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Lao Shu ou l’Art pour tous

2018-08-03 17:34:29 Le 9 Kavian Royai

Lao Shu est l’un des peintres et poètes chinois actuels les plus populaires en Chine.
 Pour la sortie de son livre, traduit en français aux éditions Philippe Picquier, Un monde simple et tranquille, il est venu découvrir la France. Nous sommes allés l’interroger lors de sa masterclass de peinture chinoise donnée à l’Institut Confucius de l’Université Paris- Diderot. Rencontre avec un lettré du XXIe siècle.

Un beau livre que publient cette année les éditions Piquier. Presque un livre d’images pour adultes. En l’ouvrant, on ne peut s’empêcher d’être immédiatement happé par la sensation de calme et d’apaisement qui se dégage de chaque page. Un apaisement que la peinture chinoise traditionnelle a toujours eu le chic de savoir provoquer, mais qui vient aussi de la simplicité de la poésie qui accompagne chaque peinture, de la tendresse des éléments, fleurs, animaux, objets du quotidien qui y figurent, et de l’humour d’un personnage récurrent : Monsieur Minguo (de Zhonghua minguo 中华民国 « République de Chine », le nom du régime politique en Chine continentale de 1912 à 1949). Un homme en tunique traditionnelle, portant un chapeau à l’occidentale, sans visage et dans des situations auxquelles chacun peut s’identifier. C’est cette combinaison qui a fait de Lao Shu, Liu Shuyong de son vrai nom, un véritable phénomène en Chine.

En 2011, Liu Shuyong décide de publier chaque jour sur son compte Weibo (le Twitter chinois, près de 400 millions d’utilisateurs revendiqués) une peinture assortie d’un petit poème. Mais il n’en est pas à son coup d’essai : alors âgé de 49 ans (né en 1962), diplômé en littérature chinoise de la célèbre Université Nankai de Tianjin, peintre doué, il est professeur d’Art à l’Université centrale d’économie et de finance à Pékin depuis une trentaine d’années déjà, et un redoutable critique en photographie, reconnu depuis longtemps. Les états d’âme de Monsieur Minguo font tout de suite écho chez de nombreux Chinois qui trouvent dans ces images un peu de réconfort au milieu de leur le métro-boulot-dodo quotidien. Aujourd’hui, le compte de Lao Shu présente plus de 1,6 million de fans. En 2015, il rassemble ses œuvres et publie son premier livre, Zai jianghu ( 在 江 湖 ). Celui-ci sort cette année, et c’est sa première traduction en langue étrangère, en français : serait-ce là la marque d’une empathie particulière de Lao Shu, souvent défini comme le « Sempé chinois », avec les Français ?

Un livre tout de douceur qui contraste avec son auteur. C’est que M. Liu en impose : un homme grand, du nord, originaire du Shandong, le crâne luisant, la voix grave et tonitruante, le tempérament franc et direct : un cœur délicat dans une allure de brute.

« C’est vrai que j’ai une personnalité un peu double, avoue en riant l’artiste. D’ailleurs quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds pour plaisanter que je tue des cochons ».

Le 9 : Peinture, poésie, photographie, vous gravez aussi vos propres sceaux... Il n’est pas un art qui vous échappe.

Liu Shuyong : « Oui, la gravure sur bois aussi... Dernièrement je m’intéresse à la céramique, j’emprunte les fours de l’école et je fais mes propres céramiques. Je fais un peu de tout, je fais ce qui me plaît. Personne ne m’en empêche, je suis plutôt content. »

Le 9 : Alors comment vous définir ?

L. S. : « En général, on définit les gens par leur profession. Dans ce cas, je suis enseignant. À l’Université. Quel type d’enseignant ? Sûrement pas le genre modèle ! Je ne me considère pas comme un peintre professionnel. Pour moi l’important, c’est l’expression individuelle. Si je n’ai pas d’inspiration, je ne peins pas. Pas d’obligation. »

Le 9 : N’êtes-vous pas un poète également ?

