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Regard sur la Chine

[Culture] La Chine des sports extrêmes

Je veux commenter  CHRISTOPHE TRONTIN 2015-04-22 14:01:32    Source:la Chine au présent

Tous les ans en octobre a lieu le FB-Festival, un rallye 4x4 se passant à Alxa, en Mongolie intérieure.

La pratique des sports extrêmes a-t-elle un avenir au pays du taï chi ? Enquête.

Entre alertes au smog à particules, circulation hystérique du périphérique, cuisine ultra-épicée et barrière linguistique... survivre en Chine semble à beaucoup d'étrangers un sport extrême. Mais pas aux jeunes Chinois urbains, de plus en plus amateurs de sensations fortes.

La Chine se modernise, les modes de vie s'occidentalisent, et le besoin d'adrénaline typique des employés sédentarisés fait son apparition dans le pays. Alors on voit les modes de loisir venues de l'étranger prendre leur place, de plus en plus importante, en Chine.

Selon les pays, des sports différents seront qualifiés d'extrêmes (et sont plus extrêmes que d'autres). Passons sur les pratiques de « surf sur train » observées en Afrique du Sud, de « skate sous voiture » qui semblent se répandre en Inde, ou d'escalade de tours en chantier, comme on a pu l'observer sur des vidéos en provenance de la Russie. Ces pratiques sont généralement dangereuses et illégales. Par sports extrêmes on comprend généralement des « sports dans lesquels on risque sa vie (tout en prenant des précautions pour la conserver) ».

On distingue deux catégories de sports extrêmes : les motorisés et les non motorisés. Motorisés : formule 1, rallye, motocross (avec ses variantes), voltige aérienne, saut en parachute, ski nautique... Non-motorisés : skateboard, vélocross, parapente, vol en wingsuit, plongeon de grande hauteur. Plus l'escalade, le base jump (saut en parachute depuis un point élevé).

Certains sports, comme la course d'endurance ou le triathlon, peuvent être poussés jusqu'à leur limites et devenir extrêmes, comme l'ironman ou la course sur 24 heures. Certains sports aquatiques aussi ont gagné leurs galons de sport extrême, comme le hockey subaquatique ou le kite-surfing. Enfin, on classe parfois le parkour (course urbaine avec obstacles naturels) en sport extrême.

Une croissance freinée par des facteurs socio-culturels

Si ces sports ont depuis longtemps trouvé leur place dans les pays occidentaux, plusieurs facteurs semblent freiner la croissance de ce phénomène en Chine. Dans ce pays d'enfants uniques, souvent surprotégés pendant leurs jeunes années, le poids de l'autorité des aînés est certainement un facteur. Personne ne fait du parachutisme sur les conseils de sa grand-mère. D'autre part, le cœur de cible des sports extrêmes est constitué de jeunes adultes dont les priorités sont souvent d'ordre professionnel et familial. Difficile pour un drogué du travail de trouver le temps de s'entraîner ! En revanche, nombreux sont ceux qui, dès leur première session d'initiation, s'équipent de pied en cap sans regarder à la dépense !

Certains adeptes m'ont confié qu'ils regrettent le manque de sites aménagés : Sarah, par exemple, adepte d'escalade qui partage son temps entre Beijing et Guangzhou, m'expliquait que si la capitale dispose d'un assez bon mur d'escalade (et deux autres plus petits), celui de Guangzhou est vraiment petit et surchargé de monde. En revanche elle ne tarit pas d'éloges sur les falaises de la région de Yangshuo dans le Sud du pays, paradis des grimpeurs venus du monde entier.

La profession des équipementiers sportifs est prudemment optimiste : Décathlon, le n°3 du secteur, a ouvert 116 points de vente en Chine ces dernières années, un chiffre qui doit passer à 180 d'ici à la fin de l'année. À en croire Leo Li, du magasin de Wuhan, la vente d'équipements sportifs pour sports extrêmes reste marginale (comme dans tous les pays, la pratique extrême reste ultra-minoritaire), les amateurs préférant se fournir auprès de petites enseignes spécialisées. Mais tout de même la chaîne française vend, dans certains magasins, des équipements d'escalade et de kayak.

