti le besoin de transmettre l’héritage asiatique à mes enfants mais également une éducation à la française. Avec mon mari, nous avons fondé une première école maternelle bilingue (français-anglais). Aujourd’hui, nous avons 4 établissements (2 à Singapour, 1 au Vietnam et 1 en Thaïlande).

Chine-info : Comment est né le podcast « The Banana Split Project » ?

Viviane Salin : Récemment, j’ai fait une petite crise de la quarantaine qui s’est traduite par une prise de conscience qui m’a poussé à réfléchir sur des questions d’identité. Quand je suis arrivée à Singapour, j’ai intégré un groupe de chat de bananes francophones vivant sur place. À travers ce groupe, j’ai pu rencontrer d’autres bananes comme moi avec des histoires différentes et singulières. Grâce à mes rencontres, je découvrais des pans de l’Histoire jusque là inconnus pour moi, notamment sur l’histoire des immigrations des asiatiques du sud-est en France. J’ai eu envie de leur donner la parole et de partager leurs histoires.

J’ai trouvé ce mouvement de population fascinant: des parents qui sont partis d’Asie vers la France puis la génération suivante née en France qui fait le choix d’aller vivre en Asie. J’ai donc voulu monter un projet qui puisse donner à voir une fresque collective, presque comme une thérapeutique de groupe, et qui permet de documenter sur ce phénomène d’aller-retour.

Chine-info : Comment choisissez-vous vos intervenants ?

Viviane Salin : J’ai tout d’abord lancé un appel dans le groupe de chat et les premiers participants qui sont venus vers moi sont des personnes que je ne connaissais pas. J’ai fait une première rencontre et un enregistrement. Ensuite d’autres personnes se sont manifestées, certaines que je ne connaissais pas et d’autres qui étaient des amis. J’essaie de diversifier les profils afin de couvrir différents thèmes qui me tiennent à cœur tels que l’immigration, le sacrifice, l’éducation, les couples mixtes, l’intégration en Asie, etc.

Chine-info : Un modèle se dessine chez la plupart de vos invités: ils ont tous plus au moins vécu ou subi une forme de racisme anti-asiatique en France. Pensez-vous que c’est une des raisons pour laquelle ils ont choisi de vivre en Asie ?

Viviane Salin : Oui, c’est le cas pour certains, qui ont connu ou qui connaissent encore des problèmes d’intégration. Mais ils sont nombreux à avoir choisi l’Asie pour ses opportunités professionnelles et son cadre de vie, que ce soit pour le côté pratique, économique ou culturel.

Chine-info : Comment vivez-vous, vous et les Français d’origine asiatiques votre culture française à Singapour ?

Viviane Salin : On se retrouve autour de la gastronomie française! C’est un excellent moyen de transmission de la culture française. Même si nous avons fait le choix de vivre en Asie, nous sommes nombreux à être très attachés à la France.

Chine-info : À votre avis, pourquoi Singapour attire autant d’étrangers d’origine asiatique ?

Viviane Salin : Je pense que cela est dû tout d’abord aux opportunités professionnelles qui existent ici. Singapour abrite de nombreux hubs, des entreprises internationales qui veulent se développer en Asie. Singapour est géographiquement très bien situé pour cela. Par ailleurs, il y a une facilité culturelle pour les étrangers car on peut facilement communiquer en anglais, l’usage du chinois n’est pas impératif. Beaucoup de personnes de seconde génération d’immigrés chinois étant nés en France, ne maîtrisent pas forcément le mandarin et Singapour leur permet de vivre dans un cadre asiatique sans la barrière de la langue. Et j’imagine que pour des personnes qui cherchent leur place ou qui sont dans une quête identitaire, Singapour puisse être attrayant pour son caractère cosmopolite.

Chine-info : Pourquoi ce nom « The Banana Split Project » ?

Viviane Salin : (Rires) Je voulais surtout montrer l’idée de coupure, d’où le mot « split » (en anglais) pour la déchirure, le grand écart, l’écart. Et donc tout naturellement « banana split ». J’ai trouvé l’image plutôt amusante et c’est un nom qu’on retient facilement. Il est vrai que certains trouvent le mot « banane » péjoratif pour décrire les enfants d’immigrés asiatiques de seconde génération car jaunes à l’extérieur et blancs à l’intérieur. Mais moi je considère ce terme plutôt humoristique.

Podcast disponibles sur le site The Banana Split Project. Un numéro spécial sur la pandémie du Covid-19 publié le 27 mars sur la situation à Singapour.

A lire aussi:

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la newsletter de Chine-info !

Commentaires

Rentrez votre adresse e-mail pour laisser un commentaire.