L. S. : « Ha ! Dans la conception traditionnelle de l’art en Chine, les peintres étaient inférieurs socialement aux poètes. Même l’empereur se devait d’être un bon poète pour bien régner ! Ça ne fait pas longtemps qu’on donne de l’importance aux peintres. C’est vrai que dans les années 80, « être poète » c’était très à la mode, puis c’est devenu un peu ridicule avec la poursuite des réformes économiques. Mais maintenant ça revient, et les gens vous donnent des cartes de visite avec écrit dessus « poète » au lieu de « directeur » ! Ce n’est pas forcément bien. Je ne trouve pas que l’art est prioritaire sur d’autres domaines ou professions. Par exemple, je fais très bien aussi le tofu frit ! »

Le 9 : Pourquoi ce titre en chinois, Zai jianghu ( 在 江 湖) ? (Ndlr : « dans le jianghu », jianghu littéralement « fleuves et lacs », une expression chinoise polysémique)

L. S. : « Dans le passé le jianghu, c’était la société, la couche qui n’avait pas de lien avec l’État et la politique, c’était aussi le monde parallèle des justiciers et des hors-la-loi. Quand j’ai commencé à poster sur Weibo en 2011, j’ai reçu beaucoup de réactions diverses. Comme j’enseigne à l’université, je n’ai pas trop de liens avec le monde extérieur. C’était là la première fois que j’ai ressenti ce « jianghu », que je suis allé à la rencontre des gens et que j’ai vu comment ils réagissaient aux dessins, etc. »

Le 9 : C’est très différent du titre français Un monde simple et tranquille, c’est même un peu contradictoire non ?

L. S. : « En fait le livre en chinois n’a pas exactement le même contenu. Dans la version chinoise, il y a plus de 140 000 caractères, beaucoup de photographies, etc... la version française a été modifiée mais il y a aussi du contenu nouveau. Il n’y avait pas nécessité de redonner le même sens. »

Le 9 : Comment arrivez-vous à concilier ce style à la fois pur et frais tout en gardant une forte composante traditionnelle ?

L. S. : « D’abord, j’ai eu une formation en lettres. Plus tard, j’ai voulu changer de spécialité pour étudier les beaux-arts, mais ma demande a échoué, ce que je ne regrette pas aujourd’hui. Avec l’âge, je me suis rendu compte que la culture traditionnelle, c’est ce qu’il y a de plus important. J’ai eu beaucoup de très bons professeurs qu’on ne trouve plus aujourd’hui, des vieux professeurs de Xinan lianda (Ndlr : Xinan lianda, Alliance nationale des Universités du Sud-Ouest, rassemblant les Universités de Pékin, de Qinghua et de Nankai réfugiées en 1937 à Kunming au Yunnan pendant la guerre sino-japonaise), comme Ye Jiaying, un grand maître du shi et du ci (Ndlr : Shi et ci sont des formes de poésies chinoises), aujourd’hui âgée de 94 ans. C’était un honneur de recevoir leurs enseignements. C’est ce qui m’a permis d’être un connaisseur de l’art sans avoir étudié les beaux-arts. Mais en vérité, la structure de mes peintures est très différente de la peinture traditionnelle : j’ai été trop influencé par la photographie, qui obéit à des règles de perspective complètement différentes.

« Ensuite, c’est la question que je me pose dans mes recherches : comment faire pour que tout le monde puisse comprendre mes peintures ? Quand on professionnalise trop, ça devient un obstacle, beaucoup de gens ne comprennent plus. Pareil pour mes sceaux : plus personne ne sait lire l’écriture xiaozhuan qu’on utilise sur les sceaux, du coup, j’ai changé mes sceaux en songti. Ça permet une meilleure diffusion. (Ndlr : xiaozhuan est un style d’écriture des caractères datant de l’antiquité. Le style songti, mis au point au XIVe siècle, est à la base des polices de caractères modernes).

Mais si la peinture me prend peu de temps, peut-être un jour ou deux, la poésie, c’est une autre paire de manches ! Une fois le poème écrit, je vais le modifier, le réécrire, pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’il soit absolument intelligible par tous au premier coup d’œil, car si on ne fait pas attention, là aussi, beaucoup de gens ne comprendront rien. À notre époque, les poèmes traditionnels, avec leurs règles complexes de rimes, de rythmes, posent des problèmes à la lecture rapide. Encore, mon problème est de savoir comment divulguer mes poèmes. Mais il faut garder aussi le côté « poésie ancienne » ! Au début sur Weibo, beaucoup de gens s’offusquaient et m’insultaient : « qu’est-ce que c’est que cette poésie de m... ?! », parce que je ne suivais pas les règles de la poésie traditionnelle. À ces gens-là, je leur répondais ainsi :