Même s'il est difficile de quantifier un phénomène encore mal encadré, aux réglementations encore floues, de nombreux équipementiers sportifs cherchent déjà à surfer sur cette vague en organisant des événements, souvent pour la première fois en Chine. La boisson énergisante Red Bull par exemple, parraine de nombreuses compétitions, notamment de base jump, de parkour, de surf. 2015 verra s'ouvrir la première course de kayak dans le Canyon de Nujiang et une compétition de ski extrême, "Boiling snow'' en soutien à la candidature de Beijing pour les JO d'hiver de 2022. Le nombre de « premières compétitions » en Chine ces dernières années est révélateur d'un marché en pleine formation : depuis la première compétition de surf fluvial sur la rivière Qiantang, jusqu'à la première compétition Red Bull d'acrobatie aérienne, les événements s'enchaînent et ne se ressemblent pas.

En avril dernier s'est déroulé le « Motorcycle Stunt on the Bund » à Shanghai. L'occasion pour tous les fendus de sports extrêmes motorisés de s'en mettre plein les yeux.
 

La vogue du « tourisme sportif »

Cependant pour le moment, les infrastructures restent rares en Chine. Pour beaucoup de jeunes chinois aisés avides de sensations fortes, le plus simple est de partir à l'étranger où les équipements sont plus disponibles et l'encadrement des débutants plus développé. Liu Kang par exemple a décidé de faire son premier saut en parachute en Nouvelle Zélande. « Un nouveau chapitre dans ma vie! » a déclaré Liu au correspondant de Xinhua qui l'accompagnait sur le site de NZONE Skydive, juste après son saut en chute libre d'une altitude de 2 000 mètres. Avec lui, 10 autres Chinois sont venus s'initier à ce sport.

Des études récentes publiées en Australie et en Nouvelle Zélande font état d'un changement dans le profil des touristes chinois qui sont de plus en plus nombreux à venir profiter des merveilleux paysages et du climat unique de ces pays. Une proportion croissante d'entre eux viennent pour s'adonner à des loisirs en extérieur, et notamment à des sports qualifiés d'extrêmes : saut à l'élastique, parachutisme, surf, jet-ski, trekking, escalade.

Zhang Xiaoyu, 38 ans, natif de Shanghai, explique que cette seconde visite en Australie est très différente de sa première visite, principalement consacrée au shopping. « Cette fois, je suis seulement passé par Melbourne, mon objectif était de m'initier au parapente », explique-t-il.

À en croire Derek Melnick, responsable marketing d'une agence de tourisme spécialisée dans les sports extrêmes, c'était une surprise de voir arriver de plus en plus de Chinois adeptes de parachutisme ces dernières années. « Comme beaucoup de personnes ici, je pensais que les Chinois étaient peu aventureux et préféraient le tourisme classique. Mais cette année, ce sont près de 10 % de nos adeptes du saut en parachute qui viennent de ce pays. » Parmi ces touristes, bien sûr, une proportion importante vient de Hong Kong et de Taïwan, des régions où les modes de vie « à l'occidentale » ont eu plus de temps pour se développer.

Une évolution sur le long terme

D'autres préfèrent rendre extrêmes des sports qui ne le sont pas forcément au départ. Ainsi le Boxer Hash, un club de joggueurs pékinois qui se réunit tous les samedis pour prendre le bus et aller courrir un semi-marathon dans la campagne, parfois sur la Grande Muraille, parfois ailleurs. Ou ce club cycliste de Tangshan, dont les adeptes se retrouvent chaque week-end pour effectuer un périple de cent cinquante ou deux cents kilomètres avant de reprendre le travail le lundi matin.

Alors que je menais mon enquête sur l'éclosion des sports extrêmes en Chine, je ne pouvais m'empêcher de me demander sans cesse : cette notion d'émotions fortes et violentes, de prise de risque physique et d'accidents fréquents, n'est-elle pas en contradiction radicale avec l'esprit chinois qui en tout recherche l'harmonie et l'équilibre ? En Chine, la pratique sportive amateur se tourne beaucoup vers les pratiques douces liées à la santé et au bien-être. « Extrême » se traduit par « taï chi » en chinois : cette gymnastique aux gestes lents et mesurés n'a a priori rien à voir avec un sport dangereux. Et pourtant : son enseignement dérive du kungfu chinois, art martial et sport de combat.

L'émergence du sport extrême en Chine est finalement bien à l'image du taï chi : un lent entraînement, prélude (peut-être, un jour) à un déchaînement total ?

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