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Regard sur la Chine

Ma grand-mère de Lhanze Namgyel

Je veux commenter  Sonia Bressler 2014-10-01 23:56:49    Source:Chine-info.com

C’est une douce mélodie, celle des hauteurs du monde. Le vent souffle un peu sur les plaines du plateau tibétain. Cette région attise les regards, les discussions houleuses, mais que savons-nous de cette région autonome de Chine ? Que savons-nous de ses habitants ? 

J’ai pris le temps de revoir plusieurs fois le documentaire de Lhanze Namgyel. Plusieurs raisons à cela, d’abord parce que je garde en mémoire la discussion le jour de notre rencontre, ensuite parce que l’exercice du documentaire est très difficile et exigeant. Contrairement au reportage, le documentaire présente une réalité sans la farder, sans la transformer. C’est une caméra qui laisse le temps dessiner les éléments du réel.  C’est un partage.  

Dès les premières images du film « Ma grand-mère » de Lhanze Namgyel, j’ai été touchée. Il faut prendre le temps de rentrer dans l’histoire de sa famille.  Comment parler sa famille ? Comment écrire et laisser parler son entourage sans vouloir intervenir. C’est cet équilibre subtil que la réalisatrice a su trouver.  

En tant que petite fille, elle pose des questions à sa grand-mère, elle l’observe, l’embrasse, partage son quotidien. C’est son rôle, la caméra n’est alors là que pour être l’amie de la famille, le prolongement de l’œil de la petite fille qui questionne le monde. La grand-mère de Lhanze a traversé l’Histoire, celle de sa région et celle de la Chine. 

Au fil des questions et des conversations, nous entrons dans le rythme du quotidien. Nous suivons la grand-mère dans ses prières, ses réflexions, dans ses gestes qui parcourent le temps et l’espace de son présent. Il y a une poésie suspendue à cette volute d’encens qui disperse l’espace. Le confort moderne n’efface pas les traditions.  Autour de la table on discute du goût des raviolis, on échange peu, en fond la télévision se fait entendre. Puis c’est le moment de la récitation des mantras.  Le rythme des mots, le chant des textes.  Pourquoi lit-elle tous les jours le livre du « Tantra » ? Simplement parce qu’il faut réussir à en saisir le sens, répond-elle.  Puis en riant, elle avoue ne pas arriver à le mémoriser.   

Avec douceur et sincérité, elle raconte son mariage avec un instituteur accroc à l’opium dont elle était amoureuse. Mais lui ne s’est pas marié avec elle par amour ou affection, non juste car il pensait qu’elle possédait une fortune. Au bout de quelques mois, il est parti. Elle était enceinte. Elle l’a retrouvé, il lui a fait la promesse de revenir, puis il y a eu le soulèvement à Lhassa. Il a fui en se faisant passer pour un népalais. Elle s’est rendue à Pékin, elle a accouché de sa fille, la mère donc de Lhanze. C’est un trio de femmes, une transmission, un héritage qui se déroule sous nos yeux. Puis, la grand-mère poursuit l’histoire, « je suis revenue  à Lhassa avec ta mère quand elle avait deux ans. Elle parlait, elle demandait ce que c’était ces yaks, etc. ». Avec justesse, la réalisatrice lui demande « pourquoi ne lui as-tu pas appris le tibétain ? »  La réponse se fait en toute simplicité « tout le monde parlait chinois autour de nous que l’on soit ouïghours, mongols ou tibétains, de plus la nounou qui était avec nous était chinoise. Nous parlions donc tous au quotidien en chinois ». 

Il y aurait une somme infinie de petits détails que nous pourrions ainsi évoquer. Mais il faut juste prendre le temps de savourer ce premier documentaire de Lhanze Namgyel. C’est une entrée dans son intimité familiale, c’est une écriture douce, pleine d’amour et de compassion. C’est avant tout une ode, une rencontre poétique qu’il faut savourer. 


Sonia Bressler



Documentaire: Ma grand-mère 

Réalisé par: Lhanze Namgyel

Durée: 48’ minutes




Lhanze Namgyel 

Née à Lhassa, Lhanze quitte le Tibet à l’âge de 12 ans pour suivre sa scolarité à Shanghai dans un collège tibétain puis fini son lycée à Pékin, toujours dans un établissement tibétain.

En 2004, elle commence des études de français et d’anglais à l’Université des langues étrangères de Shanghai.

Lhanze arrive en France en 2009 pour suivre des études de cinéma respectivement à l’ESEC (Ecole Supérieure d’Etudes Cinématographiques) puis à Paris 3 Sorbonne-Nouvelle. Lhanze est diplômée en Master 2 en 2014.

Son documentaire, “Ma grand-mère” a été présenté au Festival des documentaires ethnographiques Jean Rouche en 2013.



Découvrez le documentaire de Lhanze Namgyel, “Ma grand-mère”:


Ma grand-mère from Lhanze Namgyel on Vimeo.

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