1. Merci pour votre enseignement.

2. Pourriez-vous s’il vous plaît, écrire vous aussi un poème sur ce thème afin de me montrer l’exemple ?

3. Merci d’avance.

L’expérience montre que plus personne n’osait revenir à la charge. Je suis sûr que beaucoup de gens ont essayé sérieusement, avant de se rendre compte qu’il est plus facile d’insulter que d’écrire soi-même un poème. Et puis une fois écrit, encore faut-il avoir l’audace de le publier sur mon compte, et subir l’examen de centaines de milliers de fans : un gros risque !

« Vous savez, on regarde toujours la poésie des Tang comme la quintessence de la poésie chinoise. Mais quand on regarde l’histoire, on voit que les premières poésies, celle du Shijing (Ndlr : le Classique des poèmes, un recueil antique de poèmes et chansons dont la compilation est traditionnellement attribuée à Confucius), étaient spontanées, elle paraissent naturelles comme les plantes, la nature, qu’elles aiment à décrire. La poésie des Tang avec toute sa complexité, était faite pour être déclamée. Puis par la suite, la poésie était faite en imitation et s’est retrouvée ornée avec des batteries entières de citations. Si, à partir des Tang, on a eu une poésie régulière, ce n’était pas le cas avant : une période d’au moins 1 600 ans avec des poètes tout aussi fantastiques. D’où moi je dis : eh bien, j’écris de la poésie pré-Tang ! »

Le 9 : Quant à M. Minguo, d’où vient un tel personnage ?

L. S. : « Il y a deux raisons. La première est que j’ai travaillé plus de 10 ans dans l’édition et que mon travail touchait surtout à la période d’avant 49, particulièrement le XXe siècle et la fin des Qing. J’étais responsable essentiellement de l’iconographie. J’ai nagé là-dedans pendant des années, des photos en noir et blanc, des Chinois en tuniques, etc. Ces images me sont venues naturellement à l’esprit. La deuxième raison, pour laquelle je me suis fixé sur cette image, c’est que les dessinateurs doivent avoir un symbole qui les représente et qui puisse exprimer toutes sortes de choses. M. Minguo me représente. Et puis, tout ce qui était de l’époque Qing m’est apparu particulièrement décadent. Sur toutes les photos que j’ai pu voir de l’époque Qing, les gens avaient l’air de manquer de vigueur. À l’inverse, un personnage d’aujourd’hui, ça aurait été trop proche. Il fallait une certaine distance avec la réalité. L’époque républicaine, c’était parfait, ni trop éloignée, ni trop proche. Au début il avait même un visage. Un jour, je me suis arrêté en cours de route pour aller manger. En reprenant mon dessin, je me suis rendu compte que sans visage, c’était pas mal. En fait tout peut être exprimé sans visage. Les mains par exemple, sont très expressives, la preuve c’est que souvent on ne sait pas où les mettre. »

Le 9 : « Un monde simple et tranquille » et l’utilisation des nouveaux médias, est-ce paradoxal ?

L. S. : « Non, parce que d’une part, les médias et les arts visuels font partie de mon domaine de recherche. D’autre part, c’est parce que je suis dans les médias que j’aime exprimer la simplicité. À l’inverse, si j’étais moi-même dans un univers tranquille, j’aurais probablement aimé m’exprimer de manière excitée et intense, c’est une relation de compensation. Vous savez, ma vie est très tourmentée, je dessine mes espoirs, pas la réalité. C’est pour me reposer. Si je suis content ou en colère, je vais canaliser tout ça dans mes peintures. »

Le 9 : Quels sont vos tourments ?

L. S. : « Je suis responsable de tout un département à l’Université. Les étudiants me posent sans cesse des questions ; à côté, il y a mes recherches. Et puis vous pensez bien, la vie à Pékin, sans tourments ? Impossible. »

Le 9 : Qu’est-ce que vous enseignez à vos étudiants ?

