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Regard sur la Chine

La France et la Chine, partenaires pour un même avenir

Je veux commenter   2015-04-08 10:49:04    Source:Chine-info.com

Notre journaliste a interviewé l'Ambassadeur de France en Chine, M. Maurice Gourdault-Montagne, lors des Deux Sessions au mois de mars 2015.


Vous avez participé aux Deux Sessions qui ont eu lieu au mois de mars?

Maurice Gourdault-Montagne: Oui, j'étais aux deux ouvertures. Les Deux Sessions sont des moments très importants pour nous. Car c'est intéressant de voir l'analyse que la Chine fait d'elle-même et comment elle regarde l'avenir, ce qui nous permet de nous adapter, pour mieux comprendre quelle politique de partenariat on doit pouvoir mener avec la Chine en accompagnement des décisions de la Chine, dans le domaine de l'énergie, de l'environnement, de la santé, et un certain nombre de secteurs dans lesquels la manière dans laquelle les choses sont dites, nous permet d'adapter notre coopération. Surtout lors de visites importantes, comme celle du Premier Ministre Li Keqiang à Paris à la fin du mois de juin, pour laquelle nous avons un certain nombre de projets, ce qui nous permet de mieux connaître la direction à prendre pour accompagner la Chine dans son développement et ses réformes.

Quels sont les domaines qui vous intéressent le plus dans les Deux Sessions de cette année?

MGM: Tous les domaines, toute la partie économique sur la réforme de l'industrie, sur la partie environnementale, la partie de l'agriculture, l'urbanisation, qui sont tous des axes de coopération pour la France et la Chine.
Nous savons que la Chine prépare le 13ème plan, donc à partir des conclusions des Deux Sessions de cette année, des choses vont être précisées dans le plan. Nous nous adaptons, nous essayons d'être les meilleurs partenaires de la Chine, dans la bonne confiance et dans le bénéfice réciproque et bénéfice mutuelle de cette relation.

En réponse à la première question posée par un journaliste du Financial Times lors de la conférence de presse donnée par Li Keqiang concernant les investissements chinois à l'étranger, le Premier Ministre chinois a souligné que le gouvernement chinois soutenait les entreprises chinoises qui souhaitent investir à l'étranger.

Cela confirme ce que nous avons entendu dans les discussions entre nos deux Premiers ministres, quand le Premier Ministre français a été reçu par le président chinois Xi Jinping.
Aujourd'hui, il ne s'agit pas seulement de faire du commerce mais aussi d'investir. L'investissement permet de construire l'avenir ensemble. Le Premier Ministre Manuel Valls était venu avec un message pour les autorités chinoises qui était: "Nous sommes ouverts aux investissements, créons les conditions" et ce message s'adresse aussi aux investisseurs chinois à qui nous essayons d'expliquer qu'il y a de bonnes conditions d'investissement en France. Nous avons une main d'oeuvre bien formée, des traditions industrielles et productives, des infrastructures et des capacités d'innovation considérables. Et nous encourageons les entreprises à faire de la recherche par des dispositifs fiscaux favorables.
La France est très bien placée sur le plan géographique car située en Europe, elle regarde également l'Afrique du nord et l'Afrique occidentale où nous avons des traditions. Aujourd'hui, nous souhaitons pouvoir continuer à contribuer au développement de ces régions par des investissements qui viennent de France et qui peuvent être réalisés avec des partenaires chinois.
Nous avons mis en place le dispositif d'une agence unique, avec un guichet unique, qui s'appelle Business France, qui accompagne les investisseurs.

Comme l'a évoqué le journaliste du Financial Times concernant le fait que les investissements chinois sur le marché de l'immobilier ont provoqué une hausse du prix de l'immobilier américain, est-ce que vous pensez que le même phénomène existe en France?

