Le travesti, secret de l'opéra classique chinois ? - Conférence de Yu Zhou

2018-08-22 16:58:39 Chine-info.com Yu Zhou

Dans le cadre du 10ème Gay Games qui ont eu lieu à Paris du 4 au 12 août 2018, YU Zhou, auteur et conférencier sur la culture chinoise, a fait vivre le phénomène culturel que sont les travestis dans l'opéra classique chinois.

L'Opéra chinois est une combinaison savante de plusieurs disciplines (chant, musique, littérature, poésie, danse, acrobatie, arts martiaux et pantomime) dont les origines sont difficiles à tracer mais les archives et la mémoire collective tendent à indiquer qu'il est un loin descendant du théâtre Nuo, qui avait une fonction rituelle et plus particulièrement exorciste dont la première mention est datée entre le Vème et le IIIème siècle avant J.-C.

La Chine compte aujourd'hui plus de 260 types d'opéras régionaux, contre 368 recensés dans les années 1950.

La principale différence entre ces opéras réside dans le dialecte utilisé et dans une moindre mesure, les mélodies employées et les répertoires existants. Mais tous utilisent une gestuelle identique et des codes, personnages, costumes, maquillage, décors et techniques théâtrales similaires.

Les historiens considèrent l'opéra Kunqu comme « l'ancêtre de l'opéra chinois », qui a dominé la scène chinoise jusqu'au début du XIXème siècle. L'opéra de Pékin, quant à lui, s'est développé lorsque le Kunqu a perdu ses faveurs. Ce nouveau genre a pris son essor grâce au soutien de l'empereur Qianlong au XVIIIème siècle. Cette forme théâtrale a su puiser dans différents styles régionaux pour allier chant, dialogue, mime, danse et acrobatie et a développé des pièces à thème guerrier, des ballets acrobatiques et a mis au point une musique martiale.

Le travesti dans l'opéra chinois

Le rôle de travesti dans l'opéra chinois est appelé nan dan (男旦), c'est à dire « rôle féminin joué par un homme » et son origine date très probablement de la dynastie Tang au VIIIème siècle. Mais il faudra attendre la dynastie Ming au XVème siècle pour que le nan dan prenne une place importante dans l'opéra chinois.

A cette époque, les familles aristocratiques et les grands lettrés possédaient leur propre troupe d'opéra et achetaient de jeunes garçons et filles pour les former à devenir chanteurs professionnels. Certaines troupes ne sont composées que de filles et d'autres que de garçons dont certains tenaient les rôles féminins. Dans ce milieu, l'homosexualité était monnaie courante.

En 1651, sous la dynastie Qing, les chanteuses d'opéra et musiciens sont remplacés par des eunuques sur ordre de l'empereur. Non seulement les femmes étaient interdites de scène mais elles n'avaient pas non plus le droit d'entrer dans les théâtres, et ce jusqu'à la fin du XIXème siècle. Les troupes d'opéra de Pékin étaient composées exclusivement d'hommes.

Aujourd'hui, on peut se poser la question à savoir : «Si le rôle de travesti est né dans l'histoire à cause des interdits, pourquoi continue-t-on aujourd'hui à faire jouer des rôles féminins par des hommes ou vice et versa ?»

Comme l'écrit Diderot, « [le comédien] n'est pas le personnage, il le joue et le joue si bien que vous le prenez pour tel : l’illusion n’est que pour vous ; il sait bien, lui, qu’il ne l’est pas ».

Les nan dan ne cherchaient pas forcément à imiter l'allure d'une femme, que ce soit en portant une fausse poitrine ou arborant des gestes féminins exagérés. Il s'agissait d'abord de saisir l'âme féminine de chaque personnage sur scène et montrer au public toute leur beauté à travers le chant, le regard, les gestes stylisés...

De ce point de vue, que ce soit l'homme ou la femme, tous deux exigent une longue formation rigoureuse, car dans l'opéra chinois, tout est extrêmement codifié.

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