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Regard sur la Chine

[Economie] Créer une entreprise - mon rêve chinois à moi

Je veux commenter  XIE FEIJUN 2016-01-25 10:55:52    Source:la Chine au présent

Gu Jianwei préside un salon au 3Wcafé.

Quitter un poste de bureaucrate pour devenir simple entrepreneur, beaucoup en ont rêvé, Gu Jianwei l'a fait. Désormais il aide les entrepreneurs à réussir. Récit.

Le 25 octobre 2015 est le 6e jour de l'ouverture du café 3W à Wuxi (province du Jiangsu). Apprenant qu'il appartient à un ancien directeur adjoint d'arrondissement, chacun se posait la même question : « Pourquoi ? »

Gu Jianwei est né et a grandi à Wuxi. Après ses études au département des sciences politiques à l'université de Beijing, il est revenu à Wuxi pour travailler à un poste subalterne dans l'administration d'un quartier. Il a ensuite gravi les échelons jusqu'à devenir directeur adjoint de l'arrondissement Beitang (nord-ouest de Wuxi). « Aux yeux de mes collègues, ma démission d'un poste aussi prestigieux est incompréhensible. Pourtant, ce statut de fonctionnaire n'est pas très différent de celui d'un employé, explique M. Gu. À l'âge de 40 ans, mon rêve de créer une entreprise est revenu me hanter. Désormais les seuls paramètres, dans la conduite de mon affaire, sont mon goût et mon humeur. Ma démission n'est pas à un renoncement pour moi, mais un choix de mon cœur. »

Pas un simple café

« Je n'ai pas changé, malgré mon changement de statut social. Pour beaucoup de mes amis et collègues, il s'agit d'une affaire improvisée, inattendue », affirme Gu Jianwei. Il est aujourd'hui PDG de Wuxi Makerspace Incubator Co., Ltd. Avant de créer son entreprise au mois de juillet 2015, il avait travaillé pendant 17 ans en tant que fonctionnaire, passant par quatre arrondissements de Wuxi, se frottant à de nombreux domaines comme la recherche d'investissements, la gestion financière, l'industrie et le secteur tertiaire.

« Je suis un fonctionnaire atypique. Je change fréquemment de poste, un phénomène extrêmement rare dans le secteur gouvernemental. » M. Gu considère que c'est son goût de la nouveauté et sa riche expérience professionnelle qui lui permettent d'aider les start-up.

Avant que le premier ministre Li Keqiang ne mette l'accent sur l'entrepreneuriat et l'innovation de masse, Gu Jianwei était déjà en contact avec ce secteur, c'est pourquoi il comprend aussi bien la logique de l'État que celle des start-up. « Cette proposition a en apparence été lancée par le gouvernement, mais elle résulte en fait d'une tendance de l'époque. Le gouvernement s'est rendu compte de l'urgence qu'il y avait de mettre à niveau des industries et de la nécessité d'une impulsion pour mettre à niveau la consommation, explique M. Gu. Cependant, le gouvernement doit changer de rôle dans les opérations concrètes. Il lui faut rendre son statut de maître à la société, et devenir simplement fournisseur de services et d'un environnement favorable. Beaucoup de gens sont d'accord avec mon idée. Les consultations, les ressources, les fonds, tels sont les services dont ont besoin les start-up. De nombreux mes amis dans les domaines concernés apprécient mon esprit d'entreprise et veulent prendre part à mes affaires, pour fournir aux start-up des services professionnels gratuits ou à bas prix. »

Dans ce cas précis, les efforts de Gu Jianwei visent à former un cercle écologique d'entrepreneuriat et d'innovation à Wuxi. Parmi ses partenaires on compte un investisseur connu, un fondateur d'une société Internet cotée en bourse, et le rédacteur en chef dans un média renommé ; parmi les membres actuels de son équipe on compte un ancien fonctionnaire et un directeur de la branche de Wuxi d'une entreprise d'État. Ces personnes qualifiées se réunissent dans le café 3W avec pour objectif de devenir les fournisseurs de services les plus professionnels de la région du delta du Yangtsé dans le domaine de l'entrepreneuriat et l'innovation.