L. S. : « J’enseigne la photographie. Au fond, j’essaie de leur inculquer deux choses : la sincérité et la liberté. Par sincérité, j’entends le respect de soi-même avant tout. On peut tromper le monde entier, mais pas soi-même. L’autre jour un gamin me demandait justement : Quel est le sens de la vie ? Évidemment que la vie, ça n’a aucun intérêt. Quand vous naissez, le seul choix qui vous reste, c’est vivre ! Ça n’a aucun sens. Depuis petit, je cultive ce nihilisme. Pas la peine de parler de philosophie ou de je ne sais quelle grande idée. L’important, c’est de se respecter et d’être heureux.

« Par liberté, j’entends la liberté de s’exprimer sans entrave. Un peu comme un bébé qui dessine comme bon lui semble. D’ailleurs j’ai gardé tous les dessins que ma fille a faits depuis petite. Je les regarde de temps en temps, il y en de magnifiques ! Pour atteindre ce niveau de liberté, c’est très difficile, il faut oublier tout ce qu’on a appris auparavant, ça demande une force énorme (Ndlr : Picasso disait la même chose...). C’est un peu comme la philosophie à la base de l’école du Bauhaus dans les années 20 : il faut tout réapprendre de zéro.

« J’aide beaucoup mes étudiants. Par exemple, pour ceux qui ont du mal à trouver un job, je les autorise à commercialiser gratuitement mes œuvres. En ligne, vous trouverez toutes sortes de produits basés sur mes peintures, je n’ai pas la main dessus : ce sont mes étudiants.

« Depuis 3-4 ans, j’ai remarqué aussi un phénomène intéressant : parmi mes étudiants, il y a un groupe d’anciennes étudiantes en gestion-économie. Des gens doués qui ont réussi dans les affaires, le genre de personnes qui viennent en France acheter vos produits de luxe et vos châteaux de vin et qui lassées, finissent par ouvrir des salons de beauté ou des centres de fitness. À la fin, après avoir compris que l’argent ne fait pas le bonheur, elles atterrissent dans mon cours, et elles participent, même plus que les autres ! Ça montre que la culture reprend de l’importance en Chine, c’est une bonne chose. »

Le 9 : Vous êtes aussi photographe et critique de renom. Pourquoi est-ce si difficile de trouver vos photos ?

L.S. : « Oui, à la base je suis critique en photographie, depuis 22 ans déjà. J’ai en effet un principe que je me suis imposé : du fait de ce statut, je ne publie jamais mes propres photos. Il y a très longtemps, je les avais publiées dans certaines revues en France, en Italie et au Japon. Dans les années 80, il y avait encore des sujets sensibles sur lesquels on ne pouvait pas parler en Chine. Ce sont des amis qui étaient allés porter mes photos à l’étranger. Maintenant je fais moins de critique, donc je recommence petit à petit à publier. Je suis justement en train de compiler un livre de photographies qui devrait sortir en fin d’année. Des photos de 1988 à aujourd’hui environ, avec une majorité de photos d’avant 2010. »

Le 9 : Dans l’un de vos fameux articles, vous parliez des quatre défauts de la photographie chinoise : un goût démesuré pour la paysannerie et la pauvreté, un goût démesuré pour les« grandes réalisations » plutôt que les petits exemples de la vie quotidienne, l’accaparement de cet art dans les mains d’une classe d’aristocrates, et enfin, une vision esthétique simpliste... Ces problèmes existent-ils toujours ?

L. S. : « Un vieil article de 1993. À l’époque ces problèmes sévissaient dans la photographie chinoise, mais en fait maintenant aussi, si ce n’est même pire ! »

Le 9 : Vraiment ?

L. S. : « Oh oui ! C’est devenu un passe temps pour riche qui aime en faire étalage. Prenez la marque Leika par exemple, ceux qui achètent cette marque sont japonais ou chinois pour la plupart. Sans ces deux pays, cette marque aurait périclité depuis longtemps !

À côté de cela, la photographie est aussi devenue un outil de communication au service du politique : on narre les exploits politiques en montrant combien le pays est grand et beau à travers des photos grandioses. Là aussi c’est un problème de plus en plus grave. »

Le 9 : Et à comparer avec la photographie de l’époque républicaine que vous connaissez bien ?

