L’assassinat de Zhang Chaolin et les agressions antichinoises, deux poids deux mesures dans la presse française

2017-11-30 04:39:24 Chine-info.com Lionel Vairon

Le 8 novembre, un jeune garçon de 16 ans a été jugé par le Tribunal pour Enfants de Bobigny pour avoir participé le 7 août 2016 à Aubervilliers à une agression violente contre un ressortissant chinois, Zhang Chaolin, couturier décédé suite à sa chute sur le trottoir après plusieurs jours de coma. Ses deux complices âgés de 17 et 19 ans à l’époque des faits seront jugés en juin 2018 devant la Cour d’Assise pour Mineurs. L’adolescent pour sa part vient d’être condamné à cinq années de prison dont deux avec sursis et mise à l’épreuve, il avait déjà été fait l’objet d’une mesure de liberté surveillée préjudicielle (LSP) pour avoir agressé un ressortissant chinois. Le jugement a conclu qu’il n’avait pas porté le coup de pied ayant entraîné la chute mais qu’il avait néanmoins arraché le sac de Zhang Chaolin, pour lui voler en réalité un chargeur de téléphone portable et quelques bonbons… Pour la première fois dans une agression contre un Asiatique en France, le tribunal a reconnu le caractère raciste de l’agression, considéré comme une « circonstance aggravante »…

Curieusement, je n’ai pas vu comme à l’accoutumée pour les crimes à caractère raciste ou antisémite une mobilisation massive des milieux politiques, associatifs et médiatiques. J’ai retenu à la lecture de ces derniers depuis l’agression en août 2016 un étonnant traitement de l’affaire, en particulier l’ignorance systématique pendant des mois du nom de Zhang Chaolin dans les titres d’articles, la plupart se limitant à évoquer « un Chinois » (FranceBleu, 20 Minutes, Le Figaro, BFMTV [qui précise un « immigré chinois », cela fait-il une différence qu’il soit « immigré », ou « résident », ou « travailleur », ou d’« origine chinoise » ?] etc.), semblant oublier que, quoique « simple » couturier, la victime avait un nom et un prénom, comme Ilan Halimi dont les nom et prénom ont été systématiquement affichés dans les médias depuis le début de l’affaire…

Encore plus intéressant, l’utilisation par la presse des guillemets pour évoquer le caractère « raciste » du crime pourtant reconnu par le tribunal lui-même. Pourquoi ajouter des guillemets à « raciste » ? Pourquoi les agressions à caractère antisémite ne bénéficient-elles pas du même traitement qui semble instiller le doute sur la nature du crime ou même sur la décision du tribunal ? Le 11 novembre, le quotidien publie un article intitulé « Deux ans de prison ferme pour l’agression « raciste » de Chaolin Zhang à Aubervilliers », une concession a été faite à Zhang Chaolin en lui reconnaissant une identité propre, mais les guillemets ne sont-ils pas superflus puisque le jugement a été rendu ? Je remarque que l’utilisation des guillemets est également systématique, dans tous les médias ou presque, à l’occasion de chaque attentat en Chine, toujours évoqué comme un acte « terroriste »… Doit-on penser qu’il existe une hiérarchie des victimes d’agression tout comme une hiérarchie des actes de terrorisme (soyons clairs sur ce point : j’évoque ici des attaques contre des civils conduisant à des morts comme lors de l’attaque dans la gare de Kunming ; dans un article du 1er mars 2014, le quotidien Le Monde évoque les attaquants en les appelant « terroristes »…) ? La faible attention portée par les pouvoirs publics à la multiplication des agressions contre les différentes communautés asiatiques, et en particulier chinoise, est regrettable et a conduit à des manifestations de rue de plus en plus violentes, en particulier celle de mars 2017 consécutive à la mort de Liu Shaoyao tué par un policier lors d’une intervention dans un « conflit familial ». Les médias français peuvent contribuer à apaiser la situation et à encourager les autorités à une plus grande vigilance en renonçant à cette discrimination dans l’évoqué des faits. Lorsque des groupes de touristes chinois se font détrousser et violenter par des voyous qui les ciblent car ils estiment que des ressortissants chinois possèdent sur eux des quantités de cash importante, ne s’agit-il pas également d’agressions à caractère raciste ? Les raisons de ce ciblage sont bien l’origine ethnique des victimes. Devant la multiplication rapide de ce type d’agression, il serait souhaitable que les autorités prennent enfin des mesures fermes afin de décourager leurs auteurs et protéger l’image de la France comme destination touristique, l’économie française du tourisme pourrait-elle aujourd’hui se passer des touristes chinois ?

Lionel Vairon

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