« Nous fournissons des services non seulement aux start-up, mais également aux gouvernements, aux parcs industriels et à d'autres Makerspaces. En unissant les espaces de Wuxi, nous voulions offrir une meilleure atmosphère aux start-up locales, explique M. Gu. Par rapport à d'autres villes de la même catégorie, Wuxi dispose d'un meilleur environnement, d'un réseau de transports pratiques et de coûts de production faibles. Malgré sa taille modeste, la ville possède une profondeur industrielle satisfaisante et présente de nombreuses opportunités dans ce nouveau cycle de transformation. Nous avons confiance en le futur de Wuxi en matière d'entrepreneuriat et d'innovation. »

Gu Jianwei.
 

Bonnes idées nées des chocs

Gu Jianwei s'est vite aperçu que bien des entrepreneurs de la génération née dans les années 1970 sont trop vieux pour cette ruée vers l'entrepreneuriat. « En prenant de l'âge, on ne peut s'empêcher de s'obstiner dans des modes de pensée obsolètes. Les jeunes sont avantagés à cet égard, puisqu'ils sont moins influencés par les idées anciennes et s'inquiètent moins de leur pain quotidien. Leur goût formé à la modernité constitue une richesse précieuse pour eux. Les chefs d'entreprise sont riches en expérience et en ressources, les jeunes sont riches de leur esprit créatif et de leur audace. Je voulais combiner ces deux supériorités dans ma plate-forme établie dans ce café. »

Gu Jianwei bavarde souvent avec les membres de son équipe, et il connaît bien leurs difficultés. Il s'efforce de les aider à les résoudre. « Certains groupes de jeunes manquent de maturité, et cela se manifeste par leur attitude impulsive, leur manque de ressources et surtout de concentration devant le but fixé, une mentalité peu ouverte, et les lacunes de leur structure organisationnelle », indique-t-il. Selon lui, l'attitude et la capacité d'apprendre jouent un rôle dominant dans la perspective de développement d'une équipe.

Un projet qui lui a été proposé cherchait à organiser l'évacuation des voitures par utilisation d'un code QR pour tenter de résoudre la question du stationnement chaotique dans les passages publics. « En général, le propriétaire laisse dans sa voiture un papier avec son numéro de portable. Dans ce cas, une information privée est révélée. Ce programme propose de poser plutôt un code QR sur une partie bien visible de la voiture, permettant d'informer immédiatement le propriétaire lorsque son code est scanné par les personnes que gêne sa voiture. Une bonne idée, sans doute, mais on n'a pas trouvé de point d'entrée commercial », remarque Gu Jianwei. Il souligne les « trois nécessités », qui sont selon lui : établir des barrières technologiques, renforcer la logique commerciale, fournir de meilleurs services. « Pour le moment, ce programme est géré en commun par une entreprise d'entretien des véhicules et une compagine d'assurance », ajoute Gu.

Un autre programme, baptisé wo pao (« je cours »), est passé directement à la phase de développement. Cette société de R&D a développé des semelles intérieures pour les chaussures de jogging, un genre de produit qui nécessite un gros effort de marketing et des investissements importants si l'on approche le marché par les moyens traditionnels. Ayant conduit une analyse du marché, Gu Jianwei propose de la positionner comme produit Internet, tablant sur le fait que de plus en plus de personnes font du jogging et participent à des marathons. L'idée est de cibler au plus près les amateurs de jogging, leur parler de leurs émotions et de leurs besoins. « Grâce à ces groupes de discussion, on peut inviter les utilisateurs potentiels à participer au travail de R&D, ce qui permet de connaître directement la demande et les préférences, tout en construisant une liaison affective avec les joggeurs. Un rôle accru des consommateurs favorise l'optimisation du produit », affirme Gu Jianwei. Il nous a présenté presque tous les programmes développés dans son café. Ses multiples casquettes attirent beaucoup de clients vers ses services. Quelques jours seulement après son ouverture, le café était déjà un succès. Zhang Ruyong, directeur général de la branche de Wuxi d'une société de recrutement connue, vient régulièrement au café ces derniers jours. Il nous confie qu'il entend y travailler sur le long terme avec ses employés. Sa raison est très simple : les programmes et les entreprises qui verront le jour dans ce café auront besoin de personnels qualifiés de tous profils.