L. S. : « C’est très différent. C’est à partir de 1949 que la photographie est devenue un outil au service du politique. Tout était assez factice, par exemple on prenait des photos de moisson pour montrer combien la récolte était bonne dans tel ou tel village, alors qu’en fait c’était peut-être la récolte de plusieurs villages ! Dans les années 80, les jeunes photographes ont commencé à s’intéresser à l’étranger, à entendre parler de Bresson, de Brassaï, et ont pris conscience que la photo, c’est une expression sincère de soi ! Ils ont commencé à faire des photographies plus réalistes, sauf que beaucoup de choses ne pouvaient être publiées. On appelait alors ça « la face sombre du socialisme » : seules les choses positives et éclatantes devaient être montrées. À la fin des années 80, les médias, les photographes, ont peu à peu fait face à ce problème. Une fois en Mandchourie, il y a eu un gros incendie où toute une forêt a été réduite en cendres. Beaucoup de gens étaient allés prendre des photos et les avaient publiées, des images de catastrophe. Les autorités se sont retrouvées devant le fait accompli. Depuis, cette liberté s’est gagnée petit à petit par les efforts des photographes. Ils ont toujours essayé de prêter attention à ces problèmes, la pollution, etc. Je prête surtout attention à ces photographes-là. Leurs manières de faire et de penser sont très proches des photographes occidentaux. Le but aujourd’hui en photographie, ce n’est pas de se mettre au service d’une communauté, mais de se défaire de tout ça. Mes recherches en photo portent essentiellement là-dessus.

« Sous l’époque républicaine, ça n’avait rien à voir. Il y avait toutes sortes de photographes, chinois, étrangers, des professionnels, des missionnaires, des voyageurs, comme ce Français, Auguste François (Ndlr : un consul de
France à Kunming) qui a pris beaucoup de photos excellentes, exposées dans un musée à Kunming désormais. Mais à l’époque, rares étaient les Chinois qui avaient des appareils. La photographie d’alors, comme partout, relevait plutôt du journalisme, il n’y avait pas de différence. Aujourd’hui on appelle les années 30, les « 10 années d’or » : sur tous les plans, c’étaient les meilleures années du XXe siècle. Il y a eu de fulgurantes évolutions, Shanghai était très en avance ! Après, toute la Chine a rétrogradé de plusieurs années par rapport au reste du monde. Hélas... »

Le 9 : Comment s’est passée votre enfance ?

L.S. : « J’ai eu une enfance assez heureuse, à la campagne dans les montagnes. C’était la Révolution culturelle, alors on n’allait pas à l’école, c’était super ! Tous les jours, on appelait à la révolution, on imitait les militaires, comment prendre le fusil, etc. Et puis, surtout, on apprenait à fabriquer des mines. »

Le 9 : Des mines !?

L. S. : « Oui, oui des mines anti-personnelles, BOOOUM ! On apprenait ça depuis petit. Vous imaginez, si les États-Unis venaient nous attaquer, chacun devait être en mesure de se changer en guerrier. C’est ma spécialité, je sais faire plein de mines différentes ! Je n’aurais aucun problème à devenir terroriste (Rires). Heureusement, il n’y a pas que ça, la campagne, ça m’a donné un vif un intérêt pour la nature, une sensibilité que n’ont malheureusement pas beaucoup de mes étudiants quand je les emmène dehors pour peindre. Les fleurs, les nuages, les montagnes, j’en suis très familier. Par exemple quand je viens à Paris, que je vois ces plantes que je n’ai jamais vues, il faut que je les identifie. Tout ça sert énormément en peinture. »

Le 9 : Vous vous êtes arrêté de peindre pendant presque 20 ans. Pourquoi ?

L. S. : « Je n’arrivais pas à peindre, et on me disait que je peignais comme tel ou tel peintre, c’était un peu insultant. Puis je me suis marié, j’ai eu un enfant, j’ai été occupé à d’autres choses. À l’époque, personne non plus n’achetait de peinture, c’était une carrière difficilement envisageable. »

Le 9 : Maintenant c’est l’inverse ?

L. S. : « Non, mais maintenant je peins avec beaucoup de satisfaction, c’est un processus très joyeux, je n’ai aucune pression, ça me permet de calmer toutes mes tensions. Je n’ai jamais pris la peinture pour un art très important, ni l’art en général. La vie est plus importante. Je peins pour moi, pas pour les autres. »

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