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Regard sur la Chine

[Dossier] Hua Ni, pionnière du fret international

Je veux commenter  LUO YUANJUN 2016-01-20 15:36:08    Source:la Chine au présent

Le train 201 Zhengzhou-Europe franchit la frontière.

À 40 ans, Hua Ni est propriétaire d'une agence de fret international sise au Shandong. L'idée d'infléchir la stratégie de son affaire lui est venue lors de vacances qu'elle a passées en Suisse avec sa famille. Dans une conversation avec le patron d'un café, ce dernier lui a expliqué que le café qu'elle buvait venait de Chine, qu'il avait traversé le continent par voie ferrée, réduisant de moitié la durée du transport par rapport à la voie maritime classique. Et elle pouvait elle-même apprécier la différence dans la qualité de ce café plus frais et plus goûteux que d'ordinaire.

Hua Ni s'est inspirée de cet exemple pour offrir un troisième choix à ses clients qui généralement devaient choisir entre le transport aérien et le transport maritime. Le premier est rapide mais cher ; le second est meilleur marché mais lent. Hua Ni a fait ses comptes et constaté que le transport international ferroviaire cumule les avantages : beaucoup plus rapide que la voie maritime, ses prix sont plus raisonnables que ceux du fret aérien. La meilleure option pour certains de ses clients.

Son premier mouvement fut de se renseigner sur les conditions offertes par les compagnies de transport international de fret. Elle a appris que plusieurs mégapoles chinoises comme Chongqing, Chengdu, Zhengzhou, Wuhan et Changsha sont desservies par des trains et des express internationaux.

Lors du Forum de haut niveau 2015 sur la Ceinture économique de la Route de la Soie et la stratégie de développement du TGV chinois, Zhong Cheng, directeur général de la société de transport de conteneurs de Zhongtie, a annoncé qu'à partir du 29 octobre 2015, la Chine ouvrait 1 058 liaisons avec 11 villes situées dans sept pays européens.

Premières expériences

En fouillant le net, Hua Ni a également découvert que le 28 août 2015, le premier train de transport international de marchandises a relié le Shandong, le Xinjiang et l'Europe. Le 16 octobre, un autre a été mis en service, desservant Binzhou (Shandong), le Xinjiang et l'Europe. Le 22 octobre, un service rapide Linyi (Shandong)-Manzhouli-Europe destiné au transport de marchandises a à son tour été inauguré. Ces informations l'ont décidée à proposer ce moyen de transport à ses clients.

Cela n'a pas été sans une certaine préparation. « Il faut tout d'abord, explique-t-elle, connaître le code de la gare destinataire pour pouvoir commander une place de conteneur. On doit ensuite préparer minutieusement les formalités de douane. Il convient de savoir que les bordereaux de transport ferroviaire ne comportent pas le nom du propriétaire de la marchandise, c'est-à-dire qu'une fois la marchandise chargée dans le train, elle n'appartient plus, en droit, à son propriétaire. Il faut enfin faire régler au propriétaire les frais de transport avant le chargement des marchandises. »

Le service ferroviaire qui relie la Chine à l'Europe peut passer par différents itinéraires. D'autre part, des types de trains différents sont proposés : express, train de passagers, express réservé, selon les besoins des clients. L'Express international Chongqing-Xinjiang-Europe qu'emprunte le café de Hougu fonctionne depuis le 16 juillet 2015 ; c'est un service visant à satisfaire les besoins du transport en gros. Le train rapide Linyi-Manzhouli-Europe est quant à lui capable de proposer des contrats pour des volumes petits et moyens. Il existe 152 catégories de marchandises susceptibles d'être transportées en gros et en vrac. Dans tous les cas, le transporteur fournit un service domicile-gare, et signe avec le consignataire un contrat fixant le prix et le volume des marchandises transportées. Il reste à celui-ci à négocier le prix du transport en essayant de bénéficier au maximum des mesures préférentielles offertes au transport rapide de marchandises en gros ou en vrac.

Linyi est le deuxième plus grand marché de gros de Chine, et le plus grand centre de distribution de petits artciles au nord du Yangtsé. C'est là que transitent les céramiques destinées au bâtiment, les articles de quincaillerie, des spécialités locales et des articles d'usage courant. Ces dernières années, les produits exportés vers l'Europe via la douane de Manzhouli ont connu une croissance rapide qui a suivi l'accroissement de la demande européenne pour ces produits. La mise en service du train rapide Linyi-Manzhouli-Europe a bien sûr apporté une contribution significative au développement des exportations au départ de Linyi.

C'est par ce train que Hua Ni a réalisé sa première expédition ferroviaire internationale. Elle était ravie que ses clients aient aussi facilement accepté sa proposition de privilégier le transport ferroviaire. Son coût est supérieur à celui de la voie maritime, mais c'est une alternative séduisante pour des produits périssables ou à forte valeur ajoutée, car le transport maritime présente tout de même quelques risques, entre l'humidité et la piraterie, sans compter les collisions. Mais surtout, le transport ferroviaire permet de gagner du temps grâce à un recouvrement plus rapide des capitaux immobilisés, épargnant des agios bancaires.

« Le gouvernement soutient le transport ferroviaire international en accordant des subventions. Si l'on fait sérieusement ses calculs, les coûts de transport ne sont finalement pas tellement plus élevés que ceux du transport maritime », conclut Hua Ni.

Le train de fret Xi'an- Almaty (Kazakhstan) se prépare à partir le 24 juillet 2015.

