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Regard sur la Chine

[Convergence] Zhou Houkun, inventeur de la machine à écrire

Je veux commenter  CHRISTOPHE TRONTIN 2016-09-23 02:58:41    Source:la Chine au présent

Une vieille machine à écrire chinoise.

« La machine à écrire chinoise est tournée en dérision dans la culture populaire chinoise... Elle est considérée comme une blague, parce qu'elle est si compliquée. Mais une machine compliquée, ce n'est pas une blague », affirme Thomas Mullaney, professeur d'histoire à l'université de Stanford et auteur d'une étude sur l'histoire de la machine à écrire chinoise.

L'imprimerie à caractères mobiles est apparue en Chine dès la dynastie des Tang (618-907), et le premier « inventeur » occidental, qui reprenait le même principe, Gutenberg, est arrivé avec près de mille ans de retard. Pour la machine à écrire, l'histoire est inverse : tandis que les premières machines à écrire occidentales apparaissaient dès le début du XIXe siècle, il a fallu près d'un siècle de plus pour que les Chinois parviennent au même résultat.

Évidemment, le défi technique n'est pas le même. Une trentaine de symboles, 10 chiffres, quelques signes de ponctuation, un système mécanique similaire à celui du piano suffisent pour les machines à écrire en langues alphabétiques. Comment faire avec les milliers de caractères chinois ?

Un certain Zhou Houkun est le premier venu à bout de cette tâche qui semblait impossible. M. Zhou avait étudié aux États-Unis, d'où il revint en 1900 avec une idée fixe : mettre au point une machine qui ferait entrer son pays dans la modernité. Avec d'anciens camarades d'études, il se cassait la tête pour ordonner et sélectionner les caractères. Comment faire ? Le pinyin n'existait pas encore et on utilisait alors les caractères classiques, plus complexes et comprenant souvent plus de radicaux que les caractères « modernes. »

Sa machine, qui fut commercialisée par les Presses Commerciales de Shanghai en 1916, se présentait sous la forme d'un bac rectangulaire contenant environ 2 500 caractères les plus courants, rangés dans des casiers mobiles eux-mêmes divisés en deux sections. Les caractères mobiles étaient arrangés selon le système employé à l'époque dans les dictionnaires.

Bien entendu, la machine était lourde et lente et les meilleurs dactylos ne pouvaient dépasser une vitesse de 20 à 30 caractères/minute. En 1951 Le Quotidien du Peuple annonça qu'un certain Zhang Jiying, secrétaire dans le Hubei, était parvenu à taper 3 000 caractères à l'heure, soit 50 par minute. Son secret était de réarranger les caractères pour retrouver facilement les 280 termes les plus fréquemment employés. Il faut savoir qu'à l'époque de la guerre froide, les articles politiques se composaient surtout de termes et de formules stéréotypés comme « impérialisme américain », « révolution » ou « armée de libération populaire. »

D'après l'historien Mullaney, les dactylos chinois inventaient alors le texte prédictif qui allait devenir le nerf de la guerre sur les écrans minuscules des smartphones, une idée si surprenante que Google l'a invité pour écouter ses théories.

Mais à l'époque on ne parlait pas encore d'électronique ni de miniaturisation. Les machines chinoises, lourdes et fragiles, ne permettaient pas de taper rapidement un texte comme leurs sœurs occidentales. La première machine électromécanique d'IBM fut pourtant rapidement suivie d'une version chinoise, la Mingkuai (claire & rapide), brevetée par l'ingénieur Lin Yutang en 1946.

Avec son gabarit de 36 × 46 × 23 cm, la Mingkuai ressemblait à une machine « normale » de l'époque. Grâce à son « œil magique », l'opérateur pouvait choisir le caractère à imprimer qu'il sélectionnait sur deux claviers, un pour chaque main, et une touche « maîtresse », ancêtre des touches « fonction » des claviers d'aujourd'hui, qui permettait de combiner les radicaux pour taper 90 000 caractères chinois différents, soit à peu près l'ensemble des caractères répertoriés dans les dictionnaires.

Il faudra attendre l'ordinateur et le pinyin pour que le mandarin reprenne l'avantage sur les langues occidentales. Aujourd'hui, grâce à l'incroyable concision du chinois écrit, un bon dactylo chinois tape un texte plus rapidement que son collègue occidental pour sa version anglaise ou française.

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