MGM: La France a l'avantage d'être un pays où il n'y as pas de bulle immobilière. A Paris, le marché est stable donc l'immobilier est un investissement stable.
En France, nous avons aussi des investissements chinois productifs dans des usines (ex: le lait en Bretagne, des roues de TGV à côté de Valenciennes, etc.), des investissement d'avenir (aéroport de Toulouse) ou encore des investissements qui sont la poursuite d'une grande réussite (Fosun dans le Club Méditérrannée, les grands hôtels à Paris, etc.). Nous commençons donc à bien nous connaître avec les investisseurs chinois. Je pense que plus le temps va passer et plus les chinois vont se sentir à l'aise dans les investissements qu'ils peuvent faire en France et plus les français vont aussi se sentir à l'aise avec leurs partenaires chinois. Nous sommes dans la phase d'apprentissage et pour le moment, nous avons une série de réussites franco-chinoises en matière d'investissement.
Investir en France ne signiefie pas investir dans un pays isolé mais dans la zone euro où il y a 300 millions de consommateurs, avec deux grandes économies qui sont l'économie française et l'économie chinoise qui font près de 50% de l'ensemble du PNB de la zone euro. Je pense que la Chine est aussi intéressée par l'idée de partenariat avec des partenaires égaux. Le message français d'aujourd'hui est "Venez, vous êtes les bienvenus!"

Dernièrement, sur la question des investissements chinois à l'étranger, M. Zhai Jun, Ambassadeur chinois à Paris, pense que pour une première étape, les grands investisseurs chinois ne devraient pas limiter leur attention sur le bénéfice.

MGM: Il a raison. L'investissement ne doit pas as être vu seulement dans un objectif de spéculation. Un investissement, c'est construire l'avenir, et les investissements faits par les chinois en France sont généralement des investissements de long terme dans un marché stable et profond. 
En particulier, dans une période très propice aujourd'hui avec la baisse de l'euro, il y a une opportunité particulière à venir en France pour investir dans le long terme et non pas pour faire de la spéculation.

Xi Jinping a lancé l'année dernière, une politique stratégique: "Une ceinture, une route" (一带一路). Selon vous, quel rôle va jouer la France dans cette stratégie?

MGM: Je pense que c'est une politique très audacieuse avec une vraie vision d'avenir. Je pense que les français n'ont pas encore pris la mesure de l'importance de cette politique et de cette vision, car c'est un concept "souple", qui s'adapte à la géographie, à des partenariats très diversifiés. Et je crois que notre intérêt est d'entrer dans cette réflexion et dans cette action sur "Une ceinture, une route", de la Route de la Soie.
Je crois qu'il faut aller résolument aux côtés de la Chine dans cette politique et il faut trouver le moyen de faire en sorte que la politique d'investissement en Europe (les 300 milliards, décidés par la commission pour des infrastructures dans le domaine de l'éducation, de la santé, de transport, etc.) que nous menons puisse trouver un point de contact avec la politique de la Route de la soie.
Je pense que c'est un concept très important et très intéressant pour l'Europe et pour la France.

Quelques mots sur la coopération décentralisée?

MGM: La coopération décentralisée est un accompagnement très important, c'est un autre volet de la coopération qui existe en nos deux pays.
Depuis la visite du président Xi Jinping, nous avons maintenant un dialogue sur les échanges humains entre nos pays, un dialogue de stratégie globale, un dialogue économique et financier. Nous aurons bientôt une deuxième session de dialogues sur les échanges humains. Et dans le programme des discussions, il y a les relations entre les collectivités locales, parce que'il s'agit d'hommes et de femmes au quotidien dans les villes, les provinces et les régions.
C'est donc très important que chaque citoyen porte avec lui la volonté de connaître les partenaires dans des projets, dans des échanges, et notamment par la connaissance culturelle. Ce dialogue sur les échanges humains s'applique à travers les collectivités et aujoud'hui, il faut créer des synergies entre l'action des états et l'action des collectivités territoriales qui cherchent des partenariats de développement et de mobilité de personnes.

A la fin de l'année, la France va être le pays hôte de la 21ème Conférence de l'ONU sur le climat. Sur la question du climat, M. Chen Jining, nouveau ministre chinois de la Protection de l'environnement, a souligné l'importance du principe de la responsabilité commune mais différenciée. Quelle est votre opinion sur ce sujet? Quelles sont vos attentes vis à vis de la Chine?

MGM: Cette conférence sur le climat est très importante car elle doit renouveller les engagements de Rio. Les conclusions des scientifiques montrent qu'il faut absolument prendre des décisions maintenant, partout dans le monde, pour éviter, dans les cent années qui viennent, une augmentation de 2 degrés de la température. Il y a beaucoup de manières de le faire.
La France, en tant que pays hôte d'une telle conférence, a pour objectif de parler avec les principales parties prenantes, pour aboutir à un accord qui tienne compte la "responsabilité commune mais différenciée". L'essentiel est que lorsque l'on fera une consolidation des annonces des uns et des autres, nous soyons sur une trajectoire dynamique, qui concerne les états et les engagements des collectivités locales (bientôt une conférence "Climat et territoires" à Lyon).
La troisième dimension, qui est industrielle et économique, est ce que l'on appelle "l'agenda des solutions", c'est à dire l'économie verte. Là-dessus, la Chine a pris des décisions très importantes liées à la "nouvelle normalité" (新常态). 
La Chine est évidemment un partenaire majeur dans ce débat. Elle a montré lors des Deux Sessions que la dimension de l'environnement est une dimension prioritaire.