Depuis qu'il a bavardé avec Gu Jianwei, Chen Dong, directeur général d'une société locale dans le secteur des sciences et des énergies nouvelles, veut lancer un nouveau produit. Ils réfléchissent ensemble à un condensateur auxiliaire qui permettrait de relancer la batterie d'une voiture lorsqu'elle est déchargée. Parfaitement réalisable du point de vue technique, cette pièce est destinée à développer un nouveau marché pour la société.

Xu Jianjun, patron d'un programme O2O (Online To Offline), est un produit des années 70. Ces sept ou huit dernières années, il s'applique à améliorer une appli destinée à résoudre la question de la gestion du temps libre. Lui aussi traîne dans le café de M. Gu pour voir s'il pourra y trouver des idées, en plus des investissements.

Agir avant d'être vieux

Au sujet de la nature de l'esprit d'entreprise, Gu Jianwei explique : « Les lanceurs de start-up doivent avant tout répondre à 3 questions : veulent-ils résoudre un problème de société ? ont-ils une capacité suffisante pour le résoudre ? et surtout : pourquoi créer une entreprise ? » Sur cette dernière question, Gu Jianwei répond : « Quand on est capable de se nourrir soi-même, c'est le plaisir et les préférences qui doivent guider vos choix. Lorsque je m'interroge, au fond de mon cœur, le plus important est de me sentir heureux. Je crois que c'est une chose trop souvent oubliée. Si l'on ne pense qu'à l'argent, quelle différence y a-t-il entre créer une entreprise et avoir un emploi ? Être salarié, c'est moins risqué. La vraie question est donc : la bourse ou la vie, lequel des deux est le plus important ? Pour moi, je considère l'entreprise comme un mode de vie qui me plaît. »

Il reconnaît que les commentaires qu'il trouve en ligne sur son activité sont très mitigés. Certains le soupçonnent de corruption, tandis que d'autres pensent que son café sert au blanchiment d'argent. Mais il a le cuir épais : « Ce phénomène est inévitable. Pourquoi un directeur adjoint d'arrondissement démissionnerait-il ? En l'absence d'explications précises, il y aura toujours des doutes. Je ne vais pas répondre, car le plus important pour moi est de conduire mes affaires. »

Récemment, le café 3W s'est mis à proposer 50 cartes de financement participatif, de 20 000 yuans chacune, dont la majorité est déjà vendue. Les acheteurs, principalement des entrepreneurs locaux, pourront participer au conseil d'administration annuel de l'entreprise, une occasion supplémentaire d'organiser une activité promotionnelle dans le café, mais aussi d'échanger avec d'autres start-up, tout en prenant le café toute la journée. Pour eux, l'apprentissage est plus important que l'investisseent.

Selon Gu Jianwei, le café n'est qu'une plate-forme et ses bénéfices importent peu. Mais comment gagne-t-il sa vie ? Ce sont les services ciblés qu'il propose, c'est à dire les consultations qu'il fournit, la mise en relation des partenaires et des ressources et les profits générés par ses investissements.

Certains lui font remarquer que le gouvernement aussi s'engage dans un système de services destinés aux start-up. D'après Gu Jianwei, le défi pour son équipe est de parvenir à fournir un service payant qui concurrence le service gratuit parce qu'il est plus efficace. D'autres considèrent que ce service serait plus à sa place dans une grande ville, à quoi Gu Jianwei répond qu'il connaît mieux la situation et les industries de Wuxi, et qu'il se fait fort de trouver des opportunités dans l'économie locale. Il a réponse à tout : un vrai entrepreneur.

 

*XIE FEIJUN est journaliste de Jiefang Daily.

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