Des modes opératoires variés

La première liaison ferroviaire régulière de marchandises entre la Chine et l'Europe fut celui reliant Chongqing et Duisburg, en Allemagne, entrée en service le 19 mars 2011. Aujourd'hui, trois itinéraires partent de Chine en direction de l'Europe : la ligne de l'ouest qui quitte la Chine par la passe d'Alatow au Xinjiang ou Khorgos, la ligne centrale qui part du Nord de la Chine et passe la frontière à Erenhot en Mongolie intérieure, et la ligne de l'est qui relie le littoral du Sud-Est pour arriver au poste-frontière de Manzhouli ou de Suifenhe dans la province du Heilongjiang. Ces lignes comptent sur leur parcours plusieurs villes réparties dans les provinces du Shandong, du Jiangsu, du Jilin, du Liaoning, du Fujian, du Hubei, du Zhejiang et de la municipalité de Chongqing.

La ligne Suzhou (Jiangsu) – Manzhouli, qui fonctionne depuis le 12 mai 2014, se distingue par son nouveau mode opératoire. La douane de Suzhou et le bureau de représentation douanier de Manzhouli ont lancé une coopération renforcée en matière de dédouanement, grâce à laquelle les formalités de dédouanement une fois remplies à Suzhou sont adressées aux autorités de Manzhouli via internet, où le bureau de représentation n'a plus qu'à effectuer des contrôles allégés avant d'autoriser le passage. Cela réduit les coûts de logistique pour les entreprises mais aussi la durée du transport.

D'autre part, la douane de Suzhou a également tenté plusieurs approches innovantes, telles que le transport électronique, la plaque d'immatriculation électronique ou la serrure électronique, toujours afin de simplifier les formalités douanières. Grâce à la réforme dite de « déclaration dans la ville d'origine et autorisation du passage de frontière », les formalités de transit sont constamment simplifiées. On y applique déjà le mode dit « déclaration unique, contrôle unique et dédouanement unique ». Elle a d'autre part ouvert un « couloir de déclaration spécial » qui propose un service de douane 24 heures sur 24 sur réservation préalable.

Su Min, un client de Hua Ni, travaille depuis bien des années dans le commerce avec l'Europe. « Avant, nous devions transporter nos marchandises par camion jusqu'à la gare, d'où nous pouvions les expédier à l'étranger, explique-t-il. Aujourd'hui, nous pouvons charger nos marchandises au départ de l'usine et les expédier directement. Cela permet de substantielles économies sur les coûts de transport et donc cela accroît notre compétitivité. Un autre point à considérer est la simplification du processus. »

Le train Linyi-Manzhouli-Europe est opéré suivant un autre mode. C'est une entreprise de logistique internationale du Shandong qui se charge de trouver des clients, et elle est autonome dans ses opérations. Les chargements et les déchargements s'effectuent à la gare du Nord de Linyi, sur la ligne spéciale de Huayang. L'entreprise de logistique signe un accord de sécurité séparément avec le mandant et le gérant de la ligne spéciale de Huayang pour exercer la surveillance et les mesures de sécurité du chargement et du déchargement. Des frais qui sont inclus dans le prix total forfaitaire du transport.

Selon Hua Ni, par « prix total », on entend le paiement reçu suivant la somme imprimée sur la facture, tous autres frais étant exclus. C'est un grand progrès par rapport aux paiements fractionnés qui s'appliquaient autrefois. Depuis 2015, les différents bureaux de chemins de fer appliquent le principe du prix total où chaque bureau, pour un transport de marchandises de gros volume sur une longue distance, accorde son meilleur tarif aux clients locaux sur la ligne qu'il gère.

Gains possibles à l'avenir

Pour le moment, le manque de clients pour les trajets retour fait que les transports ferroviaires entre la Chine et l'Europe sont loin de l'équilibre financier, à plus forte raison de dégager des bénéfices. La plupart des convois sont à sens unique, à l'exception des trains Chongqing-Xinjiang-Duisburg et Zhengzhou-Hambourg qui rapportent du fret vers la Chine... récemment et en petites quantités. Ce n'est qu'en mars 2013, soit plus de deux ans après son entrée en service, que la ligne Chongqing-Xinjiang-Duisburg a réalisé son premier trajet de retour chargé, et de quelques conteneurs seulement.

Ceci reflète la structure des échanges entre la Chine et l'Europe. Jusqu'à présent, le volume annuel des marchandises transportées correspond à 70 millions de tonnes par voie terrestre et 200 millions de tonnes par voie maritime. Mais le gros du trafic concerne des exportations chinoises vers l'Europe. Les produits européens vendus en Chine sont rares et concernent surtout des appareils de précision, de la mécanique et des vêtements haut de gamme, peu adaptés au transport ferroviaire.

Trouver des marchandises européennes à exporter vers la Chine pour remplir les conteneurs au retour est depuis toujours un souci majeur pour les entreprises de logistique internationale. En octobre 2014, le Conseil des affaires d'État (gouvernement chinois) a autorisé un projet pilote concernant l'importation d'automobiles. De plus en plus de limousines haut de gamme européennes sont transportées vers la Chine par les trains Chine-Europe. Les 29 et 30 mai 2015, deux rames de la ligne Chongqing-Xinjiang-Duisburg ont transporté d'Allemagne en Chine des voitures de marque Volkswagen, BWM, Daimler-Benz et Land Rover pour être dédouanées en gare de Chongqing. C'est le plus gros volume transporté par voie de terre depuis la mise en place de ce mode à titre d'essai. Actuellement, dix sociétés commerciales spécialisées dans l'importation de voitures finies sont installées dans la gare de Chongqing, se partageant un marché de 1 500 voitures en 2015. Avec la multiplication des zones de libre-échange proposant ce format d'importation de voitures, comme la zone de Shanghai, la zone de Tianjin et la zone de Nansha, le nombre de clients potentiels s'accroît pour les trains internationaux.

« J'envisage d'acheter une voiture d'importation, pour profiter de ces trains Chine-Europe », nous confie Hua Ni.

 

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