Rencontre avec Tao Ye, un chorégraphe chinois exigeant et virtuose du mouvement

2015-11-13 23:07:15 Chine-info.com Pauline Bandelier

Du 11 au 14 novembre 2015, la compagnie chinoise Tao Dance Theater présente au Théâtre de la ville l’une de ses dernières créations, un diptyque intitulé 6/7

La première représentation, le 11 novembre, a fait salle comble et la troupe a été chaleureusement applaudie à la fin du spectacle. Une petite dizaine de spectateurs, cependant, a quitté discrètement la salle en cours de représentation, refroidie peut être par l’aspect répétitif et minimaliste des chorégraphies de Tao Ye

Car minimalistes, les pièces de ce jeune chorégraphe de 29 ans le sont. A commencer par les titres, de simples numéros. Les danseurs ensuite, androgynes, abstraits, ondulant en rythme et à l’unisson dans un mouvement répétitif et quasi hypnotique. Dans la première partie, la musique de Xiao He accompagne leurs mouvements. Dans la deuxième, seuls les sons émis par les danseurs troublent le silence. L’absence enfin de toute représentation ou narration, pour mieux laisser la place  au corps en mouvement.
 
Si Tao Ye n’aime pas que l’on décrive ses pièces comme minimalistes, il reconnaît un goût certain pour bousculer les habitudes et aller à contre-courant des modes. Que l’on aime ou pas, les créations de ce jeune prodige ne laissent pas indifférent. Elles avaient déjà séduit le public parisien en octobre 2014 au Théâtre des Abbesses, et rencontrent l’adhésion des spectateurs à Londres, Singapour et New York. 

Tao Ye (à gauche) et son manager des tournées

Votre création est composée de deux pièces, 6 et 7. Dans "6", les danseurs sont vêtus de noirs et dansent dans la pénombre, alors que dans "7" l’univers est totalement blanc. Un contraste qui fait penser au Ying et au Yang.  Etes-vous influencé par la pensée taoïste ? 

Tao Ye: N’ayant jamais étudié le taoïsme, je ne me considère pas un disciple de cette pensée. Si je suis forcément influencé par la culture chinoise, ma création est avant tout une expression personnelle. Avec 6 et 7, j’ai cherché à montrer un contraste. Dans la première partie, "6", l’environnement est artificiel. La conjugaison de la musique, de la lumière et de la fumée créent une belle atmosphère, mais c’est une beauté trompeuse. A l’inverse, "7" est complètement épurée, plus authentique. 

Dans chaque pièce, vos danseurs ondulent leurs corps à partir des hanches et des torses, dans un rythme saccadé et parfaitement synchronisé, pendant environ 30 minutes. Pourquoi ce mouvement répétitif et l’importance donnée à cette partie du corps ?
 
Tao Ye: En chinois il y a un proverbe shou zu wu dao (手足舞蹈) qui signifie « danser avec les pieds et les mains ». Le mot wu dao (舞蹈), danse, veut dire en fait les mains et les pieds et la danse en Chine met l’accent sur ces parties du corps. Cette année j’ai créé une nouvelle pièce qui s’appelle "8". 6,7 et 8 forment une ligne droite qui met en avant la puissance du mouvement de la colonne vertébrale. C’est cette partie de notre corps qui, en nous permettant la verticalité,  nous donne accès à la conscience, au raisonnement, à la liberté de pensée. 

Le rituel de la répétition est pour moi essentiel, c’est une règle naturelle. Quand le corps est poussé à son extrémité, il atteint une forme de vérité, les pensées se taisent et l’homme entre en communion avec l’environnement…en cela je me rapproche de la philosophie taoïste. 



Quel regard portez-vous sur la danse en Chine ? 

Tao Ye: Je pense qu’elle n’est pas aboutie. Beaucoup de chorégraphes chinois sont encore dans une phase d’expérimentation, dans laquelle ils mêlent souvent tradition chinoise et influences occidentales. La danse classique chinoise par exemple est un mélange entre le ballet occidental et la danse traditionnelle chinoise.  

Pour moi le problème actuellement c’est le recours trop important à la lumière, aux décors, au multimédia alors que le travail corporel, la substance, sont négligés. Je cherche à aller à l’encontre des tendances de notre époque, trop centrée sur la consommation et la rapidité et où les gens ne prennent plus le temps de réfléchir et gaspillent les ressources de la terre avec leur avidité. Je n’ai pas envie de suivre ce courant, de produire des choses nouvelles et à la mode qui sont faciles à faire mais sans intérêt.  

Pauline Bandelier



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