Vous travaillez en Chine depuis environ six mois, quelle est votre impression sur le brouillard de pollution et sur l'amélioration de cette situation?

MGM: Je pense que la Chine a pris des décisions courageuses et sages, qui sont liées aux réformes, c'est pour ça que je suis confiant.
Mais je vois le problème que c'est devenu, pour une journée comme aujourd'hui par exemple, mais nous avons aussi de belles journées. Donc l'effort en vaut la peine.

L'année dernière, lors du 50ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques franco-chinoises, la France avait mis en place le visa en 48h. Le nombre de touristes chinois en 2014 a atteint 2 millions et M. Fabius souhaite que ce chiffre aille jusqu'à 5 millions...

MGM: M. Fabius a joué un rôle décisif dans l'affaire des visas, il a pris cette décision symbolique d'ouverture de la France vis à vis des amis visiteurs chinois.
Nous avons facilité aux visiteurs la possibilité de venir en France en 48h, c'est donc assez facile de venir. Il faut avoir un projet de voyage et des garanties financières, avec quoi 95% des demandes sont acceptées; nous n'avons que 5% de refus, c'est dire la confiance qui existe! Tous les pays ne font pas ça.
Nous voulons faciliter aussi les déplacements des gens qui font des aller-retours fréquents. Nous avons livré de plus de plus de visas de circulation, jusqu'à 5 ans. Nous aimerions que dans l'autre sens, nos amis chinois nous facilitent les choses.

Pouvez-vous présenter l'opération Goût de France / Good France ?

MGM: C'est une décision de Laurent Fabius qui concerne l'attractivité de la France. La France est un pays de culture, de tradition et d'innovation. Nous faisons en Chine une grande opération, comme dans le monde entier, il s'agit d'avoir un peu plus de mille restaurants dans le monde qui vont présenter un menu français le même jour, le 19 mars.
En Chine, nous avons 43 restaurants français participants. L'opération permettra de montrer la tradition et l'innovation des chefs, et de montrer que la France, à travers sa cuisine, est accessible à tout le monde, avec toute une variation de prix qui existent.
Cette manifestation sera également symbolisée par un dîner dans toutes les ambassades et les grands consulats, qui recevront des invités chinois.
En France, M. Fabius recevra tous les ambassadeurs des pays du monde entier, dans le Château de Versailles.

Que pensez-vous de l'avenir des relations franco-chinoises?

MGM: Les relations franco-chinois sont singulières. La France a été le premier pays d'Europe occidentale à reconnaître la République Populaire, et cela dure depuis 50 ans.
Aujourd'hui, nous regardons l'avenir ensemble. Cette relation se renouvelle constamment, dans les dialogues que j'ai défini (plus haut), à travers les hommes et les femmes qui s'intéressent à la relation, par des échanges culturels et des participations économiques, la relation se consolide.
Je pense que dans le monde global et instable, la France et la Chine sont deux pôles de stabilité qui, en tant que membres du Conseil de sécurité, peuvent se consulter sur tous les sujets et peuvent construire ensemble.

La Chine veut que l'euro soit une monnaie de réserve stable et forte. La France souhaite que le RMB continue à être une monnaie internationalisée.
La France fait déjà près de la moitié de ses transactions libellée en RMB, nous sommes le premier pays en Europe qui fait ça.
Fin Janvier, nous avons émis un bon du trésor pour 3 milliards de RMB. La France veut que le RMB se développe à l'international et que le Paris devienne une place offshore pour le RMB.

Le dialogue franco-chinois est global qui a déjà fait ses preuves et je suis confiant car je sais qu'il est capable d'affronter l'avenir avec toutes les questions difficiles qui peuvent se poser mais c'est aussi un dialogue qui peut donner de l'espoir parce qu'il renouvelle la vision que nous pouvons avoir de l'évolution du monde.


Entretien réalisé par Zhang Xin

Traduction en français: Zhu Shanshan

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